Le petit caillou

Heureux le petit caillou
Vagabondant seul sur la route
Sans se soucier des carrières
Ni craindre les exigences.
Son habit brun élémentaire,
L’univers l’emprunte au passage.
Indépendant, tel le soleil,
il lui sociable, ou solitaire
Et remplit le décret divin
En toute simplicité.
Emily Dickinson, traduit par Christian Bobin

Peinture Pierre Soulages

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« Je trouve à boire et à manger en moi »

donatella-marraoniIl n’y a pas de suite dans mes idées
Quand j’ai fini la cathédrale
je compose la symphonie
Ensuite j’apprends et je torture
J’envoie les régiments et je conçois le pont
En chinois j’écris aussi et j’assèche le marais
Puis je danse le tango, je rassemble la flotte
Je peins la pomme de mille façons mais si souvent
que je dorme avec toi le temps demeure invisible.
Il est ou il n’est pas.
A présent je mange,
je trouve à boire et à manger en moi.
Cela ne fait pas moins mais plus
à anéantir ou à périr.

Riches idéees
Cees Nooteboom Lire la suite

« Où est l’oeil de la terre… »

9476_morimura-post-exhibit-3La parfaite douceur est figurée au loin à la limite entre les montagnes et l’air :
distance, longue étincelle qui déchire, qui affine
Tout un jour les humbles voix
d’invisibles oiseaux
l’heure frappée dans l’herbe sur une feuille d’or
le ciel à mesure plus grand
Les chèvres dans l’herbage sont une libation de lait
Où est l’œil de la terre nul ne le sait Lire la suite

Je te l’ai dit

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil qui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.
Paul Eluard

Asako Shimizu On her skin

Photographie Asako Shimizu

 

Prendre le temps de vivre !

Comme se lovent les montagnes
ainsi serpentent les ruisseaux,
Les eaux, les monts c’est bien joli,
si l’on est libre de flâner !

Mais quand le voyageur pressé
talonne un soleil en déclin,
Corbeau, ce n’est point ton affaire
de le bousculer davantage !

Les Couleurs de Nath

Poème de Yang Wanli
Image provenant de l’Atelier de peinture Les Couleurs de Nath

Unité

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Par-dessus l’horizon aux collines brunies,
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l’heure du couchant ;
Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,
Blanche épanouissait sa candide auréole ;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
Regardait fixement, dans l’éternel azur,
Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«Et, moi, j’ai des rayons aussi !» lui disait-elle.

Victor Hugo, Les Contemplations, «Unité»

Paul Klee :

Klee_Oriental_pleasure_garden_anagoria

Non, mais je rêve!

gustav-klimt-Chevelure

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir?

poème C. Baudelaire – extrait de La Chevelure
peinture G. Klimt – Water Serpents détail