La Correspondante, de Virginia Evans

« Cher Mr Watts,
Merci de votre invitation à dîner, mais je ne vous laisse pas d'autre choix que de me laisser le choix et ma réponse est non. J'ai des projets à cette date. (...)
Vous vous demandez aussi ce que je trouve à la correspondance, que vous qualifiez de désuète et peu pratique (ce qui est plus révélateur sur vous, Mr Watts, qu'offensant à mon égard, bien que ce soit, malgré tout, offensant à mon égard). »

L'écrivaine américaine Virginia Evans a rencontré un immense succès international avec son roman La Correspondante, un premier roman. Nous avons découvert en l'écoutant dans des émissions littéraires anglophones qu'elle écrit depuis une vingtaine d'années, ses précédents écrits n'ayant pas nécessairement été publiés ou remporté un lectorat. Cela expliquerait la maîtrise dont elle témoigne dans ce roman épistolaire tant émouvant que haletant à sa manière. Souvent drôle, La Correspondante est un délice de lecture.

Sybil Van Antwerp, le personnage principal, est sexagénaire et retraitée. Elle vit seule et le déroulement de ses journées est ordonné et régi par des rituels ; sa matinée commence par une longue séance de correspondance et lui offre douceur et contentement. Ses lettres, tendres ou mordantes sont amplement délayées et son habitude de correspondre remonte à sa jeune adolescence. Au travers de ses lettres et des réponses qu'elle reçoit le lecteur va apprendre à la connaître, découvrir sa vie passée et tout l'inattendu et l'insoupçonné qu'elle va embrasser une longue décennie durant.

Femme de caractère, ancienne greffière, d'une grande persévérance et parfaitement intransigeante, Sybil se révèle par petites touches. On pénètre pas à pas son univers, subrepticement l'on découvrira ses blessures et l'on s'attachera à elle. A ses côtés le lecteur s'émeut et s'amuse du tour cocasse que prend sa vie pour inévitablement apprendre à la respecter et admirer sa capacité à évoluer en se confrontant à son destin.

Mais si le roman est délectable c'est peut-être aussi en raison de notre amour de la chose écrite. Cette femme a toujours écrit, très tôt elle s'est adressé à des personnages illustres et renommés. En toute simplicité elle nous affirme que celui qui écrit des lettres reçoit toujours une réponse, quel que soit le statut du destinataire. Les situations dans lesquelles le lecteur est plongé sont acidulées et pimentées ; les amitiés qui se lient au travers de cette correspondance toujours inattendues - un jour avec un agent du service client d'une entreprise, un autre avec un jeune garçon brillant et autiste, le lendemain une journaliste puis une directrice d'université, une autrice ou un cinéaste... sans compter la correspondance avec les hommes qui la courtisent !

Lumineux et poignant, La Correspondante de Virginia Evans fait chaud au cœur et place l'humanité en première ligne : toute situation tant sévère qu'insensée peut prendre un tour nouveau si tant est que l'on s'y consacre pleinement. Comme toujours avec la maison d'édition La Table Ronde le livre lui-même est beau, agréable en main et précieux à notre bibliothèque personnelle. Jolie découverte de cette rentrée d'hiver et écrivaine à suivre.

LA CORRESPONDANTE
(The Correspondent)
Virginia Evans
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Leïla Colombier

éd. La Table Ronde, 2026 (v.o. 2025)

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

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