Ce qu’il faut de nuit, de Laurent Petitmangin

Premier roman de Laurent Petitmangin, paru aux éditions de La manufacture du livre, Ce qu'il faut de nuit a obtenu le Prix Femina des lycéens, le Prix Stanislas, le Prix Georges Brassens, le prix des médias et celui du barreau de Marseille !

C’est une histoire simple, une histoire ordinaire, une histoire que l’on pourrait lire dans la rubrique des faits divers dans l’Est Républicain, car l’histoire se passe en Lorraine. C’est une histoire presque sans histoires d’un père qui élève seul ses deux garçons adolescents après le décès de sa femme… un cancer, une lutte de deux années dans lesquelles chaque dimanche est rythmé par une visite à l’hôpital à la « Moman ». Le père est cheminot et c’est lui qui raconte. Il milite à la section, une section « désertée par ses militants depuis que l’on n’y sert plus l’apéro ». Chaque dimanche matin, il accompagne Fus, son fils ainé, à son match de foot et pour rien au monde il ne manquerait ce qu’il attend toute la semaine, ces dimanches où il reste à le regarder, ce « moment qui n’apporte rien d’autre que d’être là ». Dans cette histoire simple pleine de petits riens et de petits bonheurs, il y a aussi le petit frère, Gillou l’intello, en admiration devant son ainé et qui « rayonne en le voyant rentrer et lui lave son maillot », un petit frère qui rêve de monter à Paris pour intégrer les grandes écoles. Et aussi Jérémie, l’ami fidèle des garçons, et Le Jacky, ami du père de tous les instants et jusqu’à la fin.

Mais Fus grandit et prend un drôle de chemin, chemin incompréhensible pour le père qui se demande comment il a pu en arriver là, de la gauche à l’extrême droite. Il dérape, ça déraille et c’est la honte, les tensions insupportables, l’impossibilité à se parler, à trouver les mots et à se retrouver, et le fil qui se tend jusqu’à la rupture.

Suivra le drame. Je ne veux pas en dévoiler davantage.
Mais la honte laissera place à l’amour, amour d’un père pour son fils, père qui ne peut oublier son fils qui emplissait sa vie. Et cette question : «  Est-on toujours responsable de ce qui nous arrive ? » , de ce qui arrive à nos enfants ? et si… ? et si… ?

Dans cette histoire simple, il n’y a plus de femme, même si parfois l’ombre de la « moman » surgit. Mais il y a l’amour toujours tu mais toujours entendu, celui d’un père pour son fils, pour ses fils, d’un frère pour son frère, un amour indéfectible et des amitiés solides.

Dans cette histoire simple, il y a le visage d’une zone sinistrée depuis que les bassins houillers ont disparu, et l’espoir de la nouvelle usine et de nouveaux rêves. Le roman raconte une France des oubliés et leur tentative de faire revivre « le coin ». Dans cette histoire simple, il y a le rêve de sortir de sa condition pour monter à la capitale et devenir quelqu’un, bien qu’on y soit un étranger.
C’est un roman sociologique et un roman d’amour. Il nous en parle avec tendresse, profondeur. Il nous plonge avec pudeur au plus profond des cœurs de trois hommes, avec une sincérité remarquable. À aucun moment, le mélo ne s’en mêle. Lorsqu’il y a des larmes, elles se cachent au fond du cimetière. Pas de rage, pas de haine, pas d’amertume, pas d’agressivité, pas davantage de leçon ou de vérité. Un peu de honte, de résignation, et l’amour qui triomphe à tout prix, à n’importe quel prix. Tout est juste et bouleversant jusqu’à la dernière lettre d’un fils à son père.

C’est mon deuxième papier pour le site Kimamori et celui-ci m’a pris un long temps. J’ai été quasi engloutie par ce petit livre, submergée. J’espère néanmoins avoir réussi à vous donner envie de le lire. J’ai adoré ce titre car il me semble que chacun a sa part de « ce qu’il faut de nuit ». Il a sans doute croisé la mienne.

CE QU'IL FAUT DE NUIT
Laurent Petitmangin
éd. La manufacture du livre 2020
Prix Stanislas 2020
Prix Georges Bressens 2020
Prix Femina des lycéens 2020

Les illustrations présentées dans l'article sont les œuvres de :
- Paul François Laurent Laugée,
- Victor Guillaume.
Photographie de l'auteur en tête de l'article DR/La manufacture du livre.

Dominique Orsini est directrice d'école à Paris.
Et voici quelques mots pour la présenter mieux, qu'elle a bien voulu rédiger pour nous :

Ce que j'aime dans la vie, ce sont les relations humaines, et les mots, les histoires. Je les retrouve si riches, si forts, dans les livres, dans les films. Ils me nourrissent, ils me protègent, ils me promènent, encore plus loin.

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