Le miel de la vie et sa bile…

J’écoutais un écrivain italien ce matin dire que « ce sont trois choses essentiellement qui font la particularité d’un roman : le climat et l’atmosphère qui l’habitent, la musique de sa prose et ses personnages ». Je ne sais pas si c’est toujours vrai de tous les romans, mais ce sont bien les trois choses qui font la beauté de Sucre Noir. Le climat est tropical, la musique un quelque chose entre la symphonie magistrale et le tango, les personnages, eux, sont sculptés dans le moule des dieux et démons mythologiques. La tragédie n’est jamais là où on l’attend, mais toujours enfouie sous terre, invisible. Et pour le reste l’histoire se compose par grands chapitres dont les pages se tournent comme celles d’un livre. En deux cent pages nous parcourons trois siècles et trois générations ! Lire la suite

La finalité ?…

Jean-Marie Blas de Roblès est philosophe – il enseigne la philosophie – et il est archéologue. Un jour il a écrit un livre, de mille pages. Il a envoyé son manuscrit à bien des éditeurs ; tous l’ont refusé. Blessé au plus profond de lui-même il a déclaré qu’il n’écrirait plus jamais et il s’en est tenu à cette décision dix longues années. Les amis étant là pour nous sauver de nous-même, dix ans après, ils firent des photocopies de ce long manuscrit, préparèrent les enveloppes et encouragèrent l’auteur à retenter sa chance. Son manuscrit fut encore refusé par bon nombre d’éditeurs mais les Editions Zulma choisirent de le publier. Les lecteurs adorèrent le livre, il fut couronné par bien des prix littéraires et Jean-Marie Blas de Roblès redevint écrivain ! Oui, c’est une belle histoire, tout comme l’histoire de ce roman en question. Et j’étais totalement passée à côté de ce livre et de cet écrivain. C’est à l’occasion de la sortie de son dernier livre en cette rentrée littéraire que j’ai écouté une émission où Jean-Christophe Rufin donne la parole à cet homme tant passionnant que doté de simplicité et d’humilité. Et dans la semaine qui a suivi j’ai dévoré le livre (765 pages, et en tout petits caractères pour mes pauvres yeux fatigués !) en huit jours… Eh oui, je vous recommande vivement d’aller à la découverte de cet écrivain. Lire la suite

Reptile à la source !

J’avais du mal à trouver les livres d’Alissa York et quelle ne fut pas ma joie de voir que les éditions Liana Levi avaient publié son dernier livre en traduction française. En général je préfère lire les livres anglophones dans leur version originale mais il m’a semblé que la traductrice avait fidèlement restitué l’esprit du texte et rendu la fluidité et la discrétion propres à la plume de l’écrivain. Sans hésiter je vous recommande ce livre et puisque c’est la saison plage ce sera une bonne lecture estivale, si tant est que la nature amazonienne ne vous rebute pas ! Car la particularité d’Alissa York est de donner le rôle principal dans ses romans à la nature, avec en seconds rôles des êtres humains amis de la nature. Ici nos personnages sont des passionnés de la faune et la flore peu connue et peu répertoriée de la forêt amazonienne. Nous sommes au XIXème siècle et une femme qui s’enchante à la vue d’un caïman ou d’un boa, ça ne court pas les rues… Telles sont les héroïnes de ce récit ! Lire la suite

La boucle parfaite

Ce livre est merveilleux et surprenant, un livre à lire assurément. Il m’est arrivé entre les mains par le plus grand des hasards et grâce au conseil avisé de notre bibliothécaire locale. Je m’empresse donc de vous en parler car il y a de grandes chances que comme moi vous n’ayez jamais entendu parlé de cet écrivain et encore moins de ce titre… Les livres de cet écrivain sont publiés au Canada et je n’ai pas été étonnée de voir que ce roman avait remporté le prix littéraire Canada-Japon en 2006. Très occidental dans ses personnages et son environnement il est empreint d’une profondeur, d’une douceur et d’une intransigeance japonaises. Denis Thériault se rangerait pour moi parmi ces rares écrivains qui ont réussi à saisir l’essence de la culture japonaise et à nous la restituer, nous lecteurs ignorants, avec une limpidité notable. Roman jovial et délicieux, qui se lit quasiment d’une traite il n’en restera pas moins gravé dans mon esprit comme un traité de décryptage de la philosophie et de la poésie japonaises.

