Du comportement humain…

Voilà encore un grand Somoza comme on les aime : un thriller fantastique, une dystopie scientifique, effrayant et passionnant. Eh oui, José Carlos Somoza sait analyser son temps et ses congénères, sous la loupe d’un phénomène scientifique. J’ai rencontré cet écrivain avec son excellent “La théorie des cordes”, et depuis j’ai dû lire à peu près tous ses livres traduits en français. Psychiatre de formation et de métier il est désormais écrivain à plein temps, et tant mieux pour nous. “Le mystère Croatoan” qui vient de sortir en France est un pur délice. Et moi qui suis actuellement plongée dans les sujets questionnant la part d’humanité et d’animalité en nous opposée à la part d’humanité et d’animalité chez les animaux, j’ai été bien servie avec ce roman. Je médite, après avoir dévoré le livre ! Lire la suite

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Les Enfants Loups

Vous avez peut-être déjà vu et même revu ce film animé de Mamoru Hosoda sorti en France en 2012. Si ce n’est pas le cas je vous encourage à le visionner, pour le plaisir, parce que les images sont belles, et aussi parce qu’une douce mélancolie nous offre de nous pencher sur la part animale contenue en chacun de nous, et sur la part humaine qui vient l’amenuiser. L’histoire est touchante, les personnages intéressants dans les évolutions qu’ils traversent. Et la morale très juste : chacun choisit son devenir, quel qu’il soit…

Hana est bien jeune et pourtant fait preuve d’une maturité étonnante lorsqu’elle rencontre l’homme qu’elle va choisir d’aimer. Elle est étudiante et s’éprend de ce garçon qui suit les cours en auditeur libre alors qu’il travaille pour une société de déménagement. Son comportement est énigmatique. Mais Hana ne sera pas effrayée lorsqu’il lui révélera sa vraie nature : il est un homme-loup, un des rares, peut-être le seul à avoir maintenu sa nature double. Bien loin du loup-garou des légendes occidentales, l’homme-loup japonais est tendre et mesuré. Lire la suite

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La finesse dans un monde de brutes

Comment faire pour ne pas passer à côté d’un bon livre, ne pas rester ignorant de l’existence d’un bon écrivain ?! Je recommande la fréquentation des bibliothèques, doublée de la participation à un club de lecture. Car telle est la voie qui m’a menée à ce roman, et je ne le regrette pas. Ce livre m’a touché, m’a ravi dans sa façon d’aborder l’art de la gravure. Il est question ici de la finesse du trait, et de celle de l’esprit. Il est question aussi du tranchant d’un stylet, plus féroce et déterminé que toute lame de sabre ou d’épée ! Le talent de l’auteur est dans sa capacité à faire de cette finesse et de ce tranchant les caractéristiques même de son style littéraire. Le tout est appliqué à un thriller historique qui en dit long sur les hommes de tous temps…

Nous sommes en 1485 en Espagne dans la province d’Aragon. L’Inquisition bat son plein dans ce livre et les juifs d’Espagne convertis ou non se demandent s’ils ne feraient pas mieux de s’exiler. Or une plume secrète livre sa propre guerre aux inquisiteurs à coups de caricatures placardées aux murs. Lire la suite

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Le clair-obscur, extrait Tanizaki

Pour vous mettre en appétit, voici un extrait de la nouvelle traduction de l’essai de Jun’ichirô Tanizaki, Louange de l’ombre, dont je vais vous parler bientôt…

Lorsque, me tenant devant un bol de soupe, je laisse le chuintement à peinte perceptible du bol imprégner mes oreilles comme les stridulations d’un insecte dans le lointain, je savoure à l’avance le goût de ce que je suis sur le point d’avaler sans ouvrir encore le récipient, et je suis au bord de l’extase. Cette sensation doit être proche de l’oubli de soi que les pratiquants de la cérémonie du thé connaissent quand le son de l’eau frémissante fait chevaucher leur imagination sur le vent caressant les pins d’Onoe. On dit que la cuisine japonaise ne se mange pas, elle se regarde ; pour ma part, plutôt que regardée, je dirais que la cuisine japonaise est faite pour être méditée. Et cela vient de la musique silencieuse que composent ensemble la lueur de la chandelle et la laque du bol.

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Club de Lecture du 23 avril 2018

Le club de lecture du mois d’avril s’est tenu pendant les vacances scolaires de Pacques. Vous étiez donc nombreux à être absents. Nous vous remercions d’avoir pris la peine de nous prévenir ; parce que cela n’a jamais été exigé dans le cadre des règles établies, nous l’avons particulièrement apprécié… Et puis, nous avons été ravies de voir que notre cercle était malgré tout bien fourni. Comme il nous est désormais coutumier nous nous sommes retrouvés autour d’un thé et des discussions amicales avant d’attaquer le coeur du sujet : les livres et leur actualité !

