MATISSE EN CORSE Une exposition au musée de CORTE

Le musée de Corté présente jusqu'au 30 décembre 2021 une exposition intitulée: "Matisse en Corse 1898, un pays merveilleux".
Par une après-midi brûlante du mois d'août, au ciel blanc de chaleur, braver les contrôles sanitaires et pénétrer dans le hall d'ombre fraiche du Musée de Corté. À l'origine de cette exposition, un tableau : La mer en Corse, le Scoud, daté de 1898, que la collectivité de Corse achète en 2019, comblant l'absence de cet artiste dans les collections publiques de la région. Dans la grande galerie du premier étage, les toiles de Matisse s'offrent au regard assoiffé.

Les objectifs de l'exposition sont doubles: tout d'abord, révéler au grand public le séjour déterminant de Matisse en Corse, de février à juillet 1898. Le peintre et sa jeune épouse villégiaturent à Ajaccio. Le climat est réputé plus doux que celui de Nice, et un ami corse lui a vanté la beauté de l'île.
"C'est en allant dans ce pays merveilleux que j'ai appris à connaître la Méditerranée. L
à-bas, tout brille, tout est lumière."
Le choc est décisif. Le peintre se souviendra plus tard que c'est près des îles Sanguinaires qu'il eut cette révélation à l'origine du fauvisme.

Aussi, l'exposition se donne-t-elle pour ambition de relater l'évolution de l'expression artistique du maître, sur 10 ans, des paysages académiques bretons aux violentes oeuvres fauves de 1905, le défi est relevé! Le rythme des couleurs lumineuses émanant de chaque toile élucide le cheminement de la recherche picturale. 
La première, un village breton, datée de 1895, est dominée par les gris et les ocres. Les tableaux suivants s'orientent vers l'impressionnisme. En Bretagne, il peint les mêmes reliefs côtiers que Claude Monnet, 10 ans plus tôt. Sans dessin, ni perspective, il fragmente la couleur en touches denses, il cherche à peindre "selon ses sensations colorées, à faire vivre la lumière par la couleur."

Avant la série intitulée "Matisse en Corse", un intermède visuel et audio nous laisse entrevoir l'atmosphère de cette année 1898 : une vidéo, des affiches et reproductions de journaux nous rappellent, pour mieux saisir la vision d'avant-garde que ces œuvres  proposent, qu'elles  furent peintes à l'aube du XX° siècle. Elles font tellement partie de notre patrimoine culturel qu'on pourrait l'oublier.

Dès les premières toiles peintes à Ajaccio pendant ce séjour en 1898, on est frappé par la maîtrise de la lumière. Dans ces paysages d'oliveraie écrasée de soleil, la pâte est rutilante, l'énergie fougueuse. On perçoit la chaleur accablante, la lumière si particulière du plein été, l'ombre salvatrice des arbres tordus par la tension ardente. Chaque tableau vibre de la lumière brûlante de la Méditerranée. Comme une perle parmi tant d'autres joyaux, La mer en Corse, le Scoud.
La nuit monte de la terre, obscurcissant la côte sauvage sur la mer mouvante encore claire, avec l'audace de l'horizon jaune vif pour l'agonie du jour. Toutes les œuvres de cette série sont des régals visuels et mémoriels tant l'énergie de cette lumière sollicite tous les sens. 

La visite se poursuit avec le séjour à Toulouse, de 1898 à 1899. Une nature morte attire particulièrement l'attention : le blanc, l'orange et le doré dominent. Sur une nappe blanche à bandes rouge sombre, un verre, des fruits, un objet oblong. La lumière est partout, posée en larges taches, les objets s'y fondent, les couleurs la rythment, frémissante, elle pulse comme vivante. De 1899 à 1905, quelques toiles, sous l'influence de Cézanne et de Signac qui l'initient au néo-impressionnisme. En 1905, à Collioure, ses recherches aboutissent "aux accords de couleurs" qui, sans hiérarchie ni perspective, le libèrent de l'imitation pour exprimer une lumière sensitive, avec des couleurs parfois arbitraires qui sont devenues la densité même du mouvement.

Autour de MATISSE
La classe d'approfondissement en arts plastiques, CPES-CAAP, du Lycée Clémenceau de Sartène, prépare les bacheliers aux concours des grandes écoles. Les étudiants de la promotion 2020-2021, assortie de 3 anciennes élèves nouvellement diplômées des Beaux-Arts d'Angers TALM, se sont intéressés au parcours de Matisse en Corse. Leurs créations diverses et variées proposent des réflexions multiples autour des paysages, de la lumière, de la nature, de la couleur comme langage. De la photographie imprimée sur rodoïde aux installations plastiques ou textiles, toutes sont un écho à l'œuvre de l'artiste, père du fauvisme.

Affinités au FRAC
En sortant du musée, on est à nouveau happé par l'haleine brûlante de la haute ville. Retour à la réalité, avec pour sas de décompression, les salles du FRAC, le fond régional d'art contemporain. Des salles blanches, basses et fraîches où nous attendent encore quelques belles surprises. Le FRAC a proposé à 12 personnes partenaires et complices des actions sur le territoire, de choisir chacun une œuvre dans la collection.
Ainsi, 12 œuvres dialoguent et échangent sur le vaste thème des "Affinités". 
Dans la vaste salle de la citerne, une installation de Pauline Fondevila, intitulée "Loin de tout, loin de toi", m'interpelle :

Sur des tréteaux, une île. Du sable, des personnages de 8cm, disposés en saynètes variées dans un paysage à la fois étrange et familier. Annick le Marrec, documentaliste au Musée Fesch a choisi cette oeuvre pour le jeu de piste qu'elle propose: cette île miniature est selon l'artiste la restitution d'une conférence organisée par ses soins sur une île du fleuve Panarà à Rosario, en Argentine. L'oeuvre, patiemment observée révèle alors "une concrétion de références artistiques, cinématographiques et littéraires."
Dans une autre salle, les photos taille réelle, à échelle 1, de Leonardi Boscani et l'installation Pégasus Dance, de Fernando Sanchez Castillo questionnent davantage le contexte social, politique et culturel dans lequel nous baignons. 
Une manière efficace de se réacclimater à l'été 2021!

Matisse en Corse, 1898
Exposition au Musée de Corté 
24 juillet- 30 décembre 2021
Museudiacorsica
FRAC Corse
Exposition Affinités    
Avril 2021

Frac.corsica

Les illustrations présentées dans l'article:
- La mer en Corse, le Scoud, Henri Matisse, 1898, huile sur toile, 36x46.
- Photographie de Matisse en 1913, par Alvin Langd Coburn.
- Paysage corse,
Henri Matisse, 1898, huile sur toile, 36x46.
- Première nature morte orange, Henri Matisse, 1899, 56x73.
- Créations des étudiants de la CPES-CAAP du Lycée Clémenceau de Sartène et des diplômées des Beaux-Arts de Angers TALM.
- Photo, détail de l'installation de Pauline Fondevila, Loin de tout, loin de toi, 2011, pièce unique, FRAC Corse.

Angela Nicolaï

Enseignante de métier, elle est aussi comédienne et nouvelliste.
Responsable de la rubrique Une vie, une œuvre, elle gère également un projet dont le lancement est prévu en 2022 autour des contes.

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