Bien-aimé ronchon !

Ce livre est effrayant de simplicité. Il a un air de déjà vu, il a aussi un quelque chose de “dépassé” et en cela il est attachant parce que le désuet qu’il dépeint nous manquerait presque ! Parce qu’on me l’avait conseillé je l’ai lu jusqu’au bout et je n’ai pas été étonnée qu’il me tire des larmes par moments, qu’il me fasse rire et sourire aussi à sa guise. Alors si vous avez envie de lire un livre comme on n’en lit plus, optez pour celui-là, et si vous avez envie de côtoyer des personnages comme l’on n’en rencontre plus à tous les coins de rue, aussi.

Le personnage principal est un homme taciturne et bougon. Il est râleur et critique de toutes les choses de la modernité courante. Il habite une maison qu’il a construite de ses mains, dans un lotissement résidentiel et peu peuplé. Il est seul. Il a perdu sa femme. Son monde le quitte et il n’a qu’une envie c’est de le quitter aussi. Mais les uns après les autres les “contre-temps’ vont l’en empêcher, à commencer par ses nouveaux voisins qui emménagent en démolissant son parterre de fleurs dans lequel il n’y a plus de fleurs ! Surgissent petit à petit les autres voisins, ceux avec qui il était fâché, ceux qu’il ne voyait plus, ne considérait, ne remarquait plus. Et tout ce petit monde qui le dérange va le garder en vie malgré lui et lui offrir même une nouvelle vie. Lire la suite

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Proverbiale Histoire…

Il y a quelque temps je vous avais parlé de José Eduardo Agualusa et de son dernier livre, “Théorie générale de l’oubli”, que j’avais trouvé remarquable. Depuis j’attendais avidement qu’il en publie un autre. Tout à fait par hasard je suis tombée sur son dernier écrit que je me suis empressé de lire. Et ô comme j’ai aimé ce livre. Il est différent du précédent. Le ton de la narration,  la saveur autrement historique, la temporalité et la structure sont différents. Mais la beauté du dire, le talent de conteur de l’écrivain, la profondeur du message véhiculé font que l’on retrouve bien cette plume fabuleuse. Nous sommes encore une fois en Angola, toujours frappé d’événements historiques. Là-bas nous étions plongés dans la guerre civile, ici l’on remonte aux sources, et l’on navigue dans les confins des seizième et dix-septième siècles. Le personnage principal est toujours une femme. Mais là-bas nous étions aux côtés d’une portugaise livrée à elle-même dans un territoire hostile, ici nous sommes en présence d’une grande reine, Ginga, qui de sa poigne de fer ridiculise tous les hommes de la planète ! Et cette fois le narrateur est un prêtre. Un homme bon, inconscient de sa bonté ! Le picaresque laisse la place au quasi-légendaire. Et toujours, les hommes sont de bien petites choses, tourneboulés dans les courants historiques, imbibés de leurs singularités, viles et touchantes, admirables et discutables ! Lire la suite

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A l’encontre de soi

Bien avant que Haruki Murakami importe chez nous les univers japonais, étranges et mélancoliques, Banana Yashimoto s’était présenté aux lecteurs occidentaux pour les initier à l'”autrement”. C’est une écrivaine que nous pouvons lire et relire, aujourd’hui et demain sans jamais nous lasser de ce style si parfait, si simple. J’avais lu d’elle “Au revoir Tsugumi”, et plus récemment “Dur, dur”. J’ai passé les dernières vingt-quatre heures dans “Kitchen”. Quelle aventure, quel drôle de sentier à parcourir, quelle douceur aussi… Les questions abordées sont pourtant graves ! Lire la suite

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A coups de poing !

Ce roman fabuleux vient de sortir en poche, et j’espère que tous ceux qui comme moi avaient dans l’idée de le lire vont désormais se jeter dessus… Car oui, c’est une sacré expérience de lecture que ce “Gabacho”. La première phrase nous surprend, la première page nous surprend, le premier chapitre nous surprend, et nous ne cessons de prendre des claques dans la figure, incapables tout ce temps de sortir le nez du livre. J’ai dû me forcer à arrêter ma lecture à la page cent vingt… parce que j’étais essoufflée ! Non seulement le récit est mené tambour battant mais de plus l’écriture, de son style époustouflant, cogne le paresseux habitué à lire en spectateur. Ici on n’a pas d’autre choix que de participer, physiquement, à ce qu’il se passe ; et il s’en passe des choses, ne laissant aucun répit au personnage principal si malmené, ou à nous, lecteurs, qui le suivons passionnément.

Le plus inattendu est la tendresse et l’intelligence raffinée qui se dégagent de l’histoire alors que la plume de la jeune écrivaine mexicaine Aura Xilonen est énergique, percutante, et le niveau de langage employé un argot jeune, familier, insultant, agressif, innovant et créatif, délicieusement drôle et travaillé. Notons que l’écrivaine a immédiatement été remarquée pour ce premier roman écrit alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans, qu’elle a été couronnée par de jolis prix et traduite en une dizaine de langues. Saluons aussi d’emblée le travail de la traductrice, impossible à priori ! Lire la suite

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Le chaud et le froid

Je suis très heureuse de voir que ce livre est traduit en français. Je vous le recommande vivement.

