Mimi en bois, d’Adèle Fugère

« J'ai posé mon sac à dos à côté de la huche à pain. Je me suis approché de mémé. J'ai senti son parfum. Un truc frais, citronné. Le flacon est sur la tablette, en dessous du miroir, dans la salle d'eau au premier étage, juste à côté du bocal à cotons. Je le sais parce que je lui en pique parfois. Du parfum. Surtout quand je sais que je vais voir Sarah. Je veux sentir bon.
Mais là je n'ai pas très envie d'en parler. »

Mimi en bois, le deuxième roman de la journaliste, dessinatrice et autrice Adèle Fugère paraît en cette rentrée d'hiver et ne pourra que ravir les lecteurs. Tendre, drôle, s'intéressant à l'essentiel, le livre est un plaisir de lecture absolu. Une situation simple - ordinaire et tragique - se transforme, par la grâce de l'écriture, en bouquet de douceur qui invite à porter le regard à l'endroit juste, et non pas à côté comme tout un chacun pourrait être tenté de le faire.

Le roman s'ouvre sur le décès d'une grand-mère : Mémé. Le grand-père, Pépé, sous le choc de ce départ inattendu se perd à lui-même, se désintéresse de la vie et se retrouve très vite alité à l'hôpital. Mais alors son petit-fils va avoir une idée grandiose et pour le moins surprenante. Le lecteur suivra le déroulement de la situation, pourra apprécier ou jauger, incrédule, les effets de la solution miraculeuse imaginée par le petit-fils, encore un enfant.

La beauté du récit est dans le regard : car l'histoire est narrée par la voix de l'enfant, vécue au travers de son prisme, de ses émotions et actions. Un regard d'enfant naturellement ne se trompe pas, mais son analyse, le fruit de ses réflexions sont-ils adaptés au monde des adultes ? Quant à ses émotions, qui donc peut les percevoir et les gérer en retour...

Le décor de l'histoire, le lieu où tout cela se déroule, participe au charme du récit. Nous ne sommes dans dans une grande ville, la vie de village, pour le meilleur et pour le pire jouera sa part dans cette situation délicate.

Nous n'en dirons pas plus ici sur le titre qui embrasse la magie et la faille incorporées dans l'histoire. En revanche on pourra dire quelques mots de la phrase, de la saveur de la parole portée. Le phrasé ressemble à des vers, le texte a un souffle poétique enfantin. Ainsi une cohérence globale est assurée entre la forme et le fond.

Très joli roman, Mimi en bois est une belle découverte de la rentrée d'hiver et nous vous invitons également à jeter un œil sur le travail de dessinatrice d'Adèle Fugère, écrivaine à suivre.

MIMI EN BOIS
Adèle Fugère
éd. Buchet-Chastel, 2026

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

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