La boucle parfaite

Ce livre est merveilleux et surprenant, un livre à lire assurément. Il m’est arrivé entre les mains par le plus grand des hasards et grâce au conseil avisé de notre bibliothécaire locale. Je m’empresse donc de vous en parler car il y a de grandes chances que comme moi vous n’ayez jamais entendu parlé de cet écrivain et encore moins de ce titre… Les livres de cet écrivain sont publiés au Canada et je n’ai pas été étonnée de voir que ce roman avait remporté le prix littéraire Canada-Japon en 2006. Très occidental dans ses personnages et son environnement il est empreint d’une profondeur, d’une douceur et d’une intransigeance japonaises. Denis Thériault se rangerait pour moi parmi ces rares écrivains qui ont réussi à saisir l’essence de la culture japonaise et à nous la restituer, nous lecteurs ignorants, avec une limpidité notable. Roman jovial et délicieux, qui se lit quasiment d’une traite il n’en restera pas moins gravé dans mon esprit comme un traité de décryptage de la philosophie et de la poésie japonaises.

L’histoire est simple : Bilodo, un jeune facteur canadien a une vie routinière et plutôt solitaire. La grande passion de sa vie est de lire les quelques très rares lettres à l’ancienne qui lui passent entre les mains. Lire la suite

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Un plongeon dans les viscères flamands

Calcaire Caroline de MulderBien plus qu’un polar Calcaire est un roman noir. Il s’ébroue du sombre et des fonds enterrés, il se plonge dans les sédiments de la société belge flamande. L’écriture même est faite d’un miasme d’argot inventif et de tournures sèches et explosives qui hument le sulfureux et la crasse enfouie dans cette terre silencieuse mais détonante malgré tout. La justice et la beauté sont pourtant les cadeaux que nous offrent l’auteur dans la finale de cette histoire rocailleuse ! Lire la suite

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“Vous êtes des vers de terre”…

Bain de Lune FeminaCe n’est pas facile de lire les écrivains haïtiens. Leurs écrits sont lyriques, sont poétiques, sont lents, sont sublimes. Mais nous ne savons plus ni lire ni vivre la lenteur. Au sortir de ce livre je me suis demandé si ce n’était pas tout simplement parce que nous ne savons plus souffir… La souffrance réelle ne serait-elle pas cette chose précieuse qui enseigne la sagesse des temps immémoriaux, qui donne foi en la vie simple, qui inscrit en nous une créativité qui sait tisser, conter et rénover des contes et légendes transmis par les ancêtres, perpétués par les générations qui se succèdent ?

Le livre s’ouvre sur une scène magnifique et terrible : une jeune femme blessée, estropiée, endolorie dans chaque recoin de sa chair jouit de cet instant présent fatal et bientôt final où elle est caressée et bercée par un rayon de lune… Et c’est ainsi que le livre commence. Lire la suite

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“Ne muse pas en chemin, mon fi”

Gouverneurs de la rosée

Il est des bijoux de la langue française qui peuvent nous enchanter en posant et maintenant un doux sourire sur nos lèvres, tout le long de notre lecture. Un français musical, un français fait d’images insolites, de mots délicieux dont la France ne sait user avec cette même délicatesse. Le français de Haïti, qui nous est offert ici par Jacques Roumain est plus que savoureux. Jumelé à ce sucré-acidulé des mots le récit en lui-même est de toute beauté.

On nous parle d’amour, décliné sous ses formes les plus touchantes. Et l’on nous parle d’eau, source de vie. N’est-ce pas même chose, d’ailleurs, puisque la rivière de la vie, tarie, anéantit son homme ! Lire la suite

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Fatalement ils auront raison… de nous

la saison de l'ombreLa fin d’un monde, voici un thème qui était traité dans le Goncourt 2012. Il resurgit ici dans le Femina 2013, plus accessible mais autrement dérangeant et à défaut d’être effleuré par un adepte de philosophie, il n’en sera pas moins emprunt d’une voix qui aura traversé les temps immémoriaux. Le récit parvient à nous arracher à notre quotidien dès les premières pages du livre et nous transporte dans un univers emprunt de magie et vibrant de dépaysement. Nous sommes en Afrique subsaharienne, dans un autrefois qui jadis avait existé ; Lire la suite

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Pays natal, me reconnaitras-tu?

l'énigme du retourLe chemin qui me mena vers ce livre audio vous amusera peut-être. J’écoutais Alain Mabanckou présenter son dernier livre « Lumières de Pointe-Noire » dans une émission radio. Il faisait référence à l’oeuvre de l’écrivain haïtien Dany Laferrière sur le thème du retour au pays, qui lui-même, dans son livre, fait référence à Aimé Cesaire et son « Cahier d’un retour au pays ». Dany Laferrière aurait contribué à la décision d’Alain Mabanckou de revisiter son pays natal après un très long temps passé en Occident, expérience marquante qu’il aura lui-même vécue et détaillée dans son récit. Voilà ce qui me mena vers « l’Énigme du Retour »… mais j’étais loin de m’imaginer l’émerveillement qui allait être le mien. Lire la suite

