« Et voici comment l’histoire a commencé »…

Le coffre des secretsElias Khoury, je vous en avais déjà parlé : le « Gabriel Garcia Marquez de l’Orient »… Ce livre-ci est peut-être moins étrange que celui que j’avais lu précédemment (Comme si elle dormait). Néanmoins, à sa manière, il est innovant. Tous les chapitres (à peu de choses près) commencent par la même phrase « Et voici comment l’histoire a commencé… ». Chapitre après chapitre, cette même histoire se raconte, complétée par fragments, contée par tel ou tel personnage qui apportera un éclairage supplémentaire, un point de vue différent. Les uns et les autres ne se mettront-ils donc jamais d’accord pour reconnaître une seule et unique version de l’histoire ? N’est-il donc pas envisageable que chacun partage sa part de l’histoire avec son voisin, que chacun en échange veuille bien donner du crédit aux paroles du voisin ? Bien, non, Liban oblige, et Orient exige… ! Mais n’est-ce pas vrai de manière universelle ?

Le coffre renferme les secrets ; ce coffre que l’on ne souhaite point ouvrir car trop de mauvaises odeurs s’en échapperaient alors, tant de cadavres accumulés de génération en génération….

Pour en savoir plus sur l’histoire à proprement dite du livre je vous renvoie vers la page de l’éditeur qui détaille plus avant que moi.

LE COFFRE DES SECRETS
Elias Khoury
Traduit de l’arabe (Liban) par Rania Samara
Ed. Actes Sud, 2009

Un songe…

Comme si elle dormaitJ’avais assisté à une conférence au salon francophone du livre de Beyrouth où Elias Khoury était présent. L’animatrice, en le présentant, avait précisé qu’on disait de lui qu’il était le Gabriel Garcia Marquez oriental. Ayant lu ce livre, qui n’est peut-être pas son meilleur livre, j’ai compris cette phrase. Et j’ai aimé cet écrivain dont je lirai certainement d’autres livres. Tout d’abord parce que j’aime les livres que je ne peux lire vite, les livres qui se dégustent lentement, tel un bonbon acidulé qu’on laisserait fondre progressivement en bouche. Et puis, l’atmosphère qui règne dans ce livre est si irréel, si aérien que c’en serait presque déstabilisant ! D’ailleurs, ce n’est pas un roman, mais un songe, un poème, une mélopée…

Elias Khoury n’écrit pas en ligne droite mais en vagues sinueuses, en images qui défilent, qui mélangent le passé et l’avenir, le réel vécu et le « réel » rêvé qui attend de se réaliser. Il nous transporte dans ce livre de Beyrouth à Nazareth en passant par les montagnes du Liban, Jaffa, Bethléem, le lac du Tibériade, les routes montagneuses et le brouillard. Les histoires des personnages bibliques et des saints libanais (dont Mar Elias) nous bercent et nous bouleversent, nous choquent ou nous effraient. Les vers de la poésie arabe nous parlent d’amour et les rêves de Milia, le personnage principal nous dévoilent l’à venir. Et c’est comme si elle dormait…

Je vous recommande aussi son livre « Le coffre des secrets ». Son livre le plus connu était « La porte du soleil » que je n’ai pas encore lu.

COMME SI ELLE DORMAIT
Elias Khoury
Traduit de l’arabe Liban) par Rania Samara
Ed. Actes Sud 2007
Prix du roman arabe 2008