La grande bassesse

Hanif Kureishi est un des plus grands écrivains anglais contemporains. Il n’est pour ainsi dire pas de grandes distinctions qu’il n’ait reçu à ce jour, au titre desquels celles de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres ou Commander of the Order of the British Empire. Il est écrivain, scénariste, dramaturge… Je ne pense pas que ce livre reflète les thématiques qui lui sont habituelles mais il n’y a peut-être pas d’entrée unique pour aborder son oeuvre. Et pour ma part j’y aurai mis les pieds par cet « Air de rien », de son titre original littéral « Le Rien » !

Eh oui, versons un rien de luxure, ajoutons-y un rien de manipulation, complétons en agrémentant d’un rien de trahison, saupoudrons un rien de détresse et pour l’assaisonnement final chacun selon ses goûts optera pour un rien de jalousie ou de vilenie ou d’insanité mentale. Lire la suite

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Outillage de paix

J’ai lu presque tous les livres de cette écrivaine. Et le presque vient du fait que j’ai « raté » la sortie de l’avant-dernier mais je vais y remédier très vite ! Enseignante en histoire de l’art, elle peut désormais se consacrer intégralement à l’écriture. Mais dès son premier roman elle avait su insérer du beau dans ses mots, dans ses récits, dans le coeur de ses personnages et dans leurs rencontres. Car oui, elle met en scène la vie, elle invente de la joie là où se niche la tristesse, crée de la magie et de l’espoir là où tout n’est qu’obscurité et passé. Le lecteur s’amuse en la lisant, s’enchante, et accepte d’être enjoué au lieu de se morfondre. Ce dernier livre, Ör, ne fait pas exception à la règle mais cette fois le personnage principe est un homme ; un taiseux, un bricoleur, un drôle de stable ! Lire la suite

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Qui survivra verra…

Quelle jolie dystopie ! Eh oui, Jenni Fagan, écrivain écossais, a écrit un livre d’une grande poésie, riche de subtilité, d’humour, de finesse et de tendresse. Mais c’est bien une dystopie et l’extraordinaire et le hors normes y ont leur place, privilégiée… C’est beau et étrange, intime et très imaginaire. Ça se dévore, d’une lecture lente.

Nous sommes dans un futur très lointain où, dû au réchauffement climatique, les glaces ont fondu, où les iceberg dérivent vers l’Europe et où désormais l’hivers épouse les moins cinquante (-50°C) degrés Celsius. Et notre écrivaine, dotée d’humour, situe ce futur lointain en 2021. Pour le reste le monde ressemble à celui que nous connaissons, une planète avec des êtres humains : des hommes, des femmes et des trans-genres. Lire la suite

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Démettre l’élève

J’ai été bien surprise par cette dernière parution de l’écrivaine sarde Michela Murgia. Autant vous dire qu’il ne ressemble en rien à ses romans précédents si ce n’est qu’il est aussi réussi que les autres ! Nous sortons ici des petits villages sardes côtoyés dans Accabadora et La Guerre des Saints. Tout comme la narratrice nous quittons le passé traditionnel pour rentrer ici dans un mode de vie plus moderne, et très actuel. Le récit traite de la manipulation. Avec intelligence, avec délicatesse Michela Murgia nous permet de regarder l’homme, la femme, dans leur réalité. Sans rien diaboliser, sans rien négliger elle nous emporte dans une quête autre : comment parvenir à s’aimer soi-même… Lire la suite

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Congo

Cet article a été rédigé par Florence Vizet suite au club de lecture du 24 novembre 2017

15 novembre 1884 : tous les chefs d’état européens et spécialistes se réunissent à Berlin au palais Radziwill pour créer le Congo.

Tous ces » grands hommes » et experts en fracs sont croqués par Vuillard, évoquant pour chacun son histoire et son action dans cette ignoble partage de l’Afrique: Chodron de Courcel, responsable des études à la BNP, Malet qui vante le libre échange à sens unique , Léopold roi des belges, qui se crée ainsi une propriété tellement plus grande et lucrative que son petit pays, Stanley qui doit rendre accessible le bassin du Congo, Leon Fievez qui « coupe les mains » … 

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Charmeur de la vie !