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Doué soit mon malheur

photo de groupe au bord du fleuve

Eh oui, lancée sur le chemin des récits et des auteurs africains, je n’en démords plus ! Pour mon plus grand bonheur j’avoue…. Voici encore une autre trouvaille de plume francophone africaine. Emmanuel Dongala est originaire du Congo et il est installé au Canada où il est professeur d’Université. Le roman que voici se dévore et régale alors qu’il traite de sujets graves au rang desquels la condition de la femme, parfaitement abominable telle que détaillée dans ce livre qui semble très bien documenté. Mais, comme toujours, ces écrivains africains savent raconter une histoire en tenant leur public en haleine du premier mot jusqu’au dernier. Et le résultat est un récit drôle, touchant, effarant par moments, autant qu’enfantin, révélateur, perturbant, attachant. Le rythme du récit n’est pas moins soutenu que celui de chevaux débridés, en pleine cavalcade. Et voici la vitesse à laquelle nous suivrons trois longues journées de la vie de ce groupe de femmes casseuses de pierre qui pour obtenir une malheureuse hausse du prix de vente de leurs sacs de pierres devra affronter le tout d’une société d’hommes, de politicards, coutumièrement corrompus, fourbes et viciés… Solidaires elles seront plus déterminées qu’elles n’eurent pu le croire elles-mêmes au départ. L’humour, la tendresse et la candeur se mêleront pour amadouer tout un monde, lecteurs ébahis inclus ! Vous l’aurez compris, ça se lit facilement et ne déçoit pas.

PHOTO DE GROUPE AU BORD DU FLEUVE
Emmanuel Dongala
Éd. Actes Sud, 2010

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Petite vie de mes rêves

Demain j'aurai vingt ansVoilà un joli livre, lucide et tendre à la fois. Un de ces livres d’où l’on sort en se disant « Ah, enfin un peu de douceur dans ce monde de brutes ». Et pourtant le livre nous renseigne sur les aberrations du monde politique, nous rafraîchit la mémoire sur les événements marquants des années 80, en Afrique et ailleurs…

Alain Mabanckou nous emmène au Congo et laisse la parole à un petit garçon d’une dizaine d’années pour nous peindre la vie qui s’y déroule, les moeurs qui s’y pratiquent, les croyances qui y ont cours. Et puis il nous parle d’amour, et si délicieusement, car mis en mots dans un vocabulaire innocent et enfantin ! Lire la suite

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Moundélés modelez-moi!

Une enfant de Poto-Poto

Amateurs de “parler” africain, n’hésitez pas ! Votre palais se ravira du délicieux de ce français congolais de Brazzaville qui s’allie fort bien aux déhanchements du danser local…

Kimia et Pélagie, de la fraîcheur de leurs dix-huit ans tout juste sonnés, nous emportent dans le tourbillon des saveurs de leur pays et de leur vie en cette veille d’Indépendance du Congo. Elles nous feront connaître le Moundele (le blanc) au tempérament africain qui les émoustille lors des cours surprenants et majestueusement libérateurs qu’il dispense au lycée, puis à l’Université. Mais le chemin des deux amies va se séparer, l’une poursuivra ses études à Paris, l’autre aux Etats-Unis, grâce aux bourses d’État de ce Congo autonome qui n’aura su être à la hauteur de leurs rêves de liberté et de justice. Pas à pas et page après page le français de notre Kimia narratrice se lisse, au même rythme que son esprit s’occidentalise et que son âme se détache de ses sources. Or elle ne perdra contact ni avec le Moundele adulé de son adolescence ni avec son amie Pélagie.

Les mœurs et les dialectes des différentes ethnies se donnent la main pour nous dire l’Histoire du Congo et l’histoire salée-sucrée-épicée et acidulée de ses habitants exilés puis parfois revenus. La Nostalgie du passé transcende alors le récit et émerveille le lecteur qui se trouve subitement à mille lieux de lui-même. Je suis conquise désormais par la plume des écrivains francophones africains, à la fois drôles, tendres et perspicaces.

UNE ENFANT DE POTO-POTO
Henri Lopes
Éd. Continents noirs Gallimard, 2012

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Petit Mehdi au Lycée Lyautey

Une année chez les françaisSerait-ce un « Petit Nicolas » marocain ?! Ce fut en tout cas ma première impression ! Et j’avoue que j’ai ri à voix haute, toute seule chez moi, plus d’une fois.

Un jeune Mehdi de 10 ans fait sa rentrée scolaire à l’école française de Casablanca, le prestigieux « Lycée Lyautey », en tant que boursier. Le voilà qui sort pour la toute première fois de son village Béni-Mallal ! Et c’est ainsi qu’il va découvrir la France et les français durant cette année scolaire. On pourrait par moments reprocher à l’écrivain d’avoir un parti pris sur la colonisation. Mais pour ma part j’ai été charmée par-dessus tout par cet amour de la lecture, des mots, des vers, des phrases qui caractérise le jeune Mehdi et que Fouad Laroui nous fait vivre. Nombre de belles citations se fondent dans son œuvre. Et nous sommes désarmés devant l’innocence lucide de notre protagoniste qui appréhende le monde qui l’entoure en « piochant » dans son bagage littéraire. Un geste qu’il constate chez autrui ne prend son sens que parce qu’il a lu une phrase, dans un livre, où une expression semblait décrire un tel geste. Il comprend alors le personnage qui lui fait face parce qu’il a « senti » le sens du mot, de l’expression dans le contexte de sa lecture. Et cela crée très souvent des situations incongrues, bien entendu ! Un livre émouvant et une invitation au voyage merveilleux que représente la littérature.

