La vérité sort de la bouche des enfants

FoeFOE
John-Maxwell Coetzee
Éd. du Seuil, 2003 (v.o. 1986)
Prix Nobel de littérature 2003

Je vous parlais, il y a peu, de cet écrivain sud africain et de son « Été de la vie », autobiographie fictive qui m’avait tant séduite qu’amusée. Ce livre-ci m’aura intriguée et plongée un bref moment dans une profonde réflexion méditative ! Coetzee nous offre sa version de l’éternelle histoire du naufragé et de l’île déserte. Surtout il nous convoque à une démonstration magistrale de l’écart manifeste entre plusieurs versions, toutes plausibles, d’une même histoire. Le lecteur est confronté alors à l’impossibilité de délier le vrai du faux : en l’absence de témoins, un narrateur invoquera toujours sa bonne foi. Il débarque une femme naufragée sur l’île de Robinson Crusoé et de son fidèle Vendredi. Tous trois seront secourus mais Crusoé, malheureux de quitter son royaume, succombe à une maladie sur le navire les menant vers l’Angleterre. Vendredi, lui, est muet, la langue coupée par on ne saura jamais qui. Et cette jeune femme de transmettre leur histoire n’ayant pour témoin âme qui parle, et de disposer ainsi d’une vérité que nul ne peut contredire. Voilà qu’elle porte son histoire auprès de Daniel Defoe. Et Defoe la confrontera à d’autres versions possibles et plausibles de ce même récit, cependant que nous, lecteurs, observerons ces scènes à leurs côtés, nous interrogeant sur la validité de l’une ou de l’autre version de l’histoire. Thème perturbant et très essentiel pour comprendre l’humanité, me suis-je dit.

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