L’histoire est simple : Bilodo, un jeune facteur canadien a une vie routinière et plutôt solitaire. La grande passion de sa vie est de lire les quelques très rares lettres à l’ancienne qui lui passent entre les mains. Lire la suite

On ne saura jamais…

La terre qui les sépare Hisham MatarComme c’est difficile de ranger ce livre dans une catégorie. Récit de voyage, essai philosophique, biographie, documentaire historique, promenade littéraire, autobiographie… La Terre qui les sépare est tout cela à la fois. Si c’était une musique ce serait une nocturne. Si c’était un thème, ce serait tout simplement la quête de sens, le fil du récit se traçant de manière spiralaire, se dirigeant vers un centre imaginaire impossible à atteindre. Hisham Matar est à la recherche de son père, kidnappé en 1990 en Egypte et livré aux autorités Libyennes  du régime Khadafi. Il a été incarcéré dans la prison la plus inhumaine du pays. Et puis l’on a perdu toute trace de lui. Au moment du printemps arabe, en 2011, l’auteur retourne dans son pays d’origine après 33 ans d’absence. Et puis il raconte… Lire la suite

La Liberté est dans la démarche

Un Homme s’appartient-il ? Peut-il sortir de la servitude ? Et qu’est-ce donc être Libre ? Voilà de bien grandes questions. Pour aborder ces thèmes il suffit peut-être de se pencher sur la réalité de l’esclavage stricto sensu. D’ailleurs pour comprendre la direction que prennent les événements politiques actuels aux Etats-Unis il n’est pas inintéressant de se plonger dans le passé de ce pays, et de regarder à la loupe ce qui s’y vivait du temps des plantations de coton… C’est cela qu’a décidé de faire Colson Whitehead et grand bien l’en prit puisque sous sa plume prit naissance ainsi un livre excellent qui vient de remporter le plus beau prix littéraire américain, le National Book Award 2016 et le Prix Pulitzer 2017 dans la catégorie fiction.

Le rideau se lève en Géorgie où Cora, jeune esclave noire âgée de dix-huit ans s’échine dans une plantation de coton et s’applique à contrer les cruautés de la vie quotidienne infligées par les régisseurs et patrons, relayées par les esclaves entre eux. Céline RoussinSa mère a fui et n’a jamais été retrouvée et rapatriée, sa grand-mère, elle, était née en Afrique avant de se laisser prendre dans les filets de l’homme blanc. Jeune femme de caractère et déterminée à ne laisser personne briser son âme, elle fait une rencontre qui modifiera à jamais le cours de sa vie. Lire la suite

Les visages de l’Amour

L'amant japonaisComme c’est bon de lire parfois un livre parfait, un écrit qui s’apparente à un classique dans sa maîtrise d’une narration et d’une structure fluides comme l’eau de la rivière qui coule paisiblement. C’est cela que nous offre Isabel Allende dans ce livre, bien différent de ceux qu’elle a écrit auparavant et qui étaient souvent axés sur le Chili. Elle nous raconte ici l’histoire d’une vie. Une vie qui embrasse celle des êtres qui lui insufflent son âme toute particulière, celle de l’Amour pur, fort, bienveillant et inconditionnel. Mais l’Amour dans ce livre est conjugué à toutes les personnes, l’ami, le frère, le mari, l’amant, le père, l’inconnu… Oui, l’Amour peut prendre de multiples visages, mais une vie d’amour n’a qu’une seule face, celle de la Beauté.

Comment vous raconter les branches de ce récit alors que c’est l’arbre et ses racines qui importent ?! Lire la suite

Le sens de l’insensé…

il-etait-une-fois-une-start-up-amariglioNous avons là un livre sublime qui avec simplicité et poésie nous éclaire sur les prémisses de ce monde dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. C’est ainsi que tout a commencé, me suis-je dit, régulièrement, alors que j’étais pénétrée par l’histoire contée. C’est une histoire vraie, et qui traite de l’Entreprise, des technologies de l’information, du monde financier, des capitaux investisseurs.
De jeunes diplômés d’une école d’ingénieurs se lancent dans la création d’une « start-up ». Ils sont gonflés d’idéaux, brillants dans leur domaine, dotés d’une énergie Cervantesque. Qu’adviendra-t-il de leur bébé nouveau-né, de cette société, de ces produits qu’ils vont créer, lorsqu’ils se mettront à surfer sur la vague des grands requins V.C. (« Venture Capitalists » ou capitaux investisseurs) ? Ils ne le savent pas encore. Mais nous, l’imaginons bien vite ! Eh oui, le livre se termine sur un « je ne comprends pas » du narrateur, qui est un des fondateurs de l’entreprise. Le lecteur, lui, a très bien compris. Le lecteur pourra même se dire  » je comprends maintenant pourquoi je ne comprends pas mon monde », cette ère du début du XXème siècle qui vogue dans un brouillard de monstres invisibles et laisse le premier rôle à d’autres monstres bien trop visibles mais incompréhensibles… Mais la morale de l’histoire est belle car on comprend assez vite qu’une seule chose compte : l’aventure humaine, et les amitiés qui l’embellissent, rendent les moments éprouvants dignes d’être vécus. Lire la suite

La force subversive de l’Amour

romanesque-tonino-benaquistaAucune institution ne résiste à l’Amour, ni même celles du Ciel, du paradis et de l’enfer ! Une fois que l’on a dit cela on a presque tout dit de la pensée émise par ce livre… Mais bien entendu je ne vais pas m’arrêter là car j’ai été bien trop enchantée par cette lecture pour ne pas tenter de vous donner envie de vous y plonger. Car non, aucune des sélections des prix littéraires de cette rentrée n’a retenu ce titre dans ses listes, bien peu de critiques littéraires, d’émissions radiophoniques ou télévisuelles y ont consacré un article ou leur temps d’antenne, et pourtant… Personnellement je le retiendrai comme une de mes lectures phares tant de la rentrée que de l’année en cours. Lire la suite

L’esprit se libère, le corps se forme…

Ici et maintenantDes romans de formation où l’on suit la progression d’un adolescent qui devient adulte, un garçon qui devient homme, nous en avons lu bon nombre. Mais la magie de la littérature est là pour nous surprendre toujours lorsqu’une nouvelle plume crée, innove, invente une nouvelle voie sur le même chemin… Pablo Casacuberta, écrivain uruguayien nous offre ici une merveille. En très peu de pages nous voyons l’univers de notre jeune garçon s’écrouler pour faire place à une nouvelle vision de la vie et à un nouveau mode de vivre.

