Tant d’encre versée

Les Vies de papier2Je suis tombée sur une citation de l’écrivain George Saunders ce matin qui disait « Dans le domaine de l’art, et d’une manière générale peut-être,  l’idée est d’être capable de se sentir à l’aise avec des choses contradictoires ». Comme dirait mon éternel livre de chevet (le Yi Jing) « l’eau et le feu ne se combattent pas ». Eh bien la beauté de ce livre, que j’ai adoré, est qu’il nous invite à cela. Comprendre qu’il faut dépasser les compréhensions basiques de la vie, de son sens, du bon, du mauvais. En l’espace de 48 heures de la vie d’une femme nous allons parcourir une série d’événements insensés, parfois grotesques, souvent drôles, tout aussi souvent tragiques et jamais nous ne pourrons juger. S’émouvoir, ressentir, rire, pleurer, oui, labelliser, non ! Parce que la vie est plus vaste. Parce qu’on ne peut pas la réduire avec des raisonnements et explications qui se tiennent rationnellement. Naturellement le récit est en même temps une promenade littéraire contenant mille références et citations. Tout est là, dit dans la littérature, de mille façons différentes ! Lire la suite

Les sommets de la perfection

L'Alpiniste

J’ai tant aimé ce livre qu’il m’a paru trop peu de lui consacrer un article aussi élogieux qu’il fût. Je vous ai donc lu une des histoires de ce recueil de nouvelles, et vous a invité à l’écouter sur ce site plusieurs mois durant. Mais je vous invite surtout à acquérir ce livre, à le lire, le relire et le chérir chez vous… Le livre est joli, son format est agréable, les illustrations faites de la main de la fille de l’auteur délicieuses… et son contenu de celles qui ravissent l’âme. Toutes les nouvelles qui composent ce recueil ont pour thème l’alpinisme. Mais il ne s’agit pas là du sport, ou de l’activité de l’alpinisme. Il est question d’art, de l’art de grimper, de l’art de vivre, de voir, de sentir et de ressentir la vie dans sa pureté et sa beauté vraies. Lire la suite

Les coulisses du pouvoir

Lawrie Dignan3De temps en temps ressurgissent dans notre mémoire des lectures anciennes dont l’atmosphère ou le dire semble subitement résonner avec l’actualité du jour et nos pensées du moment. Je ne parle pas là des classiques, clés majeures et éternelles de compréhension du monde, non, je pense plutôt à des livres publiées il y a quelques années qui étrangement semblent avoir raconté ou exploré ce qui se produit aujourd’hui… Lire la suite

Clin d’oeil à la vie

La femme en rougeLA FEMME EN ROUGE ET AUTRES NOUVELLES
Andrée Chedid
Éd. Flammarion, j’ai lu, 1994

Quelle heureuse idée d’avoir réédité ces nouvelles. Ce recueil sorti en poche j’ai lu nous offre des nouvelles provenant des trois recueils Les corps et le temps, Mondes, miroir, magies et À la mort, à la vie publiés en respectivement en 1979, 1989 et 1992 dont le premier avait remporté le Prix Goncourt nouvelles. Toutes sont brèves et incontestablement Lire la suite

Vétustes soieries

le laboureur des eaux2À la recherche du livre poétique et tressé de métaphores je n’étais point, mais je ne me plaindrais certes pas d’être tombée au hasard de mon chemin dans une marmite qui allie si bien moult ingrédients délicieux, autrement dit la beauté des mots, la profondeur des idées et la magie de leur savant entrelacement… Lire la suite

Noooooooon! NON

Le visage retrouvéVISAGE RETROUVÉ
Wajdi Mouawad
éd. Actes Sud, 2003

Régulièrement je me laissais ravir par la plume de Wajdi Mouawad en savourant ses articles qui paraissent parfois dans le supplément Livres du journal Le Monde. Depuis longtemps déjà je désirais lire un de ses livres. Or je ne suis pas très axée actuellement sur la lecture de pièces de théâtre et son dernier livre, Anima, semble contenir une grande part de violence à laquelle je n’ai pas très envie de me soumettre. J’hésitais donc et un charmant libraire me conseilla ce titre, premier roman de l’écrivain. Lire la suite

La fin justifie tous les moyens !

