Reptile à la source !

J’avais du mal à trouver les livres d’Alissa York et quelle ne fut pas ma joie de voir que les éditions Liana Levi avaient publié son dernier livre en traduction française. En général je préfère lire les livres anglophones dans leur version originale mais il m’a semblé que la traductrice avait fidèlement restitué l’esprit du texte et rendu la fluidité et la discrétion propres à la plume de l’écrivain. Sans hésiter je vous recommande ce livre et puisque c’est la saison plage ce sera une bonne lecture estivale, si tant est que la nature amazonienne ne vous rebute pas ! Car la particularité d’Alissa York est de donner le rôle principal dans ses romans à la nature, avec en seconds rôles des êtres humains amis de la nature. Ici nos personnages sont des passionnés de la faune et la flore peu connue et peu répertoriée de la forêt amazonienne. Nous sommes au XIXème siècle et une femme qui s’enchante à la vue d’un caïman ou d’un boa, ça ne court pas les rues… Telles sont les héroïnes de ce récit ! Lire la suite

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Les saisons à l’unisson

Je ne peux pas résister à l’envie de vous parler de ce livre même s’il n’est pas encore traduit en français – je ne doute pas qu’il le sera bientôt…. Certains livres sont si attachants que l’on a envie de les lire lentement afin de faire durer ce plaisir aussi longtemps que possible. « Autumn » fait partie de ces livres. Un seul chapitre lu par jour – et les chapitres sont courts – m’offrait cette joie qui allait me porter jusqu’au lendemain ! L’écrivaine a su donner vie à des personnages à l’humour décapant et surtout doté d’une intelligence raffinée. Le regard que l’on porte sur la vie peut être automnal ou estival mais lorsque ce regard épouse toutes les saisons pour en faire jaillir les étincelles les plus colorées, insoupçonnées par l’esprit ordinaire, la vie devient pleine.

La narratrice a eu la chance de devenir amie avec un Monsieur âgé alors qu’elle-même n’avait que onze ans. Il lui a appris à développer ce don pour percer la vie, en faire couler le suc magique. Lire la suite

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La boucle parfaite

Ce livre est merveilleux et surprenant, un livre à lire assurément. Il m’est arrivé entre les mains par le plus grand des hasards et grâce au conseil avisé de notre bibliothécaire locale. Je m’empresse donc de vous en parler car il y a de grandes chances que comme moi vous n’ayez jamais entendu parlé de cet écrivain et encore moins de ce titre… Les livres de cet écrivain sont publiés au Canada et je n’ai pas été étonnée de voir que ce roman avait remporté le prix littéraire Canada-Japon en 2006. Très occidental dans ses personnages et son environnement il est empreint d’une profondeur, d’une douceur et d’une intransigeance japonaises. Denis Thériault se rangerait pour moi parmi ces rares écrivains qui ont réussi à saisir l’essence de la culture japonaise et à nous la restituer, nous lecteurs ignorants, avec une limpidité notable. Roman jovial et délicieux, qui se lit quasiment d’une traite il n’en restera pas moins gravé dans mon esprit comme un traité de décryptage de la philosophie et de la poésie japonaises.

L’histoire est simple : Bilodo, un jeune facteur canadien a une vie routinière et plutôt solitaire. La grande passion de sa vie est de lire les quelques très rares lettres à l’ancienne qui lui passent entre les mains. Lire la suite

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Ma part de sauvage

Ce livre a énormément fait parler de lui en Angleterre et aux États-Unis à sa sortie. En France on n’a pas su l’accueillir à sa juste valeur, et pourtant, c’est une perle de littérature et une expérience de lecture remarquable. Serait-ce parce que la chasse au vol et l’art de la fauconnerie sont moins pratiqués historiquement dans l’hexagone ? Je ne saurais le dire, mais vous recommander ce livre, cela relève bien de mes compétences !!!

Le titre du livre traduit en français est maladroit. Je reconnais que le titre original (H is for Hawk) était difficile à rendre. Car oui, H est bien la première lettre du mot « Hawk » (faucon) mais c’est aussi la première lettre du prénom de l’auteur et narrateur Helen Mcdonald. Experte depuis toujours en fauconnerie elle nous raconte dans ce livre son aventure de fauconnier avec Mabel, le faucon qu’elle accueille bébé, à qui elle va apprendre à voler, à chasser, à être ce qu’elle est : un oiseau de proie. Mais ce livre est davantage qu’un traité de l’art de la fauconnerie. Le genre littéraire anglo-saxon « Memoir » est souvent mal compris chez nous. Il s’agit d’un livre autobiographique qui n’a pas pour vocation de raconter la vie de l’auteur mais d’offrir une œuvre littéraire basée sur une expérience particulière, dans le but de nous éclairer sur un phénomène précis, un vécu humain universel. Lire la suite