Yassi a fait un petit tour des nouvelles récentes en commençant par la liste des finalistes du Prix Man Booker International révélée en avril. Un des romans français présents dans la première sélection, Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes est retenu dans cette deuxième liste. Les deux écrivains déjà lauréats de ce prix dans le passé, la coréenne Han Kang pour “White Book” et le hongrois Laszlo Kraznahorkai pour “The world goes on” sont encore sélectionnés. Les autres finalistes sont l’irakien Ahmed Saadawi pour son Frankenstein à Bagdad (Grand Prix de l’Imaginaire 2017), la polonaise Olga Tokarczuk pour “Flights” et l’espagnol Antonio Munoz Molina pour “Comme l’ombre qui s’en va”. Les titres apparaissant en anglais dans le texte ne sont pas encore traduits en français. L’éditeur de Han Kang, le serpent à plumes, a annoncé que ce roman était en cours de traduction et serait disponible début 2019. Lire la suite

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Une vie se déplie…

Je ne sais pas si vous aviez lu Soie d’Alessandro Baricco, ou Neige de Maxence Fermine. Ces livres datent un peu et sont pourtant intemporels et universels. Eh bien, ce premier roman de Jean-Marc Céci m’a fait penser à ces monuments. Nous avons là des écrivains occidentaux qui ont été touchés par la grâce d’une Asie, d’un Japon qu’ils esquissent à leur tour dans la finesse, le raffinement, l’économie de mots… Il n’est pas besoin d’employer un grand nombre de mots pour obtenir une histoire, simple et belle qui contient le sens d’une vie, de toute vie peut-être, et qui respecte sa part énigmatique… C’est l’art de déplier la vie, la lire, après s’être évertué longuement et soigneusement à la décrypter. C’est de cet art que nous entretient le roman. Il se nomme, à juste titre, “Monsieur Origami”. Je vous en parle aujourd’hui parce qu’il vient de sortir en version poche. Lire la suite

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Animalement vôtre

Voilà un livre qui mérite d’être lu. Et à mon avis ce livre pense en son for intérieur qu’il mérite d’être ingurgité, pensé, médité. Je l’ai présenté à notre dernier club de lecture, et bien que je fus la seule à l’avoir lu nous avons passé des dizaines de minutes à en parler. Parce que le sujet et l’histoire, basés sur des faits réels nous heurtent, ne peuvent nous laisser indifférents. Or ce livre a fait bien peu parler de lui lors de sa sortie en français. C’est probablement parce que la quatrième de couverture, les critiques et lecteurs n’en disent pas assez. Et pour ma part, pour une fois, je vais “divulgâcher” l’élément central que l’auteur nous révèle vers la cinquantième page. Je le fais parce que je pense que c’est nécessaire ; parce que je pense que vous méritez de savoir pourquoi il faut lire ce livre ! Que ceux qui ne veulent pas savoir ne poursuivent pas la lecture de cet article… Lire la suite

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Le conditionnement, pourquoi comment ?

J’ai envie de vous parler d’une installation artistique. Je sais que vous n’allez pas prendre un billet d’avion et venir à Dubaï pour la voir. Et ce n’est pas nécessaire de le faire. Mais puisque je suis ici à Dubaï, que j’ai vu, expérimenté cette installation, c’est nécessaire que je vous en parle. Je suis certaine que l’idée n’est pas neuve. Je suis certaine que l’on peut réaliser une installation de plus grande envergure et portée… Mais la question n’est pas là. La question est le sujet. Ce sujet que l’artiste a eu à coeur d’aborder, de traiter, et de mettre en oeuvre.

L’installation se nomme “Under 2018” (Sous 2018).

Autrefois on concevait des volières où un filet était fixé à une certaine hauteur. Les oiseaux ne pouvaient s’envoler au-delà de cette hauteur. Après un certain temps le filet était enlevé. Mais les oiseaux eux, étaient conditionnés : ils ne volaient plus en deçà de la hauteur qui leur avait été prescrite jusque là. Voilà la source d’inspiration de l’artiste. Son installation consiste en cela : un bloc dans lequel on entre, où un filet est installé. Hormis l’entrée à la petite baraque il n’y a pas d’ouvertures, de fenêtres. Un filet est installé, et un arbre se trouve au centre de la petite baraque. L’arbre sort la tête de la baraque, prend la lumière du dehors. Et nous, qui entrons là ne voyons que cela. Des haut-parleurs sont intégrés aux quatre murs. Et il en sort des chants d’oiseaux, des mots de quelqu’un qui parle. Lire la suite

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Bien-aimé ronchon !

