Le Prix Nobel de Littérature 2017

L’institution suédoise a fait son annonce jeudi 5 octobre à 13h : Le Nobel de la littérature a été décerné à Kazuo Ishiguro. Écrivain britannique, né au Japon et arrivé en Angleterre à l’âge de six ans, il méritait incontestablement ce prix illustre. La secrétaire général du Nobel a dit que si l’on faisait un mélange des écrits de Jane Austen et de Franz Kafka, que l’on y ajoutait une pointe de Proust, on aurait du Kazuo Ishiguro. Lire la suite

La deuxième sélection du Man Booker Prize 2017

La deuxième sélection du Man Booker Prize 2017 a été annoncée mercredi. C’est un des prix littéraires que je chéris le plus, aussi je le suis chaque année avec ferveur. Parmi les 13 romans sélectionnés au départ j’en avais lu 5 et je voyais difficilement comment l’un d’entre eux pourrait être écarté. Mais voilà les choix étaient probablement difficiles à faire. Ainsi donc, à la suite de cette annonce j’ai été heureuse, malheureuse et bien embêtée ! Malheureuse de voir que le livre de Arundhati Roy « The Ministry of Utmost Happiness » avait été écarté. J’avais adoré ce roman… mais je comprends qu’il s’agit peut-être d’une lecture un peu exigeante et qu’on ne peut pas toujours récompenser les mêmes auteurs. Arundhati Roy ayant déjà été lauréat de ce prix dans le passé. Ensuite et simultanément j’ai été très heureuse de voir que les livres d’Ali Smith « Autumn » et celui de Mohsin Hamid « Exit West » avaient été retenus. J’avais été subjuguée par l’écrit d’Ali Smith, et j’adore l’écrivain Mohsin Hamid… Et maintenant je suis bien embêtée parce qu’il reste 3 romans parmi les finalistes que je n’ai pas encore lus, d’autant plus que je pensais me plonger enfin dans la rentrée littéraire française, elle-même bien riche et passionnante !!! Lire la suite

Le souffle de vie

Voici un livre poignant qui a remporté le Prix Giller au Canada, a fait partie des finalistes du Man Booker Prize 2016 et fait partie de la sélection du Bailey’s Women Prize 2017. Le livre s’intéresse à l’art, son étude, sa transmission. La musique et la littérature sont vues comme un langage alternatif pour dire la vie et les émotions voire les étoffer et les transcender. Mais l’histoire se déroule en Chine au XXème siècle et sous Mao Zedong dans un moment où précisément la possibilité de maintenir son art et de se préserver est menacée par la marche politique contraire… Où puise-t-on le souffle de vie ? Quand, comment peut-on le perdre, qu’est-ce qui va survivre au sortir de tout ce que l’on a sacrifié ? Les réponses à ces grandes questions sont simples, et malheureusement terrifiantes à la lecture de ce livre dont, j’avoue, la lecture a été terriblement douloureuse pour moi. Tout ce que j’aime est dans ce livre, et ce « tout ce que j’aime » est patiemment et progressivement détruit au fil du récit. Mais détruire n’est pas vaincre. Lire la suite

La finalité ?…

Jean-Marie Blas de Roblès est philosophe – il enseigne la philosophie – et il est archéologue. Un jour il a écrit un livre, de mille pages. Il a envoyé son manuscrit à bien des éditeurs ; tous l’ont refusé. Blessé au plus profond de lui-même il a déclaré qu’il n’écrirait plus jamais et il s’en est tenu à cette décision dix longues années. Les amis étant là pour nous sauver de nous-même, dix ans après, ils firent des photocopies de ce long manuscrit, préparèrent les enveloppes et encouragèrent l’auteur à retenter sa chance. Son manuscrit fut encore refusé par bon nombre d’éditeurs mais les Editions Zulma choisirent de le publier. Les lecteurs adorèrent le livre, il fut couronné par bien des prix littéraires et Jean-Marie Blas de Roblès redevint écrivain ! Oui, c’est une belle histoire, tout comme l’histoire de ce roman en question. Et j’étais totalement passée à côté de ce livre et de cet écrivain. C’est à l’occasion de la sortie de son dernier livre en cette rentrée littéraire que j’ai écouté une émission où Jean-Christophe Rufin donne la parole à cet homme tant passionnant que doté de simplicité et d’humilité. Et dans la semaine qui a suivi j’ai dévoré le livre (765 pages, et en tout petits caractères pour mes pauvres yeux fatigués !) en huit jours… Eh oui, je vous recommande vivement d’aller à la découverte de cet écrivain. Lire la suite

