Rencontre avec le réalisateur Frédéric Farrucci

Quelle jolie soirée que celle proposée par le cinéma Galaxy en ce mois de juillet 2020, au sortir de ces longs mois de confinement et de déconfinement...
Une séance de projection du film La nuit venue était suivie d'une rencontre avec le réalisateur Frédéric Farrucci.

Après une brève introduction, Le rideau s’ouvre sur  la nuit parisienne, celle dirigée par la mafia chinoise clairement mise en scène, accompagnée de quelques autres plus discrètes mais toutes aussi présentes qui font de certains hommes les esclaves du monde moderne. Nous roulons à vive allure dans le taxi uberisé de Guang Huo sous l’emprise de la mafia de son pays. La nuit est sombre, l’ambiance feutrée, gros plans  sur ces visages qui nous conduisent sous les lumières tamisées de la ville. Je n’en dirai pas davantage sur ce film très esthétique, qui noue intrigue, et éveille en nous solidarité, émotions et bien davantage. D'ailleurs vous pourrez lire une chronique plus détaillée sur les pages de Kimamori en cliquant ici.

Le rideau à peine refermé sur un coin de ciel bleu, la salle s’éclaire. Après de chaleureux applaudissements bien mérités, les questions des spectateurs fusent : chacun y a aperçu quelque chose de lui même, un sentiment différent. Frédéric Farrucci, le réalisateur, répond à tous avec une douceur et une humilité qui semblent le caractériser, et nous ouvre des portes parfois insoupçonnées : si le sort des migrants évoqué dans le film nous a échappé, il nous explique la grande importance pour lui de les mettre  en scène. On l'interroge sur l'idée originelle qui a germée en lui et a donné lieu à ce film. Il ne saurait le dire, répond-il en toute simplicité, mais il sait qu'il souhaitait faire un film engagé au plus près des clandestins. Car oui, nous ne voyons et ne vivons que la nuit durant les quelques quatre-vingt quinze minutes que dure ce film. Ce Paris de nuit est un Paris sombre, clandestin et le désir du réalisateur était bien là : que seul ce Paris-là apparaisse dans le film. L'unique scène filmée de jour nous porte auprès d'un personnage qui écoute sa musique, le casque sur les oreilles... le jour ne peut-il être supporté que par la grâce d'une mélodie invisible ? Eh oui, nous ne verrons ni n'entendrons ceux qui vivent le jour. La musique tout comme assourdit le jour, intenable, mais adoucit la nuit, omniprésente...

Et le casting supporte cette même démarche. À l'exception de Camélia Jordana, aucun des acteurs n'est comédien professionnel. Ce sont des hommes et des femmes choisis au sein de la communauté chinoise que Frédéric Farrucci s'est évertué à côtoyer de près. Si je vous disais que celui qui joue le rôle du chef de la mafia dans le film a pour véritable profession kinésithérapeute, verriez-vous le regard amusé du réalisateur, ou auriez-vous un léger frémissement, de peur ?!

Dans ce premier long métrage de Frédéric Farrucci on retrouve sa patte de spécialiste en court-métrages. Chaque image est pensée, chaque lieu filmé a été longuement exploré afin d'être capturé et cadré au millimètre près. L'esthétique du film est proche de la perfection. Et c'est un Paris sublime qui est ainsi mise en lueur, cette ville avec ses éclairages tamisés, avec ses beaux monuments et ses quartiers modestes. La caméra prend son temps, ne se précipite pas. Chaque angle de vue est calculée, jusque dans l'habitacle de cette voiture, lieu de rencontre entre les deux personnages principaux. Bien entendu on objectera que quelques longueurs ralentissent ce film, alors que l'histoire, thriller absolu aurait dû être menée tambour battant. On voit là l’expression de ma nature mélancolique, dit le réalisateur, qui semble être dans une acceptation parfaite de lui-même, pour le meilleur et pour le pire. Quelques spectateurs relèvent des ambiguïtés qu’il ne conteste nullement, la richesse de ce film étant aussi ce que chacun peut y trouver avec sa propre sensibilité. Thierry Dorangeon, avec son regard exigeant et passionné, lui aussi interroge Frédéric Farrucci, complète les interventions du public et nous accompagne tout au long de cette chaleureuse discussion.

   

Ce fut une belle et riche soirée permettant de croiser les multiples regards des spectateurs, du réalisateur et de Thierry Dorangeon, organisateur de la soirée. Les questions étaient nombreuses et la séance de discussion a duré une bonne heure. Nous n'avons pas tous posé des questions, tout simplement parce qu'en écoutant les échanges, au final, tout un chacun avait trouvé des réponses, avait été éclairé, sur ce film humain et sensible, La nuit venue...

Alors en sortant, nous n'avions qu'un seul désir, celui de revivre de tels moments, d'être conviés à d'autres événements aussi joliment orchestrés et enrichissants dans ce très beau cinéma Galaxy de la région de Porto-Vecchio en Corse...

Dominique Orsini est directrice d'école à Paris.

Et voici quelques mots pour la présenter mieux, qu'elle a bien voulu rédiger pour nous :

Ce que j'aime dans la vie, ce sont les relations humaines, et les mots, les histoires. Je les retrouve si riches, si forts, dans les livres, dans les films. Ils me nourrissent, ils me protègent, ils me promènent, encore plus loin.

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