Signalons que Fouad Laroui a obtenu le Prix Goncourt de la nouvelle 2013 pour son recueil « L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine ».

UNE ANNÉE CHEZ LES FRANÇAIS
Fouad Laroui
Éd. Julliard, 2010

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Épique qui pique

porc-epicRécit épique que les mémoires de ce porc-épic ! Tous les êtres humains ont un double animal ; nous le savions bien. Ma jeune sœur, enfant, reconnaissait l’animal qui se cachait derrière chacun de nos amis, cousins, et connaissances déjà. D’ailleurs elle voyait en moi deux animaux : selon ses dires j’étais mi écureuil – mi cygne ! Je ne savais pas en revanche qu’un double animal pouvait se faire pacifique ou nuisible selon les cas. Or il est certes plus drôle de se frotter à un double nuisible dont les instincts meurtriers se transmettent de génération en génération !!!

Les talents de conteur d’Alain Mabanckou ne sont plus à prouver. Depuis quelques temps déjà je suis conquise par son humour et son charisme. C’est avec plaisir que je me suis laissé entraîner dans les aventures de ce drôle de serial killer qui m’a initiée aux traditions et superstitions africaines fabuleuses et fantastiques. Allons donc nous asseoir sous le banian pour écouter l’histoire qui se conte…

Signalons au passage que l’écrivain a reçu le prix de l’Académie Française pour l’ensemble de son oeuvre en 2012.

MÉMOIRES DE PORC-ÉPIC
Alain Mabanckou
Ed. du Seuil, 2006
Prix Renaudot 2006

Notons également qu’Alain Mabanckou a reçu le prix Prince de Monaco pour l’ensemble de son œuvre le 2 octobre 2013. Vous pourrez consulter le site de l’écrivain ici.

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Noooooooon! NON

Le visage retrouvéRégulièrement je me laissais ravir par la plume de Wajdi Mouawad en savourant ses articles qui paraissaient parfois dans le supplément Livres du journal Le Monde. Depuis longtemps déjà je désirais lire un de ses livres. Or j’aime mieux aller au théâtre que lire des pièces de théâtre et son dernier roman, Anima, me faisait peur par la grande part de violence qu’il semble contenir. Un libraire me conseilla de lire ce titre, le premier roman de l’écrivain. Lire la suite

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La fin justifie tous les moyens !

Kamal JannLe journal Le Monde avait consacré une pleine page à ce livre. Dès lors on a vu ce livre dans les librairies revêtu d’un ruban rouge le qualifiant de « Le Grand Roman du Moyen-Orient ». J’étais plutôt sceptique au départ. A l’arrivée je n’hésiterai pas à le recommander, si tant est que le sujet en lui-même ne rebute pas le lecteur. L’auteur y peint un portrait du Proche-Orient actuel, en prenant pour cadre l’histoire de plusieurs familles syriennes-libanaises, de celles qui contrôlent tout et tous depuis toujours ! Lire la suite

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Mais jusqu’où ira l’aveuglement…

Noon MoonJe ne sais que dire de ce livre. Ce livre est fou. Il se déroule aujourd’hui, durant le premier mandat de la présidence de Barack Obama. Un jeune espion des services secrets britanniques est enlevé en Iraq, vraisemblablement par des islamistes. Nous suivons alors les échanges ayant lieu entre le prisonnier et son ravisseur pour voir le syndrome de Stockholm opérer sur le jeune homme. Il se laisse progressivement charmer par cet homme singulier, musulman, qui égrène son chapelet et le berce de son érudition en lui parlant de Tacite, de Socrate, de Grèce et de Rome antiques. Il le libérera au bout de 9 mois. Commencera alors le compte à rebours qui devra mener à un changement profond du monde…

Du roman policier nous sommes finalement parachutés dans un film catastrophe ! Sont gaiement développés des raisonnements d’anti-américanisme primaire, posés dans la bouche de tel ou tel personnage. L’homme politique et le diplomate sont montrés sous leur plus mauvais jour. Lire la suite

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L’écran filtre ma vie

Moore le MaureMOORE LE MAURE
Percy Kemp
éd. Albin Michel, 2001

J’avais rencontré cet écrivain à un Salon du Livre, en  2010. De père britannique et de mère libanaise, il écrit en français sans jamais cesser de jouer de son humour très anglais ! Ses romans sont répertoriés dans la catégorie policier/espionnage. Mais cet homme m’avait semblé doté d’une telle finesse d’esprit et d’une curiosité intellectuelle si prononcée que ses livres, m’étais-je dit en l’écoutant lors des conférences, devaient être certainement davantage que de simples romans policiers. Je le découvre, aujourd’hui enfin, Lire la suite

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