Une drôle de famille !

sens-dessus-dessousLes écrivaines sardes me touchent, et Milena Agus plus que toute autre… Elle écrit peut-être toujours un peu le même livre, mais si les moments de vie délicieux sont toujours aussi bienvenus dans notre quotidien, les livres savoureux le sont aussi tout autant. Alors chaque nouveau livre de Milena Agus est un événement que j’accueille avec une joie profonde. Si vous n’avez lu aucun livre d’elle, je vous conseille de commencer par « Mal de pierres« , d’ailleurs ce livre est adapté au cinéma et est à l’écran actuellement…

Et « Sens dessus dessous », que raconte-t-il ? La vie des habitants d’un immeuble à Cagliari. Le sens du bonheur, de l’amour et de la légèreté envers et contre tout ! Mais aussi l’histoire de petits êtres merveilleux qui Lire la suite

Que de hauts, et que de bas !

Le Nouveau NomA moins de lire des bestsellers les romans que nous offre la littérature aujourd’hui ne sont plus tant des oeuvres romanesques. Ce sont des essais philosophiques, des témoignages, des traversées de l’actualité et des narrations de chemins personnels d’auteurs. Mais avec Le Nouveau Nom, c’est enfin un roman que nous avons entre les mains, et qui n’en est pas moins une entreprise littéraaire. Au fil des pages de ce deuxième tome de la saga napolitaine d’Elena Ferrante j’ai été transportée, j’ai été en colère, j’ai été triste et joyeuse, impatiente et bouleversée, émue, heurtée, perdue et retrouvée ! J’ai surtout été affolée par le train d’enfer auquel le récit est mené. Tant de rebondissements, tant d’imprévus et de surprises, tant d’inattendus nous attendent à chaque tournant que nous ne savons où donner de la tête. Rien d’étonnant à cela peut-être puisque nos personnages traversent l’adolescence et les premières phases de la vie d’adulte ; cet âge de la vie qui est caractérisé par l’enthousiasme et l’énergie débordante des vouloirs et des désirs. Grands bâtisseurs de chateaux de sables qui ne cessent de s’écrouler, nos jeunes napolitains dans la fleur de l’âge ne sauront prendre garde au vent et à la tempête. Et nous, lecteurs, ne pourrons faire autrement que de les suivre tête baissée. Voilà le programme qui vous attend dans ce roman, mes chers amis ! Lire la suite

1+1= Union

Le Contraire de UnLire est chose merveilleuse, c’est découvrir, faire une rencontre, partager un moment de vie avec… Mais relire est chose plus grande encore. Relire, c’est revivre. Revivre le moment vécu jadis à la première lecture d’un livre, retrouver son regard et son être lors de cette première rencontre. On sait bien pourtant que l’on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau, puisque l’eau de la rivière coule et se transforme à chaque nouveau courant. Alors relire, c’est revivre, autrement. Se retrouver pour se découvrir autre ! Et c’est bien cela que j’ai expérimenté en relisant Le Contraire de Un d’Erri de Luca. Le hasard de la vie me l’a mis entre les mains, une bonne dizaine d’années après ma première lecture, et je me suis laissé faire… pour mon plus grand bonheur. Lire la suite

L’Envie fait des prodiges

L'amie prodigieuse Elena FerranteDans nos temps modernes, que certains ont nommé post-modernes avant de décider que la post-modernité était elle-même dépassée, tout un chacun veut écrire et surtout tout un chacun veut être vu, connu, visible dans les médias et les réseaux sociaux. Mais il est encore des écrivains, parfaitement merveilleux, qui préfèrent garder l’anonymat. C’est le cas d’Elena Ferrante, dont on ne connaît ni l’âge, ni le sexe, ni le parcours de vie. Mais elle (ou il ?) se livre à nous pourtant, et si élégamment, si délicieusement de par sa plume de conteur d’histoire, de lecteur de psychologie humaine, de décrypteur des énigmes sociaux s’il en est. Je vous parlerai ici du premier volume de sa « série Napolitaine » qui met en scène l’enfance et l’adolescence des personnages d’une petite bourgade en périphérie de Naples.