Tissé d’humour et de finesse le récit se déplie tel dans une pièce de théâtre, avec peu de personnages, Lire la suite

Le labyrinthe de la vie

At night we walk in circlesIl est toujours difficile de conseiller un livre qui n’a pas pour vocation de rendre le lecteur joyeux et vibrant de légèreté. Mais puisque la vie elle-même n’a pas pour caractéristique d’être toujours rose, et parce que ce livre est excellent et son auteur incontestablement talentueux, je ne peux faire autrement que vous en parler.

Daniel Alarcón, écrivain péruvien vivant aux États-Unis est très largement connu en Amérique du Nord. Il écrit dans les journaux et magazines littéraires réputés, il a remporté bon nombre de prix et récompenses pour son oeuvre. Peu connu en France, un de ses précédents livres est pourtant publié chez Albin Michel. Celui-ci le sera donc aussi peut-être ; pour ma part je le lui souhaite. Car oui, il gagne à être lu.

Je ne tournerai pas autour du pot, c’est l’histoire d’une tragédie annoncée que nous offre « At night we walk in circles ». Le lecteur s’engage dans le récit lentement. Au bout d’une cinquantaine de pages ce même lecteur pense être au bout du conte. Nous avons compris l’histoire, tout est dit, que peut-il se passer d’autre ? Comment se fait-il qu’il reste encore plus de trois cent pages à lire ?! Lire la suite

Un coeur de pierre

le voyage d octavio.inddParfois il peut arriver qu’un premier roman soit d’une qualité littéraire, d’une beauté dans son style et d’une fluidité dignes des grands, très grands écrivains. Mais imaginez que le récit d’un tel premier roman revête aussi des atours borgésiens ! Eh bien, voici un exemple du prodige que je viens de décrire. C’est une étrange rencontre que nous offre de vivre Miguel Bonnefoy dans ce livre, Le voyage d’Octavio. Le récit est bref (cent vingt trois pages), l’histoire limpide et irréelle. Le tout est d’une grande poésie. Lire la suite

Le fil de la vie…

Les IntéressantsJ’ai passé l’année 2015 à désirer un livre comme celui-ci, et c’est dans les derniers jours de l’année que j’ai trouvé ce que je cherchais ! Ma formule vous amusera et vous n’y croirez que modérément peut-être, et pourtant c’est sans hésitation aucune que je vous conseille ce livre. Car en ces temps fatigants nous avons besoin de distraction. Et ce livre m’a distrait parce que j’y ai lu la vie, la simplicité de l’être humain bourré de défauts touchants. J’y ai lu l’amitié, l’amour, la parenté, les échecs, les jalousies, les responsabilités. J’y ai lu surtout des sentiments, et des relations humaines dignes de ce nom. J’y ai lu, enfin, tout cela qui se tisse dans le temps, qui se noue, se renforce et tend à se parfaire avec le temps, si tant est que l’homme sache faire preuve de constance et de loyauté.

Eh oui, vous voyez comme ce livre est révolutionnaire ! On peut y lire la profondeur et la joie mêlées, l’intelligence et la drôlerie bête entrelacées, la sagesse et la légèreté brodées d’un même fil. Lire la suite

D’où vient l’exil?

Tous nos nomsJe n’ai pas bien compris ce livre. Peut-être parce qu’il fait un grand écart entre des pays et des contextes qui sont très éloignés les uns des autres, ou peut-être justement parce que trop de dualités y sont réunies… Le talent de l’écrivain est peut-être là, dans cet entre-deux trop vaste qui chercher à faire un trait d’union entre sujets qui à priori ne peuvent se comprendre. C’est un livre que je conseillerais, pour le mystère qu’il cherche à élucider, pour le grand point d’interrogation qu’il pose sur la question du déracinement, de l’exil, de la perte de repères. Lire la suite

Lettie Hempstock voulait te voir…

Neil GaimanC’est agréable de lire parfois un livre qui se dévore. Je ne suis pas une grande lectrice de fantastique ni de littérature jeunesse mais cet écrit qui se place pourtant entre les deux m’a enchantée… et c’est bien un livre pour adulte dont il s’agit ! Il nous emporte ailleurs et nous imprègne d’un parfum d’évasion émouvant, puis bouleversant. Et tout ce temps le réel se cache si bien entre les lignes qu’au travers de l’histoire lue on en aura presque lu une deuxième simultanément, très humaine, et si triviale qu’elle en devient essentielle. Lire la suite