« La splendeur de l’humain » (2/12), par Simone Agnello-Tafani

« Chaque mois une vertu pour construire le monument de la Paix »

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York, le choc retentissant, causé par ce drame hors norme, a fait surgir en moi une réaction : soudainement, il était urgent de rester positif, de ne pas faire d’amalgame, de garder le cap, de ne pas perdre de vue la beauté, et l’unité profonde de l’univers.
J’ai donc été amenée à inventer « un retour vers le futur »… Nécessité de laisser du XXème siècle une trace positive, constructive, un message de Paix.

J’ai créé un journal mensuel imaginaire : « La Splendeur de l’Humain » que l’on découvrirait au XXIème siècle, plié, comme un suaire : il remplacerait les pages noires et blanches criant l’horreur de nos quotidiens, par des feuilles colorées murmurant la splendeur de l’humain. Au recto est écrit un extrait de « Petit traité des grandes vertus » d’André Comte-Sponville, au verso, « Nouvelles du bonheur » de Patricia Xiberras.

Chaque mois une vertu peut ainsi briller par ses mots et ses couleurs. Naturellement j'ai souhaité donner corps à celle-ci par une sculpture réalisée de mes mains. En septembre La générosité était à l'honneur. En octobre accueillons La tempérance.

La tempérance (…) est cette ligne de crête entre les deux abîmes opposés
de l’intempérance et de l’insensibilité, entre la tristesse du débauché et celle du peine à jouir,
le dégoût du goinfre et celui de l’anorexique…

Allégorie de la tempérance

Caractéristiques techniques :
Dimensions : hauteur 50cm x largeur 30cmx profondeur 15cm 
Technique mixte : terre, bois, métal, peinture à l’eau (écriture).

Ces assemblages représentant les allégories des vertus (la générosité, la justice, la compassion, le courage etc.) ont été pensés et réalisés comme des maquettes destinées à être agrandies (bronze) pour être installées dans la cour des collèges et lycées des Yvelines dans lesquels j’ai enseigné ces dernières années.

Chaque maquette est réalisée avec des objets trouvés dans les caves ou les greniers, dans les dépôts vente ou les brocantes… Je leur donne une seconde vie alors qu’ils sont hors d’usage, rouillés, abandonnés… en les assemblant et en leur offrant un socle, afin de mettre le tout sur un piédestal inattendu. Métal, bois, terre, espace, eau et feu, ces six éléments composent ces assemblages et produisent, comme certains objets rituels, des cercles vertueux, et pour ceux qui les captent, des énergies positives.

LA SPLENDEUR DE L’HUMAIN

OCTOBRE : La tempérance

La tempérance est cette modération par qui nous restons maître de nos plaisirs au lieu d’en être esclave. C’est jouissance libre, qui n’en jouit que mieux : puisqu’elle jouit aussi de sa propre liberté. Quel plaisir de fumer quand on peut s’en passer ! De boire, quand on n’est pas prisonnier de l’alcool ! De faire l’amour, quand on n’est pas prisonnier de son désir ! Plaisirs purs, parce que plus libres. Plus joyeux, parce que mieux maîtrisés. Plus sereins, parce que moins dépendants. Est-ce facile ? Certes pas. Est-ce possible ? Pas toujours, j’en sais quelque chose (…). C’est en quoi la tempérance est une vertu, c'est-à-dire une excellence : elle est cette ligne de crête, dirait Aristote, entre les deux abîmes opposés de l’intempérance et de l’insensibilité, entre la tristesse du débauché et celle du peine à jouir, le dégoût du goinfre et celui de l’anorexique…. Quel malheur de subir son corps ! Quel bonheur d’en jouir et de l’exercer !
La tempérance – comme la prudence, et comme toutes les vertus peut-être – relève donc de l’art de jouir : c’est un travail du désir sur lui-même, du vivant sur lui-même. Elle ne vise pas à dépasser nos limites, mais à les respecter (…) C’est la prudence appliquée aux plaisirs ; il s’agit de jouir le plus possible, le mieux possible, mais par une intensification de la sensation, ou de la conscience qu’on en prend, et non par la multiplication indéfinie de ses objets. Pauvre Don Juan qui a besoin de tant de femmes ! Pauvre alcoolique qui a besoin de tant boire ! Pauvre goinfre qui a besoin de tant manger ! (…)
… La tempérance est une régulation volontaire de la pulsion de vie, une saine affirmation de notre puissance d’exister, comme dirait Spinoza.

Extrait de Petit traité des grandes vertus de André Comte-Sponville ed. Puf 2002, choisi par Simone Agnello-Tafani, artiste scribe.

Simone Agnello Tafani, artiste, est née en 1954 à Muratello de Porto-Vecchio. Elle a toujours utilisé l’art comme un langage universel.
Elle a mené des projets fédérateurs dans tous les lieux d’éducation qu’elle a investis, tentant de transmettre sa passion pour l’art et pour la vie aux jeunes et aux adultes.
Après avoir vécu, travaillé et exposé dans l'ouest parisien et à l'étranger (Norvège, Vietnam...), elle vit depuis 2018 à Renajolo de Muratello où elle a son atelier.

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