Des deux petites filles, personnages principaux du livre, nous ne saurons laquelle est l’héroïne. Nous ne saurons laquelle est « Bianca », et laquelle « Katarina »… Je fais référence, là, aux deux soeurs de La Mégère Apprivoisée de Shakespeare. Bianca veut dire blancheur, la beauté et la pureté même, mais vers la fin de la pièce nous réalisons que Katarina veut également dire blancheur, et que malgré les apparences, ce serait plutôt elle la représentante de la pureté ! Lire la suite

Aux Elfes de sauver le monde…

La vie des elfesCe livre s’appelle « La Vie des Elfes ». C’est un livre en réalité écrit par une Elfe, et écrit pour des Elfes. Il s’adresse aux elfes cachés que nous avons tous en nous et qui savent lire une idée, une pensée, un message dans la musique qui se dégage d’une phrase, dans les lignes écrites entre les lignes. Nous connaissons tous cet écrivain, Muriel Barbery, pour avoir lu son « L’élégance du Hérisson » qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et qui a été traduit dans plus de trente quatre langues. Mais « La vie des elfes » a été très mal traité par les critiques et la presse. Les critiques littéraires l’ont dénigré, l’ont descendu serais-je tentée de dire. Et pourtant, quel beau livre… Je n’ai pas été étonnée d’entendre Muriel Barbery dire que c’est son séjour au Japon qui a teinté ce livre en profondeur. Car quelle finesse, quelle discrétion, et surtout quelle poésie traversent cet écrit. L’écriture est belle, une symphonie magistrale, travaillée et candide à la fois. Et le message véhiculé par ce livre n’est visible et lisible que par ceux qui aiment avant tout la poésie de la vie, la magie de chaque instant vécu, au-delà des réalités visibles et tangibles, par delà les valeurs de notre société actuelle…

Nathalie Sarraute disait : Lire la suite

L’Amour seul saura t’ét(r)eindre…

AccabadoraIl ne s’agit pas d’être différent, il s’agit d’être soi. Il ne s’agit pas d’être soi, il s’agit de découvrir que l’on a hérité d’un soi. Oui, mes premiers mots pour parler de ce livre sont mystérieux mais ce n’est pas étonnant puisque l’on est dans Accabadora. Très loin d’un abracadabra la note jouée par Michela Murgia est une tragédie, celle d’avoir à transmettre un don, une mission, une responsabilité lourde à porter.

Le vêtement de la mort s’endosse par tous mais qui donc aimerait l’offrir ? Avec amour, c’est l’Accabadora qui sait faire cela. Et cet amour s’apprend parce qu’il est grand, parce qu’il est inconditionnel. Cela relève du miracle de savoir écrire un roman qui pourrait nous dire le comment de cet amour. Oui, Michela Murgia a mis au monde un récit d’amour simple comme bonjour, écoeurant comme la beauté de la vie elle-même… Lire la suite

Ruines étincelantes

Beautiful ruins 1BEAUTIFUL RUINS
Jess Walter
éd. Harper Perennial  2012

Voici un livre coloré et doux ; il est frais et vaste. La critique littéraire américaine, les lecteurs et les écrivains ont largement célébré ce petit bijou de simplicité. Je les rejoins. Une petite chose tant pétillante que paisible qui se savoure par tous temps et tous vents. Vivement qu’il soit traduit en français. Lire la suite

Nous ne sommes plus Un

Michela-Murgia-La-guerre-des-saintsLA GUERRE DES SAINTS
Michella Murgia
Éd. du Seuil , 2013 (v.o. 2012)
Traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Quel joli livre que voici. Et force est de constater qu’une fois encore je ne procède pas dans le bon ordre ! Car depuis fort longtemps « Accabadora », le précédent livre de cette écrivaine sarde, figure sur mes tablettes de « livres à lire ». La critique internationale lui avait réservé un accueil très Lire la suite

S’égrènent les graines de la vie joyeuse

Wet Eye GlassesLA COMTESSE DE RICOTTA
Milena Agus
Éd. Liana Levi, 2012
Traduit de l’italien par Françoise Brun

Cette écrivaine sarde doit son succès à la France et aux éditions Liana Lévi qui l’ont fait connaître avec la publication de son livre « Mal de pierres », alors qu’en Italie elle était encore si peu lue. Depuis lors, Français ou Italiens, nous aimons tous la lire. Je la découvre tardivement avec ce roman bref mais formidable. Lire la suite

