Transgressions et transformations

Un bon polar est en général bien plus que juste un polar. C’est souvent la retranscription d’un monde, d’un univers existant quelque part sur la planète et l’atmosphère qui l’accompagne. Avec Natsuo Kirino nous sommes dans le Japon de la bienséance et de la réussite… Si ce n’est qu’ici c’est l’envers du décor qui est dessiné. Que se passe-t-il lorsqu’on cherche à sortir de sa condition, de son statut, de sa ville natale. Fugue, adultère, séparations, où mènent-ils ? Dans ce roman savamment noir bien-sûr ! Lire la suite

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Vivre c’est comment ?!

Les livres poignants et drôles qui savent nous raconter mille souffrances en nous faisant rire et en nous abreuvant de traits d’esprit, ça ne court pas les rues. (Et les rues sont bien peuplées !). C’est pourtant une promesse que tient Viet Thanh Nguyen. Le Sympathisant est fin, créatif, hors normes tout en nous parlant de sujets mille fois vus, mille fois lus : la guerre, le Vietnam, l’exil, la double identité. Or ici la double identité est poussée à son extrême : le narrateur est un agent double, déchiré et solide comme personne ! Ce livre a remporté bien des prix littéraires, et parmi les plus renommés… sincèrement, il le mérite. Lire la suite

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Le Prix Neustadt 2017

Le Prix Neustadt, vous connaissez ? C’est le Nobel américain de littérature qui a été décerné par exemple à Mia Couto en 2014, à Rohinton Mistry en 2012, ou à Octavio Paz en 1982 et à Francis Ponge en 1974.
Ils ont fait l’annonce du lauréat 2017 hier soir, c’est l’écrivaine américaine d’origine haïtienne Edwige Danticat qui remporte le prix.
Je vous laisse consulter cette page, http://ile-en-ile.org/danticat/, qui la présente brièvement et liste ses écrits (essais, nouvelles, romans, littérature jeunesse…) dont certains sont traduits en français. Lire la suite

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Sornettes.

Les livres qui me plaisent moyennement, je n’en parle pas dans mon blog. Et ce Lincoln in the Bardo ne m’avait pas spécialement enchanté… Mais puisqu’il a remporté le Man Booker Prize 2017, puisqu’il a charmé les critiques, et parce qu’il a effectivement des qualités irréfutables, me voici à faire son article ! Lire la suite

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Lauréat du Man Booker Prize 2017

Je suis bien déçue, j’avoue.
Mon livre favori était le dernier roman d’Arundhati Roy qui avait été éliminé dans la deuxième sélection. Parmi les finalistes mon coup de coeur allait à Ali Smith pour son ‘Autumn’ et mon écrivain préféré tous livres confondus, dont son dernier ‘Exit West’, était Mohsin Hamid.
Bon. C’est George Saunders qui remporte le prix pour son ‘Lincoln in the Bardo’. Livre intéressant et original, mais dans lequel je n’ai jamais réussi à entrer vraiment ! Lire la suite

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Au nom de qui ?

Il faut lire Eric Vuillard. Parce qu’il a un style propre à lui, et une écriture ciselée et précise. Dénués de lyrisme ses textes nous emportent. Récits simili-documentaires, ses écrits n’en sont pas moins poignants. Les thèmes qu’il aborde sont importants. Le regard qu’il porte sur les choses du monde touche à l’essentiel.
Voilà !

Son dernier livre, publié cette année, trace les premiers pas de ce qui allait devenir l’Allemagne nazie. Mais je me demande si le récit ne met pas en lumière les coulisses du monde moderne, en d’autres mots, la chose qui est en train d’emporter l’humanité aujourd’hui vers un avenir incertain. Lire la suite

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Le Prix Nobel de Littérature 2017

L’institution suédoise a fait son annonce jeudi 5 octobre à 13h : Le Nobel de la littérature a été décerné à Kazuo Ishiguro. Écrivain britannique, né au Japon et arrivé en Angleterre à l’âge de six ans, il méritait incontestablement ce prix illustre. La secrétaire général du Nobel a dit que si l’on faisait un mélange des écrits de Jane Austen et de Franz Kafka, que l’on y ajoutait une pointe de Proust, on aurait du Kazuo Ishiguro. Lire la suite

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La deuxième sélection du Man Booker Prize 2017