Ce livre est effrayant de simplicité. Il a un air de déjà vu, il a aussi un quelque chose de “dépassé” et en cela il est attachant parce que le désuet qu’il dépeint nous manquerait presque ! Parce qu’on me l’avait conseillé je l’ai lu jusqu’au bout et je n’ai pas été étonnée qu’il me tire des larmes par moments, qu’il me fasse rire et sourire aussi à sa guise. Alors si vous avez envie de lire un livre comme on n’en lit plus, optez pour celui-là, et si vous avez envie de côtoyer des personnages comme l’on n’en rencontre plus à tous les coins de rue, aussi.

Le personnage principal est un homme taciturne et bougon. Il est râleur et critique de toutes les choses de la modernité courante. Il habite une maison qu’il a construite de ses mains, dans un lotissement résidentiel et peu peuplé. Il est seul. Il a perdu sa femme. Son monde le quitte et il n’a qu’une envie c’est de le quitter aussi. Mais les uns après les autres les “contre-temps’ vont l’en empêcher, à commencer par ses nouveaux voisins qui emménagent en démolissant son parterre de fleurs dans lequel il n’y a plus de fleurs ! Surgissent petit à petit les autres voisins, ceux avec qui il était fâché, ceux qu’il ne voyait plus, ne considérait, ne remarquait plus. Et tout ce petit monde qui le dérange va le garder en vie malgré lui et lui offrir même une nouvelle vie. Lire la suite

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Proverbiale Histoire…

Il y a quelque temps je vous avais parlé de José Eduardo Agualusa et de son dernier livre, “Théorie générale de l’oubli”, que j’avais trouvé remarquable. Depuis j’attendais avidement qu’il en publie un autre. Tout à fait par hasard je suis tombée sur son dernier écrit que je me suis empressé de lire. Et ô comme j’ai aimé ce livre. Il est différent du précédent. Le ton de la narration,  la saveur autrement historique, la temporalité et la structure sont différents. Mais la beauté du dire, le talent de conteur de l’écrivain, la profondeur du message véhiculé font que l’on retrouve bien cette plume fabuleuse. Nous sommes encore une fois en Angola, toujours frappé d’événements historiques. Là-bas nous étions plongés dans la guerre civile, ici l’on remonte aux sources, et l’on navigue dans les confins des seizième et dix-septième siècles. Le personnage principal est toujours une femme. Mais là-bas nous étions aux côtés d’une portugaise livrée à elle-même dans un territoire hostile, ici nous sommes en présence d’une grande reine, Ginga, qui de sa poigne de fer ridiculise tous les hommes de la planète ! Et cette fois le narrateur est un prêtre. Un homme bon, inconscient de sa bonté ! Le picaresque laisse la place au quasi-légendaire. Et toujours, les hommes sont de bien petites choses, tourneboulés dans les courants historiques, imbibés de leurs singularités, viles et touchantes, admirables et discutables ! Lire la suite

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Finalistes du Prix Man Booker International 2018

L’organisation du Man Booker International vient de faire l’annonce, à l’instant, des finalistes 2018 que voici :

Parmi les écrivains français Virginie Despentes a été retenue dans cette deuxième sélection pour Vernon Subutex 1 (éditions Grasset). L’écrivaine coréenne Han Kang (éditions le serpent à plumes) et l’écrivain hongrois László Krasznahorkai (éditions Cambourakis), tous deux lauréats de ce prix dans le passé font également partie des finalistes.  Signalons que “Frankenstein à Bagdad” de l’écrivain irakien Ahmed Saadawi (Piranha éditions) avait remporté le Grand Prix de l’Imaginaire 2017 en France, et le dernier roman d’Antonio Muñoz Molina, “Comme l’ombre qui s’en va” (éditions du Seuil), est disponible dans sa traduction française.

Pour plus de détails sur l’ensemble des finalistes ainsi que des nominés dans la première sélection je vous invite à consulter l’article dans lequel je passais tous les écrivains et leurs romans en revue.

Nous connaîtrons le nom des lauréats (écrivain et traducteur) le 22 mai prochain ! Lire la suite

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Club de lecture du 23 mars 2018

Nos clubs de lecture deviennent de plus en plus festifs et embrassent aussi de plus en plus d’amoureux de livres. Nous nous en réjouissons, et sommes heureux de nous laisser surprendre et enchanter par les partages et interventions de nouveaux venus tout autant que des habitués de longue date…

Après ce moment convivial de retrouvailles autour d’un thé Yassi a ouvert la séance à l’accoutumée avec l’actualité littéraire tout en rappelant qu’elle avait mis en ligne le discours Nobel de Kazuo Ishiguro traduit en français et lu par elle. Elle était ravie d’apprendre que plusieurs personnes l’avaient écouté et apprécié. Mais elle était moins enclin à accepter que ce fût parce que sa voix est accueillante, l’important était le texte maintenait-elle !

