Vivre c’est comment ?!

Les livres poignants et drôles qui savent nous raconter mille souffrances en nous faisant rire et en nous abreuvant de traits d’esprit, ça ne court pas les rues. (Et les rues sont bien peuplées !). C’est pourtant une promesse que tient Viet Thanh Nguyen. Le Sympathisant est fin, créatif, hors normes tout en nous parlant de sujets mille fois vus, mille fois lus : la guerre, le Vietnam, l’exil, la double identité. Or ici la double identité est poussée à son extrême : le narrateur est un agent double, déchiré et solide comme personne ! Ce livre a remporté bien des prix littéraires, et parmi les plus renommés… sincèrement, il le mérite.

Le récit est rédigé sous la forme d’une confession, adressée au « Commandant ». Nous ne saurons qu’à la toute fin du roman qui est ce Commandant et dans quel contexte le  narrateur est amené à rédiger ses « aveux ». Néanmoins, le livre est constitué de ce récit qui permet au narrateur de nous raconter son histoire. Il est vietnamien, mais surtout « bâtard » parce que de mère vietnamienne et de père occidental. Il sert les armées de ce Vietnam qui combat le Vietcong grâce au soutien des Etats-Unis, mais il est en réalité un agent du Vietcong. Le récit s’ouvre sur ce moment où les armées du Sud sont en passe de remporter la victoire. Il se voit contraint de migrer aux Etats-Unis et continuer d’être un agent double.

La suite du récit raconte sa vie aux Etats-Unis, le malheur de ce peuple vietnamien réfugié là-bas, le malheur du peuple vietnamien resté au pays et remonte aux sources pour nous raconter l’enfance du personnage. Jusque là mon résumé vous aura donné la sensation que ce roman est sombre et pesant. Que nenni ! A chaque page j’ai ri. La vision du narrateur est si perçante, si profondément intelligente qu’il croque tout dans des instantanés comiques. Les situation imaginées, elles-mêmes, regorgent d’inventivité, notamment cette séquence où il accompagne le tournage d’un film Hollywoodien sur la guerre du Vietnam.

Si ce livre a marqué tant de lecteurs dans le monde c’est certainement parce qu’il interroge le sens de la vie. L’amitié a une grande place dans le récit. Parce que notre narrateur est lié à deux amis d’enfance ; ils sont un peu comme les trois mousquetaires, mais dans la vraie vie ! Cette amitié est bouleversante et posera sa marque à jamais dans l’esprit du lecteur. Mais ce n’est pas tout. Ce livre répond à la question « Pourquoi Vivre ? » Pourquoi, comment, continuer de vivre lorsque l’on a vu tant d’horreurs, percé l’âme humaine dans son plus profond recoin… Il parle du devoir de vivre.

LE SYMPATHISANT
(The Sympathizer)
Viet Thanh Nguyen
Traduit de l’anglais par Clément Baude
Ed. Belfond, 2017 (v.o. 2016)
Prix Pulitzer 2016
Prix du Meilleur Livre Etranger 2017

Les illustrations présentées dans cet article sont les oeuvres de :
– Josef Hoflehner,
– Jean-Antoine Houdon

J’en profite pour vous conseiller de livre le Prix du Meilleur Livre Etranger 2016, autre récit que j’avais adoré : M pour Mabel, de Helen McDonald.

 

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