Tant d’encre versée

Les Vies de papier2Je suis tombée sur une citation de l’écrivain George Saunders ce matin qui disait « Dans le domaine de l’art, et d’une manière générale peut-être,  l’idée est d’être capable de se sentir à l’aise avec des choses contradictoires ». Comme dirait mon éternel livre de chevet (le Yi Jing) « l’eau et le feu ne se combattent pas ». Eh bien la beauté de ce livre, que j’ai adoré, est qu’il nous invite à cela. Comprendre qu’il faut dépasser les compréhensions basiques de la vie, de son sens, du bon, du mauvais. En l’espace de 48 heures de la vie d’une femme nous allons parcourir une série d’événements insensés, parfois grotesques, souvent drôles, tout aussi souvent tragiques et jamais nous ne pourrons juger. S’émouvoir, ressentir, rire, pleurer, oui, labelliser, non ! Parce que la vie est plus vaste. Parce qu’on ne peut pas la réduire avec des raisonnements et explications qui se tiennent rationnellement. Naturellement le récit est en même temps une promenade littéraire contenant mille références et citations. Tout est là, dit dans la littérature, de mille façons différentes ! Lire la suite

Destin criminel, viens cueillir mon ingénuité

CanadaCANADA
Richard Ford
éd. de l’Olivier  2013 (v.o. 2012)
Traduit de l’anglais par Josée Kamoun
Prix Femina étranger 2013

A l’unanimité tous ceux qui ont lu ce livre l’ont aimé, pour autant que je puisse en juger. Et tout comme mes amis, j’ai apprécié ce livre, apprécié surtout l’expérience de lecture qu’il m’a offert. La narration est réfléchie et pesée, le livre semble long et pourtant il se lit sans effort. L’étonnant est qu’on trouvera autant de sérénité entrelacée dans le récit du narrateur que de pertes et fracas dans la vie qui fut la sienne. On admirera le très bel équilibre établi entre le fond et la forme, entre la réalité bouleversante et l’interprétation tempérée qui en est faite.

Les grands espaces s’offrent à nous dans ces pages, la nature se livre dans son plus grand dénuement, sujet aux changements successifs opérés par les saisons ; et au sein de ce décor une vie bascule. Un chapitre se clôt, un autre s’ouvre et entre les deux la transition s’accomplit. Lire la suite