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Le petit caillou

Heureux le petit caillou
Vagabondant seul sur la route
Sans se soucier des carrières
Ni craindre les exigences.
Son habit brun élémentaire,
L’univers l’emprunte au passage.
Indépendant, tel le soleil,
il lui sociable, ou solitaire
Et remplit le décret divin
En toute simplicité.
Emily Dickinson, traduit par Christian Bobin

Peinture Pierre Soulages

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Club de Lecture du 20 mai 2017

dance-through-the-color-of-life-karina-llergo-saltoNos clubs de lecture sont des voyages. Ils nous emportent loin et par tous horizons, qu’ils soient géographiques, littéraires, d’exploration de la voie humaine dans ses aspects psychologiques, sociologiques ou autre. Et cette nouvelle rencontre ne fit pas exception à la règle… Cette fois les grandes fresques et sagas familiales ont été de la partie aux côtés des romans d’écrivains français contemporains qui dépiautent un trait d’actualité pour le livrer sous leur plume romanesque. Mais ne nous perdons pas dans le tourbillon des mille digressions passionnées qui animèrent nos échanges, et reprenons les choses depuis le début !

J’ai d’abord parlé des deux livres qui m’avaient passionnée mais aussi intriguée ce mois-ci.  Lire la suite

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Les portes de demain

Exit WestQuel étrange livre… Froid, dur, brusque dans son sujet, doux, tendre, joli dans son traitement. Mohsin Hamid sait manier la chose littéraire. Il crée de la distance, terriblement, puis il nous montre comme nous sommes proches en réalité de ce très lointain. Un traité ancien de peinture chinoise disait « pour comprendre la profondeur il faut apprendre le proche et le lointain »… L’écrivain excelle dans cet art. Je l’avais déjà constaté dans le précédent livre que j’avais lu de lui « Comment s’en mettre plein les poches dans un pays d’Asie émergeant ». Là comme ici l’écriture paraît froide, l’émotion n’est jamais dite ni même évoquée Et pourtant le lecteur est dévasté arrivé en fin de lecture, submergé par la force des sentiments que le roman lui a transmis. Encore une fois il aborde un sujet d’actualité. Dans son précédent livre c’était l’ambition d’un entrepreneur et son désir de devenir riche et puissant, ici c’est la problématique des migrants en nombres croissants dans le monde et la projection pleine de noirceur et de frayeur que l’on peut s’en faire dans l’avenir.

L’écrivain déploie une approche futuriste et fantastique pour parler de la grande circulation d’êtres humains dans le monde. Dans ce livre nul besoin de moyens de transport, de frontières, de visas. On se déplace en franchissant des portes. Lire la suite

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« Dans ma soupe »

Le vent de l’été
Apporte dans ma soupe
Des pivoines blanches !
Yotsuya Ryu

Fang Chuxiong
Peinture Fang Chuxiong
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Hors Neige !

Au temps du fleuve AmourLes éditions du Seuil ré-éditent ce livre fabuleux d’Andreï Makine paru pour la première fois en 1996. C’est très certainement un livre à avoir dans sa bibliothèque, à lire et à relire. C’est une amie (excellente et merveilleuse traductrice) qui me l’avait recommandé et m’avait permis de le découvrir en 2008, suite à quoi j’ai lu une petite dizaine de livres de cet auteur qu’on connaît bien et qui est désormais membre de l’Académie Française… Les images de ce livre me sont encore si présentes à l’esprit que j’ai le sentiment de l’avoir lu hier. Je revois les tunnels que les habitants creusent sous la neige pour pouvoir sortir de chez eux par temps de grand froid d’hiver des régions reculées de la Russie. Je revois cette bande de jeune garçons qui « rencontrent » la France en s’émerveillant des films français de la nouvelle vague et nous remettent en tête les scènes des Godards inoubliables… Lire la suite

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« L’intérêt de l’enfant »

L'intérêt de l'enfantLe titre original est plus explicite puisqu’il s’appelle « The Children Act », en référence à la loi qui a pour objet de défendre l’intérêt de l’enfant dans les conflits familiaux et autres cas où il revient à un magistrat de prendre la décision qui habituellement relève des parents et tuteurs. Le récit baigne dans l’univers juridique, et porte à nos yeux des décisions impossibles à prendre.  Nous sommes tous confrontés un jour ou l’autre à des situations qui dépassent l’entendement, à des dénouements qui nous laissent abasourdis. Mais sommes-nous réellement attentifs, dans notre quotidien, à la chose essentielle qui se déroule sous nos yeux et qui requiert notre présence, notre disponibilité ? Je ne le sais pas. Ian McEwan ne le sait pas non plus. Mais il s’interroge… Et pour ce faire nous raconte une histoire, celle de la vie d’une femme magistrat remarquable, dévouée, intelligente et intransigeante. Et cette femme, va-t-elle s’interroger aussi? Lire la suite