Kamal JannLe journal Le Monde avait consacré une pleine page à ce livre. Dès lors on a vu ce livre dans les librairies revêtu d’un ruban rouge le qualifiant de « Le Grand Roman du Moyen-Orient ». J’étais plutôt sceptique au départ. A l’arrivée je n’hésiterai pas à le recommander, si tant est que le sujet en lui-même ne rebute pas le lecteur. L’auteur y peint un portrait du Proche-Orient actuel, en prenant pour cadre l’histoire de plusieurs familles syriennes-libanaises, de celles qui contrôlent tout et tous depuis toujours ! Lire la suite

« Et voici comment l’histoire a commencé »…

Le coffre des secretsElias Khoury, je vous en avais déjà parlé : le « Gabriel Garcia Marquez de l’Orient »… Ce livre-ci est peut-être moins étrange que celui que j’avais lu précédemment (Comme si elle dormait). Néanmoins, à sa manière, il est innovant. Tous les chapitres (à peu de choses près) commencent par la même phrase « Et voici comment l’histoire a commencé… ». Chapitre après chapitre, cette même histoire se raconte, complétée par fragments, contée par tel ou tel personnage qui apportera un éclairage supplémentaire, un point de vue différent. Les uns et les autres ne se mettront-ils donc jamais d’accord pour reconnaître une seule et unique version de l’histoire ? N’est-il donc pas envisageable que chacun partage sa part de l’histoire avec son voisin, que chacun en échange veuille bien donner du crédit aux paroles du voisin ? Bien, non, Liban oblige, et Orient exige… ! Mais n’est-ce pas vrai de manière universelle ?

Le coffre renferme les secrets ; ce coffre que l’on ne souhaite point ouvrir car trop de mauvaises odeurs s’en échapperaient alors, tant de cadavres accumulés de génération en génération….

Pour en savoir plus sur l’histoire à proprement dite du livre je vous renvoie vers la page de l’éditeur qui détaille plus avant que moi.

LE COFFRE DES SECRETS
Elias Khoury
Traduit de l’arabe (Liban) par Rania Samara
Ed. Actes Sud, 2009

Un songe…

Comme si elle dormaitJ’avais assisté à une conférence au salon francophone du livre de Beyrouth où Elias Khoury était présent. L’animatrice, en le présentant, avait précisé qu’on disait de lui qu’il était le Gabriel Garcia Marquez oriental. Ayant lu ce livre, qui n’est peut-être pas son meilleur livre, j’ai compris cette phrase. Et j’ai aimé cet écrivain dont je lirai certainement d’autres livres. Tout d’abord parce que j’aime les livres que je ne peux lire vite, les livres qui se dégustent lentement, tel un bonbon acidulé qu’on laisserait fondre progressivement en bouche. Et puis, l’atmosphère qui règne dans ce livre est si irréel, si aérien que c’en serait presque déstabilisant ! D’ailleurs, ce n’est pas un roman, mais un songe, un poème, une mélopée…

Elias Khoury n’écrit pas en ligne droite mais en vagues sinueuses, en images qui défilent, qui mélangent le passé et l’avenir, le réel vécu et le « réel » rêvé qui attend de se réaliser. Il nous transporte dans ce livre de Beyrouth à Nazareth en passant par les montagnes du Liban, Jaffa, Bethléem, le lac du Tibériade, les routes montagneuses et le brouillard. Les histoires des personnages bibliques et des saints libanais (dont Mar Elias) nous bercent et nous bouleversent, nous choquent ou nous effraient. Les vers de la poésie arabe nous parlent d’amour et les rêves de Milia, le personnage principal nous dévoilent l’à venir. Et c’est comme si elle dormait…

Je vous recommande aussi son livre « Le coffre des secrets ». Son livre le plus connu était « La porte du soleil » que je n’ai pas encore lu.

COMME SI ELLE DORMAIT
Elias Khoury
Traduit de l’arabe Liban) par Rania Samara
Ed. Actes Sud 2007
Prix du roman arabe 2008

Mais jusqu’où ira l’aveuglement…

Noon MoonNOON MOON
Percy Kemp
éd. Seuil thriller, 2010

Je ne sais que dire de ce livre. Ce livre est fou. Il se déroule aujourd’hui, durant le premier mandat de la présidence de Barack Obama. Un jeune espion des services secrets britanniques est enlevé en Iraq, vraisemblablement par des islamistes. Nous suivons alors les échanges ayant lieu entre le prisonnier et son ravisseur pour voir le syndrome de Stockholm opérer sur le jeune homme. Il se laisse progressivement charmer Lire la suite