Grandeur et décadence

Tout comme dans le livre de Column McCann (Et que le vaste monde poursuive sa course folle) l’auteur nous éblouit ici d’une galerie de portraits fabuleux. Certains chapitres pourraient presque être lus, voire publiés indépendamment, sous forme de nouvelles. Aucun ordre chronologique n’est respecté ici, nous passons de l’avenir au présent, rencontrons un personnage dans sa quarantaine, puis adolescent quelques chapitres plus loin avant de le retrouver très vite centenaire ; ici le personnage principal est le narrateur, là faisant un bref passage tel un figurant.

A visit from the goon squad

J’ai été surtout marquée par la large variété de parcours de vie, tous inventifs et finement brodés avec aisance et cohérence. Déguisée derrière les mille couleurs qui se trament dans les multiples rebondissements de la vie des uns et des autres, à peine voilée par la présence constante de l’humour dans le récit, une profonde critique de notre époque et de la société américaine s’immisce dans le récit et ne pourra que glacer le sang du lecteur. L’univers des producteurs de musique et celui de stars hollywoodiens permet à l’écrivaine d’épaissir le trait de caractère parfois caricatural des personnages et le tranchant des destins rencontrés. Un très bon livre qui mérite son Prix Pulizer me semble-t-il. C’est aussi, probablement, un livre qui mérite d’être non seulement lu mais relu tant il est difficile de tout savourer en une seule lecture. Et cela ne nous étonnera pas de Jennifer Egan qui est, et c’est le moins que l’on puisse dire, une femme intelligente.

On retrouvera dans Dieu sans les hommes de Hari Kunzru cette même structure brassant les époques et les personnages qui circulent dans un même monde. Tour de magie que Hiromi Kawakami emploie aussi dans son livre Le Temps qui va, Le temps qui vient pour nous empreindre avec sa douceur habituelle du sens de l’existence et des rencontres fortuites de la vie.

QU’AVONS-NOUS FAIT DE NOS RÊVES?
(A visit from the goon squad)
Jennifer Egan
Ed. Stock, 2012 (v.o. 2010)
Prix Pulitzer 2011

Share Button