L’actualité littéraire fut ouverte sur la nomination de Patrick Grainville au fauteuil numéro 9 de l’Académie Française. Yassi nous disait avoir été enchantée par une émission où elle l’avait entendu s’entretenir avec Augustin Trapenard. Entretien dont elle avait extrait la citation qu’elle nous a lue :

Quand j’étais jeune adolescent j’ai traversé, comme beaucoup, une crise de manque, de vide, de solitude avec la première prise de conscience de l’absurdité de la vie. Ce sont les mots qui m’ont secouru, fortifié, ouvert des horizons de rêve, de liberté, de rébellion. La lecture m’a arraché au quotidien morne du lycée. Les mots étaient nourriciers. Je les apprenais avec avidité, gourmandise. J’adorais le vocabulaire que je considérais commune une tribu vivante, incarnée, qui peuplait mon imagination. Je n’étais plus seul. J’avais un vaste pays luxuriant de mots.

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L’étendue de la mémoire

Un jour j’ai lu “Sarinagara” de Philippe Forest. Depuis ce jour je lis tous les livres de Philippe Forest. S’il écrit un livre, s’il le publie, je l’achète, je le lis, je le garde… Ses livres sont particuliers. Son oeuvre est cohérente. Il la construit patiemment, progressivement et bien entendu la base est solide. L’écriture est belle et ce sont des récits qui ont des couches successives, de multiples degrés de perception si l’on préfère. Celui-ci pourtant m’a laissé une saveur différente des autres : il m’a énervé au début, au lieu de me charmer dès les premières lignes de la première page. Et puis il m’a agrippé, et pour finir il m’a fait rire ! J’ai trouvé l’auteur un peu coquasse voire même loquace par moments. La profondeur est toujours là, et l’insensé aussi mais rien n’est absurde et c’est pour cela que Philippe Forest sort du rang : il valorise la vie. Lire la suite

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Couleurs et portiques

L’Art et la littérature ne font que reprendre peut-être des créations antérieures, des oeuvres pensées et réalisées dans le passé. Mais toute nouvelle création artistique relève malgré tout de l’origine des choses et éveille en nous mille échos, de choses vues, ressenties ou imaginées. En voyage, je me promenais l’autre jour, et longeais une des grandes avenues de Dubaï. Les trottoirs étaient larges. Les immeubles aux architectures travaillées, plus ou moins modernistes ou surréalistes, bordaient les trottoirs de cette avenue en question. Une légère brise soufflait. Et j’ai été traversée par un ressenti singulier : une chevelure souple et multiple, dotée de couleurs douces, fraîches, dégradées, parfois sombres, parfois vives, dansait au vent. Je suis rentrée en résonance avec ce quelque chose que je n’avais pas encore bien regardé.

Et ma soeur m’a expliqué : il s’agit d’une installation d’art, réalisée récemment par une artiste venue d’ailleurs. Ces portiques de couleurs diverses et variées, pleines de légèreté et de douceur nous ont fait penser à The Gates, installation de Christo et Jeanne-Claude réalisée en 2005 à New York, dans Central Park. Y avait-il un lien entre les deux ? L’un avait-il inspiré l’autre ?

Alors nous nous sommes renseignées. Il s’avère que c’est une artiste et architecte française qui a réalisé cette installation. Elle s’appelle Emmanuelle Moureaux et elle vit au Japon depuis 1995. Déjà je comprenais mieux que cette oeuvre m’ait ainsi touchée. Moi qui ne suis jamais allée au Japon, j’ai tant du Japon dans ma vie, au quotidien… à commencer par le thé ! Mais j’étais loin de me douter de toutes les thématiques enchanteresses que j’allais approcher.

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Le Taïwan de retour au Man Booker International 2018 !

Je vous avais parlé cette semaine de la polémique autour de la nationalité / pays d’appartenance d’un des nominés au Man Booker Prize International 2018 (https://www.kimamori.fr/prix/polemiques-man-booker-2018/). Eh bien, voilà que l’issue est finalement heureuse.

L’organisation du Man Booker, après avoir fléchi face aux pressions de l’Ambassade de Chine à Londres, et accepté de modifier la mention du pays d’origine de l’écrivain Wu Ming-Yi (pour qualifier le Taiwan non pascomme un pays mais comme une province de Chine) a fait retour en arrière. Désormais, et de nouveau, Wu Ming-Yi apparaîtra dans la liste des nominés comme un écrivain taïwanais. Lire la suite

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