La deuxième sélection du Man Booker Prize 2017 a été annoncée mercredi. C’est un des prix littéraires que je chéris le plus, aussi je le suis chaque année avec ferveur. Parmi les 13 romans sélectionnés au départ j’en avais lu 5 et je voyais difficilement comment l’un d’entre eux pourrait être écarté. Mais voilà les choix étaient probablement difficiles à faire. Ainsi donc, à la suite de cette annonce j’ai été heureuse, malheureuse et bien embêtée ! Malheureuse de voir que le livre de Arundhati Roy « The Ministry of Utmost Happiness » avait été écarté. J’avais adoré ce roman… mais je comprends qu’il s’agit peut-être d’une lecture un peu exigeante et qu’on ne peut pas toujours récompenser les mêmes auteurs. Arundhati Roy ayant déjà été lauréat de ce prix dans le passé. Ensuite et simultanément j’ai été très heureuse de voir que les livres d’Ali Smith « Autumn » et celui de Mohsin Hamid « Exit West » avaient été retenus. J’avais été subjuguée par l’écrit d’Ali Smith, et j’adore l’écrivain Mohsin Hamid… Et maintenant je suis bien embêtée parce qu’il reste 3 romans parmi les finalistes que je n’ai pas encore lus, d’autant plus que je pensais me plonger enfin dans la rentrée littéraire française, elle-même bien riche et passionnante !!! Lire la suite

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Le souffle de vie

Voici un livre poignant qui a remporté le Prix Giller au Canada, a fait partie des finalistes du Man Booker Prize 2016 et fait partie de la sélection du Bailey’s Women Prize 2017. Le livre s’intéresse à l’art, son étude, sa transmission. La musique et la littérature sont vues comme un langage alternatif pour dire la vie et les émotions voire les étoffer et les transcender. Mais l’histoire se déroule en Chine au XXème siècle et sous Mao Zedong dans un moment où précisément la possibilité de maintenir son art et de se préserver est menacée par la marche politique contraire… Où puise-t-on le souffle de vie ? Quand, comment peut-on le perdre, qu’est-ce qui va survivre au sortir de tout ce que l’on a sacrifié ? Les réponses à ces grandes questions sont simples, et malheureusement terrifiantes à la lecture de ce livre dont, j’avoue, la lecture a été terriblement douloureuse pour moi. Tout ce que j’aime est dans ce livre, et ce « tout ce que j’aime » est patiemment et progressivement détruit au fil du récit. Mais détruire n’est pas vaincre. Lire la suite

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La finalité ?…

Jean-Marie Blas de Roblès est philosophe – il enseigne la philosophie – et il est archéologue. Un jour il a écrit un livre, de mille pages. Il a envoyé son manuscrit à bien des éditeurs ; tous l’ont refusé. Blessé au plus profond de lui-même il a déclaré qu’il n’écrirait plus jamais et il s’en est tenu à cette décision dix longues années. Les amis étant là pour nous sauver de nous-même, dix ans après, ils firent des photocopies de ce long manuscrit, préparèrent les enveloppes et encouragèrent l’auteur à retenter sa chance. Son manuscrit fut encore refusé par bon nombre d’éditeurs mais les Editions Zulma choisirent de le publier. Les lecteurs adorèrent le livre, il fut couronné par bien des prix littéraires et Jean-Marie Blas de Roblès redevint écrivain ! Oui, c’est une belle histoire, tout comme l’histoire de ce roman en question. Et j’étais totalement passée à côté de ce livre et de cet écrivain. C’est à l’occasion de la sortie de son dernier livre en cette rentrée littéraire que j’ai écouté une émission où Jean-Christophe Rufin donne la parole à cet homme tant passionnant que doté de simplicité et d’humilité. Et dans la semaine qui a suivi j’ai dévoré le livre (765 pages, et en tout petits caractères pour mes pauvres yeux fatigués !) en huit jours… Eh oui, je vous recommande vivement d’aller à la découverte de cet écrivain. Lire la suite

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La boucle parfaite

Ce livre est merveilleux et surprenant, un livre à lire assurément. Il m’est arrivé entre les mains par le plus grand des hasards et grâce au conseil avisé de notre bibliothécaire locale. Je m’empresse donc de vous en parler car il y a de grandes chances que comme moi vous n’ayez jamais entendu parlé de cet écrivain et encore moins de ce titre… Les livres de cet écrivain sont publiés au Canada et je n’ai pas été étonnée de voir que ce roman avait remporté le prix littéraire Canada-Japon en 2006. Très occidental dans ses personnages et son environnement il est empreint d’une profondeur, d’une douceur et d’une intransigeance japonaises. Denis Thériault se rangerait pour moi parmi ces rares écrivains qui ont réussi à saisir l’essence de la culture japonaise et à nous la restituer, nous lecteurs ignorants, avec une limpidité notable. Roman jovial et délicieux, qui se lit quasiment d’une traite il n’en restera pas moins gravé dans mon esprit comme un traité de décryptage de la philosophie et de la poésie japonaises.

