« La splendeur de l’humain », par Simone Agnello-Tafani

« Chaque mois une vertu pour construire le monument de la Paix »

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York, le choc retentissant, causé par ce drame hors norme, a fait surgir en moi une réaction : soudainement, il était urgent de rester positif, de ne pas faire d’amalgame, de garder le cap, de ne pas perdre de vue la beauté, et l’unité profonde de l’univers.
J’ai donc été amenée à inventer « un retour vers le futur »… Nécessité de laisser du XXème siècle une trace positive, constructive, un message de Paix.

J’ai créé un journal mensuel imaginaire : « La Splendeur de l’Humain » que l’on découvrirait au XXIème siècle, plié, comme un suaire : il remplacerait les pages noires et blanches criant l’horreur de nos quotidiens, par des feuilles colorées murmurant la splendeur de l’humain. Au recto est écrit un extrait de « Petit traité des grandes vertus » d’André Comte-Sponville, au verso, « Nouvelles du bonheur » de Patricia Xiberras.

Chaque mois une vertu peut ainsi briller de ses couleurs. Naturellement j'ai souhaité donner corps à celle-ci par une sculpture réalisée de mes mains. En ce mois de septembre accueillons La générosité.

Être généreux, c’est être libre, et c’est la seule grandeur en vérité…

Allégorie de la générosité
Technique mixte : assemblage composé d’une statuette (argile crue, bois, métal) hissée sur un socle (ancienne pointeuse en bois et métal) avec pour chaque case un numéro où sont inscrites toutes les actions réalisées par une femme (lorsqu’elle est artiste, mère, épouse, enseignante...).
La statuette représente une femme qui malgré la multitude des tâches qu’elle doit accomplir parvient à garder une dimension poétique ( la tête dans les nuages mais les pieds sur Terre) et de la douceur dans l’imperfection de son quotidien.

LA SPLENDEUR DE L’HUMAIN

SEPTEMBRE : La générosité

La générosité est le contraire de l’égoïsme, comme la magnanimité l’est de la politesse. Ces deux vertus n’en font qu’une, comme ces deux défauts.
Quoi de plus étriqué que le moi ?
Quoi de plus sordide que l’égoïsme ?
Etre généreux c’est être libéré de soi, de ses petites lâchetés, de ses petites possessions, de ses petites colères, de ses petites jalousies…
Descartes voyait là non seulement le principe de toute vertu, mais le souverain bien pour chacun, lequel ne consiste, disait-il, « qu’en une ferme volonté de bien faire et au contentement qu’elle produit ».
Bonheur généreux qui réconcilie, disait-il encore, « les deux plus contraires et plus célèbres opinions des anciens » à savoir celle des Epicuriens, (pour lesquels le souverain bien est le plaisir) et celle des stoïciens (pour lesquels c’est la vertu).
(….) Quelle vertu plus agréable, quel plaisir plus vertueux que de jouir de sa propre excellence ?
Ou l’on retrouve la grandeur d’âme : être généreux c’est être libre, et c’est la seule grandeur en vérité…
Remarquons pour finir que la générosité, comme toutes les vertus, est plurielle, dans son contenu comme dans les noms qu’on lui prête ou qui servent à la désigner. Jointe au courage elle peut être héroïsme, jointe à la justice, elle se fait équité. Jointe à la compassion elle devient bienveillance. Jointe à la miséricorde la voilà indulgence. Mais son plus beau nom est son secret que chacun connaît : jointe à la douceur, elle s’appelle bonté.

Extrait choisi dans Petit traité des grandes vertus de André Comte-Sponville ed. Puf 2002

Simone Agnello Tafani, artiste, est née en 1954 à Muratello de Porto-Vecchio. Elle a toujours utilisé l’art comme un langage universel.
Elle a mené des projets fédérateurs dans tous les lieux d’éducation qu’elle a investis, tentant de transmettre sa passion pour l’art et pour la vie aux jeunes et aux adultes.
Après avoir vécu, travaillé et exposé dans l'ouest parisien et à l'étranger (Norvège, Vietnam...), elle vit depuis 2018 à Renajolo de Muratello où elle a son atelier.

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