Écrivain malais qui partage son temps entre la Malaisie et l’Afrique du Sud, Tan Twan Eng avait écrit un premier livre en 2007 qui lui avait valu d’être candidat pour le prix littéraire ‘Man Asia’ de l’année. Or voilà qu’avec ce deuxième roman il aura remporté le prestigieux prix en question. Pour ma part j’ai eu le plus grand plaisir du monde à lire ce livre qui est une forme d’initiation au jardin japonais mais également à bien d’autres arts, esthétiques ou martiaux, tel le tir à l’arc, le Tai Chi Chuan, les estampes japonaises ou le Hiromoni, art des maître tatoueurs japonais… Lire la suite

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La volonté mène au but

J’avais lu cette formule un jour : “est-ce la volonté qui mène au but, ou le but qui donne la volonté?”. Je n’ai toujours pas la réponse, mais dans ce livre la question est merveilleusement traitée. Jesus Carrasco est un jeune écrivain espagnol. Intempérie est son premier roman, traduit dans une vingtaine de langues. Son deuxième roman “La Terre que nous foulons” est aussi désormais disponible en français chez Robert Laffont. C’est un libraire qui m’a fait connaître ce livre, et cet écrivain. C’est une nouvelle voix que je ne regrette pas d’avoir découvert. Intempérie explore une histoire mille fois visitée. Tout le récit tourne autour de deux personnages, de leur rencontre : un homme âgé et un jeune garçon. Ils font un bout de chemin ensemble. Chacun s’enrichit au contact de l’autre. Eh oui, l’histoire est simple, et pourtant on ne peut lâcher le livre tant l’écriture est puissante, le récit fluide et bien construit. Le tout est extrêmement vivant, bien que le texte soit très écrit, ponctué de très peu de dialogues. Lire la suite

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L’architecture d’une vie

Je suis très éprise de littérature asiatique en général, et de la littérature japonaise en particulier. Le styles épuré, la narration élaguée, le dire profond dévoilé entre les mots… tout cela me charme, me captive. Avec “Jardin de printemps” j’ai baigné dans tout cela. J’ai aimé ce récit pour sa simplicité, cette simplicité qui en dit long sur l’émotion, sur le bonheur et sa quête. Parce que simplicité ici se conjugue avec subtilité, cette chose qui se revêt de mille nuances. Ce n’est pas étonnant que Tomoka Shibasaki ait remporté le prestigieux prix littéraire Akutagawa avec ce roman, l’année de sa sortie ! Lire la suite

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Restera là-haut…

Comment définir un homme de montagne, si l’on n’est pas soi-même cette chose-là ? Moi qui aime tant la montagne, ce qu’elle symbolise, ce qu’elle dégage et offre, j’ai eu grand plaisir à me plonger dans ce livre et me laisser porter lentement, au fil des mots. Car oui, Paolo Cognetti parle très bien de la montagne, de l’homme qui aime la montagne, ainsi que de l’homme qui sait vivre en montagne. Je ne sais si l’histoire narrée est autobiographique, mais intimiste, elle l’est, envoûtante aussi – et pourtant, si simple. C’est une histoire d’amitié, d’amour, d’abandon et de retrouvailles… une histoire de la vie, en somme, qui n’a pas besoin de se raconter mais simplement d’être partagée. Lire la suite

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Quand la musique nous porte loin

Hari Kunzru est un écrivain et journaliste largement connu par les anglo-saxons et ses livres sont traduits dans bien des langues de par le monde. J’avais lu son Dieu sans les hommes qui avait tant fait parler de lui aux Etats-Unis et en Angleterre à sa sortie en 2011. J’avais été séduite mais le récit m’avait laissée un rien perplexe. Ce nouveau roman, Larmes blanches, est plus facile à aborder, peut-être parce qu’il suit une structure linéaire et chronologique et se cantonne à un seul et même narrateur, mais il nous réserve malgré tout bien des surprises ! Un ou deux mois après l’avoir lu j’ai commencé à réaliser ce que sa lecture avait posé en moi. Cette drôle d’histoire m’en avait plus appris, ou dit, que bien des livres lus sur l’esclavage et la condition des noirs américains… sans en avoir l’air. Alors, oui, je vous le conseille en espérant qu’il parviendra à vous hanter comme il a l’a fait avec moi : secrètement et discrètement. Le livre est sorti dans sa traduction française  en janvier 2018. Lire la suite

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Un peu de techno-humanisme ?!

