Outillage de paix

J’ai lu presque tous les livres de cette écrivaine. Et le presque vient du fait que j’ai « raté » la sortie de l’avant-dernier mais je vais y remédier très vite ! Enseignante en histoire de l’art, elle peut désormais se consacrer intégralement à l’écriture. Mais dès son premier roman elle avait su insérer du beau dans ses mots, dans ses récits, dans le coeur de ses personnages et dans leurs rencontres sans que toute cette douceur et élan dynamique ne se traduise en niaiserie. Car oui, elle met en scène la vie, elle invente de la joie là où se niche la tristesse, crée de la magie et de l’espoir là où tout n’est qu’obscurité et passé. Le lecteur s’amuse en la lisant, s’enchante, et accepte d’être enjoué au lieu de se morfondre. Ce dernier livre, Ör, ne fait pas exception à la règle mais cette fois le personnage principe est un homme ; un taiseux, un bricoleur, un drôle de stable !

Jónas a trois femmes importantes dans sa vie : sa mère, sa femme et sa fille. La mère perd la tête, l’épouse le quitte et il apprend au même moment que sa fille n’est pas de lui. Il ne lui reste plus aucune raison de vivre. Pour ne pas charger ses trois Gu∂rún (toutes trois portent le même prénom) du poids de sa mort il s’en va mourir dans un pays ravagé par la guerre civile. Et comme seul bagage conséquent il emporte avec lui sa boite à outils ! Et c’est ainsi que commence l’histoire d’une suite de réparations. La poésie naît à chaque carrefour, l’humour se déflore à chaque encontre. Le livre se dévore et fait du bien…

Après avoir écouté le discours de Nobel de Kazuo Ishiguro, j’ai compris pourquoi j’aimais les livres de Audur Ava Ólafdsdóttir. Ce ne sont pas les personnages de ses romans qui sont intéressants en soi mais les relations qui s’établissent entre les personnages…

J’aimerais vous dire bien des choses encore, mais au lieu de cela je vais vous inviter à le lire et vous offrir un bout de citation :

– Tu n’as pas répondu.
– Ce n’est pas la question. Ici on manque de bricoleurs avec une perceuse.
– Tu l’as emportée ? La perceuse ?
– Oui
Nouveau silence que j’interromps :
– Je me sens responsable.
Comme aurait dit Svanur : Le coupable c’est celui qui sait et ne fait rien.

Ör
Au∂ur Ava Ólafdsdóttir
traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson
Ed. Zulma 2017 (v.o. 2016)

L’illustrations présentée est une sculpture de Sally Grant.

 

Share Button