La boucle parfaite

Ce livre est merveilleux et surprenant, un livre à lire assurément. Il m’est arrivé entre les mains par le plus grand des hasards et grâce au conseil avisé de notre bibliothécaire locale. Je m’empresse donc de vous en parler car il y a de grandes chances que comme moi vous n’ayez jamais entendu parlé de cet écrivain et encore moins de ce titre… Les livres de cet écrivain sont publiés au Canada et je n’ai pas été étonnée de voir que ce roman avait remporté le prix littéraire Canada-Japon en 2006. Très occidental dans ses personnages et son environnement il est empreint d’une profondeur, d’une douceur et d’une intransigeance japonaises. Denis Thériault se rangerait pour moi parmi ces rares écrivains qui ont réussi à saisir l’essence de la culture japonaise et à nous la restituer, nous lecteurs ignorants, avec une limpidité notable. Roman jovial et délicieux, qui se lit quasiment d’une traite il n’en restera pas moins gravé dans mon esprit comme un traité de décryptage de la philosophie et de la poésie japonaises.

L’histoire est simple : Bilodo, un jeune facteur canadien a une vie routinière et plutôt solitaire. La grande passion de sa vie est de lire les quelques très rares lettres à l’ancienne qui lui passent entre les mains. Lire la suite

Tant d’encre versée

Les Vies de papier2Je suis tombée sur une citation de l’écrivain George Saunders ce matin qui disait « Dans le domaine de l’art, et d’une manière générale peut-être,  l’idée est d’être capable de se sentir à l’aise avec des choses contradictoires ». Comme dirait mon éternel livre de chevet (le Yi Jing) « l’eau et le feu ne se combattent pas ». Eh bien la beauté de ce livre, que j’ai adoré, est qu’il nous invite à cela. Comprendre qu’il faut dépasser les compréhensions basiques de la vie, de son sens, du bon, du mauvais. En l’espace de 48 heures de la vie d’une femme nous allons parcourir une série d’événements insensés, parfois grotesques, souvent drôles, tout aussi souvent tragiques et jamais nous ne pourrons juger. S’émouvoir, ressentir, rire, pleurer, oui, labelliser, non ! Parce que la vie est plus vaste. Parce qu’on ne peut pas la réduire avec des raisonnements et explications qui se tiennent rationnellement. Naturellement le récit est en même temps une promenade littéraire contenant mille références et citations. Tout est là, dit dans la littérature, de mille façons différentes ! Lire la suite

Sur les traces de l’enfance

La maison où je suis mort autrefoisUn polar qui se lit d’une traite, c’est formidable, mais quand il n’y a pas d’action narrée c’est encore plus extraordinaire ! L’intrigue se déroule dans une maison, et les deux personnes qui s’y trouvent sont les seuls personnages du livre… Seulement voilà, la maison et l’esprit de nos protagonistes sont hantés par les morts qui les habitent depuis bien longtemps. Si ce roman était adapté au cinéma il aurait probablement une saveur d’épouvante. J’avoue d’ailleurs que j’ai traversé une bonne cinquantaine de pages du livre le sang glacé face au film d’horreur que mon imaginaire faisait défiler sur les murs de ma maison !!! En réalité le livre est une grande réussite littéraire et dans ma bibliothèque je le rangerais bien avec les livres de psychologie et sciences humaines. En résolvant l’énigme du récit nous explorons nos propres énigmes. Délivrés lors du dénouement nous sommes aussi bien libérés que sous le choc de la libération. Eh oui, Keigo Higashino mérite largement le Prix Polar International de Cognac remporté avec ce livre en 2010. De mon côté je vous le recommande sans hésiter. Lire la suite