Je ne sais pas dans quel genre on devrait répertorier ce livre, tant il relève de tous les genres. C’est un thriller, futuriste, fantastique, philosophique, initiatique ! Et j’en passe ; mais c’est surtout un pur plaisir de lecture. “Des larmes sous la pluie” ne semble pas être caractéristique des écrits de Rosa Montero, moins fantastiques et polar dans leur ensemble, mais la profondeur de la pensée et de l’analyse de la société qui résonnent dans ce roman m’a donné envie de lire tous ses autres livres. Je vous invite à en faire autant : entrer dans l’oeuvre de cette écrivaine espagnole, par ailleurs journaliste au quotidien El Pais. Dans ce livre nous sommes plongés dans une réflexion sur “l’Autre”, mis en scène sous de multiples formes, dont les habitants d’autres planètes, les “réplicants” – des simili humains créés par la main de l’homme – ou des humains transformés en panneaux publicitaires, qui se côtoient désormais sur Terre. La mort, l’amour, la communication et bien d’autres grands thèmes sont merveilleusement abordés et traités ici. Lire la suite

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La grande bassesse

Hanif Kureishi est une grande figure des arts et lettres de l’Angleterre contemporain. Il n’est pour ainsi dire pas de grandes distinctions qu’il n’ait reçu à ce jour, au titre desquels celles de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres ou Commander of the Order of the British Empire. Il est écrivain, scénariste, dramaturge… Je ne pense pas que ce livre reflète les thématiques qui lui sont habituelles mais il n’y a peut-être pas d’entrée unique pour aborder son oeuvre. Et pour ma part j’y aurai mis les pieds par cet “Air de rien”, de son titre original littéral “Le Rien” !

Eh oui, versons un rien de luxure, ajoutons-y un rien de manipulation, complétons en agrémentant d’un rien de trahison, saupoudrons un rien de détresse et pour l’assaisonnement final chacun selon ses goûts optera pour un rien de jalousie ou de vilenie ou d’insanité mentale. Nous obtiendrons alors ce grand rien qui est synonyme de désir absolu de pouvoir mais également synonyme d’impuissance totale ! Et voici ce qui est mis en scène dans ce livre fin et léger d’à peine deux cent pages. C’est plein d’humour, mais est-ce vraiment drôle ?! Lire la suite

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Outillage de paix

J’ai lu presque tous les livres de cette écrivaine. Et le presque vient du fait que j’ai “raté” la sortie de l’avant-dernier mais je vais y remédier très vite ! Enseignante en histoire de l’art, elle peut désormais se consacrer intégralement à l’écriture. Mais dès son premier roman elle avait su insérer du beau dans ses mots, dans ses récits, dans le coeur de ses personnages et dans leurs rencontres sans que toute cette douceur et élan dynamique ne se traduise en niaiserie. Car oui, elle met en scène la vie, elle invente de la joie là où se niche la tristesse, crée de la magie et de l’espoir là où tout n’est qu’obscurité et passé. Le lecteur s’amuse en la lisant, s’enchante, et accepte d’être enjoué au lieu de se morfondre. Ce dernier livre, Ör, ne fait pas exception à la règle mais cette fois le personnage principe est un homme ; un taiseux, un bricoleur, un drôle de stable ! Lire la suite

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Qui survivra verra…

Quelle jolie dystopie ! Eh oui, Jenni Fagan, écrivain écossais, a écrit un livre d’une grande poésie, riche de subtilité, d’humour, de finesse et de tendresse. Mais c’est bien une dystopie et l’extraordinaire et le hors normes y ont leur place, privilégiée… C’est beau et étrange, intime et très imaginaire. Ça se dévore, d’une lecture lente.

Nous sommes dans un futur très lointain où, dû au réchauffement climatique, les glaces ont fondu, où les iceberg dérivent vers l’Europe et où désormais l’hivers épouse les moins cinquante (-50°C) degrés Celsius. Et notre écrivaine, dotée d’humour, situe ce futur lointain en 2021. Pour le reste le monde ressemble à celui que nous connaissons, une planète avec des êtres humains : des hommes, des femmes et des trans-genres. Lire la suite

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Transgressions et transformations

Un bon polar est en général bien plus que juste un polar. C’est souvent la retranscription d’un monde, d’un univers existant quelque part sur la planète et l’atmosphère qui l’accompagne. Avec Natsuo Kirino nous sommes dans le Japon de la bienséance et de la réussite… Si ce n’est qu’ici c’est l’envers du décor qui est dessiné. Que se passe-t-il lorsqu’on cherche à sortir de sa condition, de son statut, de sa ville natale. Fugue, adultère, séparations, où mènent-ils ? Dans ce roman savamment noir bien-sûr ! Lire la suite

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Vivre c’est comment ?!

Les livres poignants et drôles qui savent nous raconter mille souffrances en nous faisant rire et en nous abreuvant de traits d’esprit, ça ne court pas les rues. (Et les rues sont bien peuplées !). C’est pourtant une promesse que tient Viet Thanh Nguyen. Le Sympathisant est fin, créatif, hors normes tout en nous parlant de sujets mille fois vus, mille fois lus : la guerre, le Vietnam, l’exil, la double identité. Or ici la double identité est poussée à son extrême : le narrateur est un agent double, déchiré et solide comme personne ! Ce livre a remporté bien des prix littéraires, et parmi les plus renommés… sincèrement, il le mérite. Lire la suite

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