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La rêverie

Pour faire une prairie, prenez un trèfle et une abeille
Un seul trèfle, une seule abeille.
Et  de la rêverie.
Mais la rêverie seule suffira,
Si les abeilles se font rares.
Emily Dickinson

Jean TinguelyJean Tinguely Lire la suite

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Tant d’encre versée

Les Vies de papier2Je suis tombée sur une citation de l’écrivain George Saunders ce matin qui disait « Dans le domaine de l’art, et d’une manière générale peut-être,  l’idée est d’être capable de se sentir à l’aise avec des choses contradictoires ». Comme dirait mon éternel livre de chevet (le Yi Jing) « l’eau et le feu ne se combattent pas ». Eh bien la beauté de ce livre, que j’ai adoré, est qu’il nous invite à cela. Comprendre qu’il faut dépasser les compréhensions basiques de la vie, de son sens, du bon, du mauvais. En l’espace de 48 heures de la vie d’une femme nous allons parcourir une série d’événements insensés, parfois grotesques, souvent drôles, tout aussi souvent tragiques et jamais nous ne pourrons juger. S’émouvoir, ressentir, rire, pleurer, oui, labelliser, non ! Parce que la vie est plus vaste. Parce qu’on ne peut pas la réduire avec des raisonnements et explications qui se tiennent rationnellement. Naturellement le récit est en même temps une promenade littéraire contenant mille références et citations. Tout est là, dit dans la littérature, de mille façons différentes ! Lire la suite

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Coup de cœur film du mois : « Lunchbox »

LunchboxLes livres posent mille images dans notre imaginaire, les films à leur tour nous baignent parfois dans une poésie au-delà des mots. Quoi de plus naturel, alors, que Kimamori fasse une revue de film, aux côté des contes qu’elle vous restitue, des poèmes qu’elle porte à votre regard ?… Ce film, Lunchbox, a croisé mon chemin parce que plusieurs amies m’en ont parlé, des lectrices qui ont peut-être la même sensibilité que moi. Car oui, à chaque occasion nous parlions de livres lus, et leur saveur nous a orienté vers Lunchbox ! En l’espace de quelques semaines on m’a recommandé quatre ou cinq fois ce même film. Alors j’ai voulu le voir, et n’ai pas déçue. Lire la suite

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Club de Lecture du 22 avril

David Schluss ChorusLe dernier Club de Lecture commence à dater maintenant (le prochain ayant lieu dans une petite semaine) et ce n’est qu’aujourd’hui que je vous envoie le tracé de son déroulement.. Ce n’est pas faute d’avoir partagé un merveilleux moment en votre compagnie pourtant ! Mais certains d’entre vous le savent, mes changements de vie récents et le projet exigeant qui m’occupe ont eu raison de mon temps et de ma disponibilité d’esprit…

Alors, que furent les saveurs et contenus de notre dernière réunion ?! Nous étions en plus petit comité pour une fois et cela a eu son charme. Celles d’entre nous qui n’étaient pas venues avec un livre à présenter ont eu l’occasion de nous faire part de belles lectures, en lien avec les livres qui étaient présentés. Angelo BonelloEt surtout, contre toute attente, le Club de Lecture s’est transformé en une chose nouvelle : une revue de films s’est insérée dans notre discussion. Car oui, si les livres imprègnent notre imaginaire, ce dernier peut les entrelacer avec l’atmosphère de beaux films que nous avons vus, qui nous ont touchés et marqués tout aussi profondément ! Lire la suite

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Sur les traces de l’enfance

La maison où je suis mort autrefoisUn polar qui se lit d’une traite, c’est formidable, mais quand il n’y a pas d’action narrée c’est encore plus extraordinaire ! L’intrigue se déroule dans une maison, et les deux personnes qui s’y trouvent sont les seuls personnages du livre… Seulement voilà, la maison et l’esprit de nos protagonistes sont hantés par les morts qui les habitent depuis bien longtemps. Si ce roman était adapté au cinéma il aurait probablement une saveur d’épouvante. J’avoue d’ailleurs que j’ai traversé une bonne cinquantaine de pages du livre le sang glacé face au film d’horreur que mon imaginaire faisait défiler sur les murs de ma maison !!! En réalité le livre est une grande réussite littéraire et dans ma bibliothèque je le rangerais bien avec les livres de psychologie et sciences humaines. En résolvant l’énigme du récit nous explorons nos propres énigmes. Délivrés lors du dénouement nous sommes aussi bien libérés que sous le choc de la libération. Eh oui, Keigo Higashino mérite largement le Prix Polar International de Cognac remporté avec ce livre en 2010. De mon côté je vous le recommande sans hésiter. Lire la suite

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