Automne, de Ali Smith

Certains livres sont si attachants que l’on a envie de les lire lentement afin de faire durer ce plaisir aussi longtemps que possible. Automne fait partie de ces livres. Un seul chapitre lu par jour – et les chapitres sont courts – m’offrait cette joie qui allait me porter jusqu’au lendemain ! L’écrivaine a su donner vie à des personnages à l’humour décapant et surtout doté d’une intelligence raffinée. Le regard que l’on porte sur la vie peut être automnal ou estival mais lorsque ce regard épouse toutes les saisons pour en faire jaillir les étincelles les plus colorées, insoupçonnées par l’esprit ordinaire, la vie devient pleine.

La narratrice a eu la chance de devenir amie avec un Monsieur âgé alors qu’elle-même n’avait que onze ans. Il lui a appris à développer ce don pour percer la vie, en faire couler le suc magique. Notre narratrice nous emporte avec elle dans son quotidien, nous raconte l’histoire de sa vie et du monde, de l’art et de l’artiste véritable. Mais du premier mot jusqu’au dernier le lecteur est surpris, perdu, retrouvé, attendri, essoufflé ou éberlué. Car le tissage du texte est parfaitement hors de l’ordinaire. Rien ne ressemble à ce livre…

L’écrit est très enlevé, haché souvent, stylé assurément. Aucune linéarité ne vient donner de chronologie au texte. Par moments nous ne savons pas dans quel univers nous nous trouvons. D’un chapitre à l’autre le style de la narration se réinvente. Mais toujours, infailliblement l’émotion est là, et le dire vrai authentique. Car bien entendu le monde contemporain est dans ce livre avec tous ses travers et aberrations. Mais comprendra qui voudra car rien n’est dit trop ouvertement, comme si sans cesse l’écrivain faisait des pas de côté pour que son écrit ne soit pas pénétré de l’actualité, de ce présent lourdingue qui manque tant de finesse.

Nous sortons des sphères bassement terrestres et nous rentrons au cœur des sentiments humains, de leurs révoltes, de leurs déceptions, exploits et liberté parfois exercée. Bien peu de personnages peuplent le livre : Elisabeth la narratrice, son mentor Monsieur Gluck, une artiste du Pop Art décédée jeune, la mère d’Elisabeth et quelques passages éclairs de seconds rôles. Le monde entier peuple pourtant le livre. Toutes les couleurs, toutes les saisons, toutes les blagues et jeux de mots sont là dans un pêle-mêle savamment conçu en forme brouillon !

J’ai aimé ce livre. Il a soufflé de la fraîcheur à mon âme tout comme si je m’étais trouvée sur un haut sommet et que la brise immaculée me soufflait les plus exquis des parfums. Et c’est un livre sans prétention, c’est peut-être là son grand fort…

Notons que les trois autres saison vont s’écrire par l’écrivaine dans des romans à venir. Et je préfère préciser que j’ai lu ce livre en anglais lors de sa parution en 2017, je ne saurais donc vous dire si la traduction française est parfaitement réussie, parfaitement fidèle au texte original.

Vous pourrez écouter l’écrivaine Ali Smith parler brièvement de son livre sur cette vidéo (en anglais).

AUTOMNE
(Autumn)

Ali Smith
Traduit de l’anglais par Laetitia Devaux
éd. Grasset 2019 (v.o. 2017)

Finaliste du Man Booker Prize 2017

 

Les illustrations présentées sont les œuvres de :
– Livia Marin
– René Magritte

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