Les fils d’Otmar, de Peter Buwalda

« Pour résumer, on doit être prêt à faire du mal en échange de la vérité. Personnellement, ça ne me gène pas de frapper dur et de tacler l'adversaire. Alors sincèrement, j'aimerais savoir si toi, et là, il avait pointé vers elle sa queue de billard, quand il le faut, tu es capable de te montrer...
- Brutale ?
- Méchante. »

Peter Buwalda est un écrivain néerlandais, précédemment journaliste et rédacteur dans le monde éditorial. Son premier roman, Bonita Avenue, paru en 2013 lui a valu immédiatement une renommée internationale et a été lauréat de nombreux prix littéraires. Il nous revient en ce début d'année 2026 avec Les fils d'Otmar, projet ambitieux dont le deuxième tome vient de paraître en néerlandais. Le roman s'intéresse à l'industrie de l'or noir - le pétrole - et nous porte au plus près de personnages drôles, romanesques et toujours surprenants. Lecture haletante, empruntant des chemins littéraires maîtrisés et audacieux, Les fils d'Otmar se dévore et éveille le désir d'avoir très vite la suite en main.

Le roman s'ouvre sur une lente et patiente introduction du personnage principal, ou présumé principal, Ludwig Smit appelé autrefois Dolf (avant le deuxième mariage de sa mère et son adoption par Otmar, son beau-père, pour éviter toute confusion avec le fils aîné d'Otmar, déjà un pianiste connu, qui s'appelle Dolf). Nous lisons et découvrons simultanément et progressivement son enfance, ses années estudiantines, sa rencontre avec son épouse Juliette, son amour pour Noa, la fille de Juliette. Tout cela entretissé avec les scènes du présent et suivrons son périple sur l'île de Sakhaline. Ludwig travaille avec les pétroliers et doit rencontrer Monsieur Tromp qui est à la tête de Shell Sakhaline. Son déplacement professionnel qui ne devait durer que peu de temps va s'éterniser en raison d'une tempête de neige redoutable, et il retrouve alors sa colocataire du temps de ses études, Isabelle, femme sur laquelle il avait tant et tant fantasmé.

Journaliste et reporter féroce, cette jeune femme originaire d'Asie, fille adoptive et rebelle a son propre agenda : elle-même se trouve à Sakhaline pour rencontrer Tromp. Les scènes du passé et du présent s'entrelacent de même pour nous faire connaître cette Isabelle, ambitieuse et idéaliste, prête à tout pour parvenir à ses fins. Le roman s'est mis en action. Il nous intriguera, nous horrifiera franchement dans certaines séquences et brossera une image du pouvoir, de la domination, des règles du jeu illicites et souvent crapuleuses.

Les personnages sont tant des anti-héros que des figures pitoyables par moments. Toujours décalés, toujours à se trouver là où on ne les attendait pas, ils finissent par nous ravir. Et nous n'avons rien dit encore de l'entourage familial, haut en couleur, exquis, car s'ils n'existaient pas il faudrait les inventer … chose que Peter Buwalda a fait pour nous !

Posés dans un univers impitoyable, nos personnages se débattent avec leurs fragilités, leurs secrets, et brillent par leur malice. Qu'adviendra-t-il de tout ce petit monde foutraque ? La suite nous le dira, il ne reste qu'à espérer que la traduction française du deuxième volume paraisse bientôt.

On pourra dire un mot du déroulement des chapitres : le livre s'ouvre sur le chapitre 111 et se clôt sur le chapitre 75 en se déroulant par ordre décroissant. Plongé tout à la fois dans un Dallas (série télévisée) des années 80 et chez un Tromp contemporain, le lecteur est à chaque pas ahuri, ému ou à rire aux larmes en se remémorant les vieux Woody Allen. Formidable travail littéraire, effrayant de vérité risible et désolante, Les fils d'Otmar est une réussite, et infailliblement d'une cohérence parfaite. Alors oui, vivement la suite.

LES FILS D'OTMAR
(Otmars zonen)
Peter Buwalda
Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Emmanuelle Tardif

éd. Actes Sud, 2026 (v.o. 2019)

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

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