Qui sème le courage récolte son destin

les oliviers du négusLes Oliviers du Négus
Laurent Gaudé
Éd. Actes Sud, 2011

Ce recueil réunit quatre nouvelles dont « Les Oliviers du Négus ». Cette forme brève de nouvelle semble convenir merveilleusement à Laurent Gaudé. L’écriture, ici, est très différente de celle de « Ouragan », où le souffle était porté de l’extérieur, la narration s’assimilant à un écho tournoyant. Ici la parole vient de l’intérieur Lire la suite

Plus vrai que nature

Confessions-d-un-jeune-romancier-de-Umberto-Eco-Grasset_visuel_galerie2CONFESSIONS D’UNJEUNE ROMANCIER
Umberto Eco
Éd. Grasset, 2013 (v.o. 2011)
Traduit de l’anglais par François Rosso

Eh oui, le premier roman d’Umberto Eco ne date que de 1980, raison qu’il invoque lui-même pour se voir en jeune romancier. En trois chapitres inégaux l’auteur nous parle avec aisance et assurance des caractéristiques d’écrivain romancier en lui. J’avoue avoir été très intriguée Lire la suite

J’aime ne pas me battre

Les poissons ne ferment pas les yeuxLES POISSONS NE FERMENT PAS LES YEUX
Erri de Luca
Éd. Gallimard, 2013 (v.o. 2011)
Traduit de l’italien par Danièle Valin

Je ne sais pour quelle étrange raison je ne désirais plus lire les Erri de Luca récemment ; fidèle comme j’avais pu être à cet écrivain depuis de longues années pourtant. Malgré tout Lire la suite

Un secret pour personne

Mal de pierres
La Sardaigne de Milena Agus, nous y avions goûté avec « La Comtesse de Ricotta », mais c’est peut-être par ce Mal de pierres qu’il eût fallu commencer pour apprécier l’écrivaine à sa juste valeur. Le mal de pierres confond les reins, plie en deux, rend fou et porte bien mal son nom de calculs. Celle qui en est ici atteinte ne calcule rien, elle se laisse faire, par la vie, par son talent de poétesse réprimée, par les aléas de sa petite vie plongée dans ce petit monde. Elle s’occupera de son mari, qu’elle n’aura pas choisi, de son fils qui ne lui ressemble pas et de sa petite-fille qui est la narratrice. Quelle femme se cachait donc derrière cette grand-mère aimante ? Quels secrets taisait-elle ? Quelle fantasmagorie avait-elle brodé, et pourquoi ? Nous finirons par tout savoir. De son souffle silencieux Milena Agus nous ensorcelle et nous mène à ses côtés, tranquillement, sereinement et avec grâce vers ce fatal moment de révélation finale… Voici un très joli bijou qu’il serait dommage de ne pas s’offrir.

MAL DE PIERRES
Milena Agus
Éditions Liana Levi, 2007 (v.o. 2006)
Traduit de l’italien par Dominique Vittoz

Je me cache ; là-bas

nocturne-indienNOCTURNE INDIEN
Antonio Tabucchi
Éd. Christian Bourgois, 1987 (v.o. 1984)
Traduit de l’italien par Lise Chappuis
Prix Médicis étranger 1987

J’aime lire Antonion Tabucchi. Je ne saurais m’en expliquer la raison. Est-ce parce qu’il ne permet pas à son lecteur d’être dupe sur la frontière entre réalité et fiction ; est-ce dû à la clarté qui émane de ses écrits, de la douceur qui enveloppe sa plume, ou serait-ce parce que j’aime tant Fernando Pessoa qu’il avait prit tant de soi à traduire ?… Lire la suite

Grandeur et décadence

A visit from the goon squadQU’AVONS-NOUS FAIT DE NOS RÊVES?
(A visit from the goon squad)
Jennifer Egan
Ed. Stock, 2012 (v.o. 2010)
Prix Pulitzer 2011

Tout comme dans le livre de Colum McCann (Et que le vaste monde poursuive sa course folle) l’auteur nous éblouit ici d’une galerie de portraits fabuleux. Certains chapitres pourraient presque être lus, voire publiés indépendamment, sous forme de nouvelles. Lire la suite