La gondole des ténèbres, de Robert de Laroche

« Tout le monde, à Venise, était loin de partager ce mauvais sort face aux rigueurs de l'hiver. En ce début d'année 1742, la noblesse locale continuait à danser sur un volcan, dans une irrésistible frénésie de plaisirs. Toute l'Europe se trouvait attirée dans la cité lagunaire, puissant aimant, dont les deux bras se nommaient jeu et luxure. »

Robert de Laroche a été journaliste, producteur et animateur pour la radio et la télévision, tout en se consacrant à ses activités d'éditeur et d'écrivain. Il a déjà fait paraître deux premiers volumes dans sa série policière prenant pour décor la Venise du XVIIIème siècle. Paraît en poche La gondole des ténèbres, le troisième titre de cette série construite autour des enquêtes de Flavio Foscarini, détective improvisé, accompagné de ses amis et de son épouse qui fréquentent tous la haute société.

Le roman s'ouvre sur une nuit du mois de février où le carnaval bat son plein. Carnaval qui à l'époque durait six mois d'affilée. Une gondole mystérieuse s'approche d'un palais illuminé et le lecteur pressent déjà la noirceur de l'homme qui s'y trouve. Très vite une femme du grand monde va être portée disparue. Le chef de police de Venise étant réputé pour être particulièrement incompétent Flavio et ses amis, tous raffinés et érudits, vont être priés de mener leur enquête en parallèle, et secrètement, car les disparitions s'accumulent, des oeuvres d'art fétiches d'églises remarquables vont être monstrueusement saccagées et très vite l'atmosphère joyeuse de Venise s'en trouve affectée.

Nous sommes ici plongés dans la confrontation du Beau, du Bien d'un côté et du grand Mal de l'autre. Tout comme d'un côté nous avons de très grandes fastes, le luxe et le libertinage et de l'autre la misère, la pauvreté, tout cela dans ce petit enceinte légendaire qui se nomme Venise. Le visage du Mal se fera glaçant, dépravé, sans limites.

Orla magie du roman réside dans son art de mettre les projecteurs sur le personnage principal qu n'est autre que Venise, à une certaine époque. Les descriptions rendent grâce à chaque lieu, à chaque monument et détour du canal. Ils font apparaître l'ombre et la lumière avec force et distinction. Sans compter les enquêteurs si joliment incarnés et qui accueillent une part de magie et de voyance notamment en la personne de l'épouse de Flavio, personnage haut en couleur.

Tout est ici affaire de mœurs. Tout est affaire d'Art et d'artistes. Le lecteur tourne les pages avidement, s'ébahit ou se découvre horrifié. Le mystère reste entier jusqu'aux derniers chapitres et soulage le lecteur arrivé au point final. Délice de lecture pour ceux qui ne craignent pas de se confronter au visage humain sous le sceau du grand Mal, toujours ponctué de moments de douceur et d'humour. L'on pourra se demander aussi s'il n'y a pas un parallèle à faire avec l'actualité de notre monde où l'écart se creuse entre la très grande richesse et le dénuement se généralisant à l'autre extrême.

 

LA GONDOLE DES TÉNÈBRES
Robert de Laroche
éd. folio policier, 2025

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

Leave a Comment