C’est toujours un moment magique de découvrir un nouvel écrivain et constater à quel point on s’est laissé emporter dans son monde. Alessandro Piperno a l’art de créer une atmosphère propre à lui, avec des personnages peints à sa façon et tout cela secoué suivant un rythme dont il détient seul le secret ! Le tout se révèle être une lecture charmante, à la chute pourtant rude. Une plume à savourer donc, sans modération ! Lire la suite

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Jusqu’où va l’amour ?

Peter Stamm est un écrivain de l’intime, de l’invisible et de l’indicible. La chose qui relie deux êtres ou qui les éloigne, cela l’intéresse. Quelle est la substance qui caractérise un homme, une femme, et permettrait de prédire leurs actes, leurs choix… Il explore ces questions et ces univers de l’infime qui frôlent pourtant l’essentiel ! Son dernier livre traduit et publié en français est un parfait exemple de son oeuvre. Lire la suite

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Le miel de la vie et sa bile…

J’écoutais un écrivain italien ce matin dire que « ce sont trois choses essentiellement qui font la particularité d’un roman : le climat et l’atmosphère qui l’habitent, la musique de sa prose et ses personnages ». Je ne sais pas si c’est toujours vrai de tous les romans, mais ce sont bien les trois choses qui font la beauté de Sucre Noir. Le climat est tropical, la musique un quelque chose entre la symphonie magistrale et le tango, les personnages, eux, sont sculptés dans le moule des dieux et démons mythologiques. La tragédie n’est jamais là où on l’attend, mais toujours enfouie sous terre, invisible. Et pour le reste l’histoire se compose par grands chapitres dont les pages se tournent comme celles d’un livre. En deux cent pages nous parcourons trois siècles et trois générations ! Lire la suite

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Le début de la fin !

J’ai lu le dernier livre d’Yves Ravey avec plaisir, sans effort. Un sentiment aérien se dégage du récit alors que c’est écrit sous un mode bien terre à terre. Chaque chose est appelée par son nom. On ne s’attache qu’aux faits palpables. Les comiques de situation s’en mêlent, le suspens s’invite à grands pas… et tout cela autour d’un personnage qui m’a fait étrangement penser à celui de l’Etranger de Camus ! Lire la suite

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Au nom de qui ?

Il faut lire Eric Vuillard. Parce qu’il a un style propre à lui, et une écriture ciselée et précise. Dénués de lyrisme ses textes nous emportent. Récits simili-documentaires, ses écrits n’en sont pas moins poignants. Les thèmes qu’il aborde sont importants. Le regard qu’il porte sur les choses du monde touche à l’essentiel.
Voilà !

Son dernier livre, publié cette année, trace les premiers pas de ce qui allait devenir l’Allemagne nazie. Mais je me demande si le récit ne met pas en lumière les coulisses du monde moderne, en d’autres mots, la chose qui est en train d’emporter l’humanité aujourd’hui vers un avenir incertain. Lire la suite

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Ça flotte dur

Ce livre a beaucoup fait parler de lui ces dernières semaines, certains critiques ayant même estimé que c’était un des plus beaux romans de la rentrée littéraire. Après l’avoir vu entrer dans les sélections des prix littéraires prestigieux ces mêmes critiques l’ont dénigré ! Ça en dit long sur la théorie du buzz. Mais que penser du livre si on ne l’a pas lu ? S’y plonger ma foi ! Et constater que c’est un livre qui nous tient en apnée trois cent pages durant. Car il est question d’eau ici, d’eau sale, d’eau stagnante, d’eau pesante et trouble. Et cette eau usée nous apprend à flotter les yeux fermer. On se laisse porter sans se poser de questions, en attendant qu’une réponse veuille bien venir nous cueillir dans notre errance… Lire la suite