On ne saura jamais…

La terre qui les sépare Hisham MatarComme c’est difficile de ranger ce livre dans une catégorie. Récit de voyage, essai philosophique, biographie, documentaire historique, promenade littéraire, autobiographie… La Terre qui les sépare est tout cela à la fois. Si c’était une musique ce serait une nocturne. Si c’était un thème, ce serait tout simplement la quête de sens, le fil du récit se traçant de manière spiralaire, se dirigeant vers un centre imaginaire impossible à atteindre. Hisham Matar est à la recherche de son père, kidnappé en 1990 en Egypte et livré aux autorités Libyennes  du régime Khadafi. Il a été incarcéré dans la prison la plus inhumaine du pays. Et puis l’on a perdu toute trace de lui. Au moment du printemps arabe, en 2011, l’auteur retourne dans son pays d’origine après 33 ans d’absence. Et puis il raconte… Lire la suite

La Liberté est dans la démarche

Un Homme s’appartient-il ? Peut-il sortir de la servitude ? Et qu’est-ce donc être Libre ? Voilà de bien grandes questions. Pour aborder ces thèmes il suffit peut-être de se pencher sur la réalité de l’esclavage stricto sensu. D’ailleurs pour comprendre la direction que prennent les événements politiques actuels aux Etats-Unis il n’est pas inintéressant de se plonger dans le passé de ce pays, et de regarder à la loupe ce qui s’y vivait du temps des plantations de coton… C’est cela qu’a décidé de faire Colson Whitehead et grand bien l’en prit puisque sous sa plume prit naissance ainsi un livre excellent qui vient de remporter le plus beau prix littéraire américain, le National Book Award 2016 et le Prix Pulitzer 2017 dans la catégorie fiction.

Le rideau se lève en Géorgie où Cora, jeune esclave noire âgée de dix-huit ans s’échine dans une plantation de coton et s’applique à contrer les cruautés de la vie quotidienne infligées par les régisseurs et patrons, relayées par les esclaves entre eux. Céline RoussinSa mère a fui et n’a jamais été retrouvée et rapatriée, sa grand-mère, elle, était née en Afrique avant de se laisser prendre dans les filets de l’homme blanc. Jeune femme de caractère et déterminée à ne laisser personne briser son âme, elle fait une rencontre qui modifiera à jamais le cours de sa vie. Lire la suite

Prendre la tangente végétale

La VégétarienneSait-on ce qui pousse à devenir végétarien ? Han Kang, écrivaine de Corée du Sud fait une projection intéressante ici sur le sujet. Elle a remporté le Man Booker Prize International 2016, un des prix littéraires anglophones les plus prestigieux avec son livre. Notons qu’elle a partagé son prix littéraire avec la traductrice de son livre en anglais, Deborah Smith. Traduite dans le monde entier, elle a voyagé jusqu’en Argentine pour rencontrer ses lecteurs, interloqués par ce récit tant dérangeant que beau, qui se lit vite mais se digère lentement. Le livre compte moins de deux cent pages. Il est organisé en trois parties ; chacune est centrée sur un personnage différent mais l’ensemble trace de façon chronologique l’aventure de Yeong-Hye, une jeune femme mariée et dans sa trentaine, qui rejette du jour au lendemain toute nourriture animale et s’efforce non pas seulement de devenir végétarienne, mais si possible de se transformer en végétal. Lire la suite

Authentiquement… trahi

La PortePour une fois je ne trouve pas mes mots pour qualifier un livre. ‘La Porte’ n’est pas un bon livre, ce n’est pas un excellent livre… C’est un Grand livre. En refermant le livre j’ai compris que j’avais été comme dynamitée de l’intérieur. J’ai suffoqué, j’aurais pu sangloter ; je n’ai fait que pleurer et j’ai happé ma respiration, comme un poisson qui avale des bulles d’air. Oui, le livre de Magda Szabo m’a donné cette chose essentielle que l’on recherche dans tout livre, une sorte de déflagration qui va nous rapprocher de la Vérité, qui va nous permettre de toucher la vie un bref instant, et se transformer alors. Devenir ce que l’on est, faire un pas vers ce que l’on a envie d’être, un Être, Humain, digne !