L’histoire est simple : Bilodo, un jeune facteur canadien a une vie routinière et plutôt solitaire. La grande passion de sa vie est de lire les quelques très rares lettres à l’ancienne qui lui passent entre les mains. Lire la suite

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Ma part de sauvage

Ce livre a énormément fait parler de lui en Angleterre et aux États-Unis à sa sortie. En France on n’a pas su l’accueillir à sa juste valeur, et pourtant, c’est une perle de littérature et une expérience de lecture remarquable. Serait-ce parce que la chasse au vol et l’art de la fauconnerie sont moins pratiqués historiquement dans l’hexagone ? Je ne saurais le dire, mais vous recommander ce livre, cela relève bien de mes compétences !!!

Le titre du livre traduit en français est maladroit. Je reconnais que le titre original (H is for Hawk) était difficile à rendre. Car oui, H est bien la première lettre du mot « Hawk » (faucon) mais c’est aussi la première lettre du prénom de l’auteur et narrateur Helen Mcdonald. Experte depuis toujours en fauconnerie elle nous raconte dans ce livre son aventure de fauconnier avec Mabel, le faucon qu’elle accueille bébé, à qui elle va apprendre à voler, à chasser, à être ce qu’elle est : un oiseau de proie. Mais ce livre est davantage qu’un traité de l’art de la fauconnerie. Le genre littéraire anglo-saxon « Memoir » est souvent mal compris chez nous. Il s’agit d’un livre autobiographique qui n’a pas pour vocation de raconter la vie de l’auteur mais d’offrir une œuvre littéraire basée sur une expérience particulière, dans le but de nous éclairer sur un phénomène précis, un vécu humain universel. Lire la suite

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Tant d’encre versée

Les Vies de papier2Je suis tombée sur une citation de l’écrivain George Saunders ce matin qui disait « Dans le domaine de l’art, et d’une manière générale peut-être,  l’idée est d’être capable de se sentir à l’aise avec des choses contradictoires ». Comme dirait mon éternel livre de chevet (le Yi Jing) « l’eau et le feu ne se combattent pas ». Eh bien la beauté de ce livre, que j’ai adoré, est qu’il nous invite à cela. Comprendre qu’il faut dépasser les compréhensions basiques de la vie, de son sens, du bon, du mauvais. En l’espace de 48 heures de la vie d’une femme nous allons parcourir une série d’événements insensés, parfois grotesques, souvent drôles, tout aussi souvent tragiques et jamais nous ne pourrons juger. S’émouvoir, ressentir, rire, pleurer, oui, labelliser, non ! Parce que la vie est plus vaste. Parce qu’on ne peut pas la réduire avec des raisonnements et explications qui se tiennent rationnellement. Naturellement le récit est en même temps une promenade littéraire contenant mille références et citations. Tout est là, dit dans la littérature, de mille façons différentes ! Lire la suite

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Sur les traces de l’enfance

La maison où je suis mort autrefoisUn polar qui se lit d’une traite, c’est formidable, mais quand il n’y a pas d’action narrée c’est encore plus extraordinaire ! L’intrigue se déroule dans une maison, et les deux personnes qui s’y trouvent sont les seuls personnages du livre… Seulement voilà, la maison et l’esprit de nos protagonistes sont hantés par les morts qui les habitent depuis bien longtemps. Si ce roman était adapté au cinéma il aurait probablement une saveur d’épouvante. J’avoue d’ailleurs que j’ai traversé une bonne cinquantaine de pages du livre le sang glacé face au film d’horreur que mon imaginaire faisait défiler sur les murs de ma maison !!! En réalité le livre est une grande réussite littéraire et dans ma bibliothèque je le rangerais bien avec les livres de psychologie et sciences humaines. En résolvant l’énigme du récit nous explorons nos propres énigmes. Délivrés lors du dénouement nous sommes aussi bien libérés que sous le choc de la libération. Eh oui, Keigo Higashino mérite largement le Prix Polar International de Cognac remporté avec ce livre en 2010. De mon côté je vous le recommande sans hésiter. Lire la suite

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On ne saura jamais…

La terre qui les sépare Hisham MatarComme c’est difficile de ranger ce livre dans une catégorie. Récit de voyage, essai philosophique, biographie, documentaire historique, promenade littéraire, autobiographie… La Terre qui les sépare est tout cela à la fois. Si c’était une musique ce serait une nocturne. Si c’était un thème, ce serait tout simplement la quête de sens, le fil du récit se traçant de manière spiralaire, se dirigeant vers un centre imaginaire impossible à atteindre. Hisham Matar est à la recherche de son père, kidnappé en 1990 en Egypte et livré aux autorités Libyennes  du régime Khadafi. Il a été incarcéré dans la prison la plus inhumaine du pays. Et puis l’on a perdu toute trace de lui. Au moment du printemps arabe, en 2011, l’auteur retourne dans son pays d’origine après 33 ans d’absence. Et puis il raconte… Lire la suite

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