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La mémoire de l’eau

Tout est singulier dans ce livre. Les personnages semblent avoir un contour vaporeux, la structure et le style surprennent. L’histoire elle-même, le statut du narrateur, le message que l’écrivain veut nous livrer, tout cela reste indéfini un long temps. Mais on reste accroché à sa lecture, on poursuit sans jamais perdre ce fil qui paraît inexistant. Et l’écrivain tient ses promesses. Nous entendons bien, à la fin du récit, ce qu’il voulait nous dire. En somme c’est une tragédie ordinaire qui se déroule tous les jours sous nos yeux, dans toutes les villes de tous les pays d’Europe et peut-être d’ailleurs. Un être humain adorable et sensible se noie sous nos yeux. On le regarde se noyer. Une fois qu’il n’est plus on réalise ce qu’on était en train de laisser se dérouler sous nos yeux ! Et la force de l’écrivain est de nous offrir un livre drôle, enlevé, détaché et délicieux à picorer et butiner alors que le thème abordé est bien loin de la légèreté qui se met en scène. Lire la suite

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Brûlant givré…

Les écrivains français ne savent pas bien faire des nouvelles, et naturellement le lecteur français est moins adepte des recueils de nouvelles. Et pourtant, dans les cas où un recueil est bien pensé, bien construit et nourri de pépites cela donne un trésor de littérature. Jaume Cabré, écrivain catalan, est connu en France pour son Confiteor, roman magistral et exigeant qui a rebuté le lectorat britannique mais enchanté les lecteurs difficiles et persévérants de l’hexagone. Ce Confiteor attend sagement dans ma grosse pile de « livres à lire demain » que j’ose m’y plonger, mais puisque ce même écrivain a su faire l’exercice inverse, écrire du très court et très direct, je me suis laissée tenter par cette entrée-ci dans son oeuvre ! Et je m’incline devant le tour de force que représente ce « Voyage d’hiver ». Lire la suite

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La finalité ?…

Jean-Marie Blas de Roblès est philosophe – il enseigne la philosophie – et il est archéologue. Un jour il a écrit un livre, de mille pages. Il a envoyé son manuscrit à bien des éditeurs ; tous l’ont refusé. Blessé au plus profond de lui-même il a déclaré qu’il n’écrirait plus jamais et il s’en est tenu à cette décision dix longues années. Les amis étant là pour nous sauver de nous-même, dix ans après, ils firent des photocopies de ce long manuscrit, préparèrent les enveloppes et encouragèrent l’auteur à retenter sa chance. Son manuscrit fut encore refusé par bon nombre d’éditeurs mais les Editions Zulma choisirent de le publier. Les lecteurs adorèrent le livre, il fut couronné par bien des prix littéraires et Jean-Marie Blas de Roblès redevint écrivain ! Oui, c’est une belle histoire, tout comme l’histoire de ce roman en question. Et j’étais totalement passée à côté de ce livre et de cet écrivain. C’est à l’occasion de la sortie de son dernier livre en cette rentrée littéraire que j’ai écouté une émission où Jean-Christophe Rufin donne la parole à cet homme tant passionnant que doté de simplicité et d’humilité. Et dans la semaine qui a suivi j’ai dévoré le livre (765 pages, et en tout petits caractères pour mes pauvres yeux fatigués !) en huit jours… Eh oui, je vous recommande vivement d’aller à la découverte de cet écrivain. Lire la suite

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Du bon usage du langage…

Si certains livres nous mettent du baume au cœur celui-ci offre le remède équivalent pour l’esprit. Nos esprits – tout du moins le mien – sont bien fatigués par les temps qui courent avec toute la bêtise qui circule allègrement tant sur les réseaux sociaux qu’au coin de chaque rue de chaque ville de chaque pays au monde ! Ce point d’exclamation ne me met nullement en joie mais les textes de ce recueil ont réussi cet exploit… Jérôme Ferrari s’est évertué en 2016 à produire des articles pour un quotidien français, semaine après semaine, qui analysent et décortiquent des affaires de l’actualité politique et sociale courantes. Ces articles sont ici réunis et nous pouvons les savourer à notre rythme et nous ébahir de la finesse et de l’intelligence qui s’en dégagent. La justesse des propos de l’auteur, la précision de sa pensée, et l’argumentation limpide qui s’appuie sur les travaux des philosophes sont à ravir. Mais surtout ces textes sont précieux dans leur capacité à attirer notre attention sur l’usage infidèle qui est fait du langage de nos jours, et les dangers de ce travers. Lire la suite

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