Publié pour la première fois dans sa version originale, hongroise, en 1987, il a été porté aux yeux du public francophone en 2003, année où il a remporté le Prix Femina étranger. Il vient de sortir en poche. Mais j’ai rencontré ce livre grâce au marché américain qui lui a redonné vie en 2015. Il a fait énormément parler de lui l’année dernière dans la presse littéraire américaine et je me suis étonnée d’être passée à côté de cette écrivaine hongroise, décédée en 2007. Je me suis empressée de commander l’écrit dans sa traduction anglaise. Et ô comme je ne le regrette pas ! Car c’est un livre qu’il faut lire. Lire la suite

L’impensable est arrivé !

man-booker-2016-the-selloutJe vous avais longuement parlé en 2013, du changement d’éligibilité du Man Booker Prize. Ce grand prix littéraire britannique, qui récompensait jusque là les livres anglophones des écrivains du Commonwealth, de l’Irlande, du Pakistan et d’Afrique du Sud venait de s’ouvrir à tous les écrivains anglophones dont les écrivains américains, à condition que leur livre soit publié en Angleterre. Inquiétude et polémiques avaient jailli de toutes parts (pour les détails de l’affaire je vous laisse consulter mon article de l’époque). Et puis le temps est passé. Mais voici que cette année le Man Booker Prize a réellement été discerné à un écrivain américain, Paul Beatty, pour son roman satirique « The Sellout » où le narrateur et personnage principal est un homme en Californie qui se lance dans la grande aventure, notamment, de ré-instaurer l’esclavage et la ségrégation.

Ce livre sera très certainement traduit et publié bientôt en français. Mais j’ai eu envie de partager avec vous une citation de Paul Beatty que j’ai extrait d’une interview récente, il s’agit là d’un conseil qu’il donnerait bien à ses élèves de l’Université de Columbia :

Ce n’est pas la peine d’écrire pour parler de tentatives de changer le monde. Prenez votre plume pour parler d’un monde qui a changé, ou qui ne change pas. Et laissez votre travail trouver sa portée.

Vous pouvez lire l’intégralité de l’article en question sur cette page du site Guernica ou écouter Paul Beatty sur l’émission radiophonique du Leonard Lopate Show, ou dans une interview de début 2016 sur l’excellente radio Npr. Tous deux sont en anglais. J’essaierai de trouver le temps de traduire l’article en français pour le porter à vos yeux. La citation ci-dessus est également traduite par moi, vous me pardonnerez mes maladresses et libertés prises !!

L’Horizon de l’oubli

Le géant enfouiKazuo Ishiguro est un incontournable dans le paysage littéraire britannique. « Les Vestiges du Jour » et « Auprès de moi toujours » sont ses deux très grandes oeuvres ; les pages de Kimamori vous ont parlé aussi de « Lumière pâle sur les collines ». Voici son tout dernier roman. Comme à son habitude il nous surprend en adoptant un nouveau genre et en excellant dans sa tâche. Lé Géant Enfoui serait fantastique, on le range aussi dans la catégorie roman gothique. Je dirais que c’est un livre, encore une fois, intemporel.

Notons que le Prix Nobel de Littérature 2017 a été décerné à Kazuo Ishiguro.

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La marche de l’Histoire

Les PrépondérantsVoici un bien joli livre qui aurait mérité d’être le Goncourt de l’année, si à ses côtés dans la dernière sélection il n’y avait eu Boussole de Mathias Enard. Mais que cela ne nous empêche pas de le lire, car c’est une lecture délicieuse, intelligente, et en harmonie avec nos temps parce que quelque part désolante… Ce pourrait être un conte tant la narration est fluide et vivante, intime et présente à la fois, mais il s’agit en réalité de la Grande Histoire qui coule aujourd’hui sous la plume de Hédi Kaddour. Cette Grande Chose qui tel un fleuve emporte tout sur son passage et dessine l’avenir sous les marques posées par le passé. Lire la suite

Regrettons ; ou régressons vers la modernité…

L'homme qui savait la langue des serpentsSi vous n’avez pas encore lu ce livre, lisez-le, car plus que jamais ce roman triste qui sait nous faire rire à chaque phrase est d’actualité. Il nous parle de nationalisme et d’archaïsme, de religion et d’obscurantisme, des travers de la modernité, de l’identité bafouée et de nostalgie d’un passé révolu sans jamais parler ni politique, ni religion, ni nation ! C’est un livre ô combien fantastique qui nous parle d’une langue que nous tous savions parler dans un autrefois oublié : une langue à laquelle hommes et bêtes répondaient, une langue qui savait garantir la paix et la solidarité. Lire la suite