Le feu dystopique du livre : partira, partira pas?!

Les drones survolent l’espace urbain et s’approchent de la fenêtre de votre cuisine pour vous signaler qu’ils ont un livre à vous remettre, tout en vérifiant de la caméra installée dessus, et qui filme en continu, si vous êtes bien la personne qui avait réceptionné le colis à cette adresse la dernière fois. Nous sommes en 2016.

vignerouge Van GoghEn 2013, vingt millions de livres jeunesse vont à la rencontre de leur lecteur dans les « Happy Meal » du McDonald’s, en quatorze jours, début novembre aux États-Unis. Pour vous donner un ordre d’idées, vingt millions c’est un peu plus que les quinze millions de ventes de la trilogie « Hunger Game » en 2012. Le livre est en passe de devenir – si ce n’est déjà fait – le produit de grande consommation par excellence, parfaitement standardisé dans son format et son système de référencement ISBN. Le livre est aussi plus universel que jamais avec ses circuits de distribution de plus en plus portés par la facilité recherchée par l’internaute lambda.

Cet article n’est pas de la science fiction. Ce n’est qu’une vision froide de la réalité dans laquelle nous sommes engagés.

Aujourd’hui on écrit plus que jamais. En effet, la quantité de texte produit sur internet, dans les mails blogs réseaux sociaux et autre, atteint 3,6 mille milliards de mots par jour, soit l’équivalent de 36 millions de livres. Alors en quoi cela serait surprenant que l’on se mette à consommer du livre?!

Pour ma part j’avoue que je croule sous ma liste de « livres à lire ». Tant de livres sont traduits en anglais et français, tant de publications sont chaque année mises sur le marché francophone et anglophone, tant de livres remportent des prix dont un bon nombre sont effectivement de grande qualité que je ne sais plus où donner de la tête. Et pourtant je lis en moyenne huit livres tous les mois…

Mais là où je me suis laissée envahir par une légère angoisse quand au chemin que prenait le « livre », ce fut à la lecture de cette jeune écrivaine, Cécile Coulon, qui met en scène dans son roman “Le rire du grand blessé” un monde dystopique où l’instrument de manipulation du peuple n’est autre que le livre. L’objet livre dans ce récit s’est dissocié de la littérature pour faire place à des textes sensationnels voués à exacerber l’animalité du lecteur.

Alors que la littérature invitait chacun à se lire et à se recueillir, l’objet livre pousse à l’addiction démesurée. Et cette addiction s’engage par la voie du livre pour communiquer une soif de consommer mille autres produits, comme ce fut le cas pour Amazon qui propose aujourd’hui une large palette de biens et de services.

Mais pour en revenir aux livres, Jeff Bezos, dirigeant d’Amazon, disait fin septembre que dans l’avenir le livre papier serait un objet de luxe. Ce jour-là nous serions tous des adeptes du Kindles, à l’en croire!

feu1Le mot anglais kindle signifie « faire partir un feu ». Quel feu ces liseuses ont-elles pour vocation d’attiser, je me le demande.

Voici donc quelques maigres fruits destinés à une réflexion coomune, à l’approche de l’hiver. Pour ceux d’entre vous qui n’ont pas suivi le feuilleton de l’été, je vous invite à y jeter un œil.

Vous pourrez par ailleurs parcourir l’article récent de Kimamori sur le changement d’éligibilité du prix littéraire Anglais Man Booker Prize qui tentait d’explorer les raisons pour lesquelles cette institution Anglaise souhaiterait convoiter le marché nord-américain.

Quant aux Kindles, aux drones et aux paroles de Jeff Bezos citées ci-dessus vous pourrez vous référer à

  • L’article répertoriant des réactions de libraires Américains face à la récente offre Kindle d’Amazon,
  • L’article de Le Monde concernant le projet de livraison des livres par les mini-drones annoncé par Amazon,
  • Et l’article de PC-Mag  qui transcrit l’interview de Jeff Bezos (en anglais).

Vous trouverez plus de détail sur l’opération livre du McDonald’s dans l’article de la radio américaine npr ici.

Le chiffre de 36 millions de livres rédigés par jour sur internet vient de l’interview que vous pourrez écouter ici.

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