Notre premier club de lecture – à distance !

Habituellement j'anime des clubs de lecture dans les bibliothèques et médiathèques. Confinement oblige, aucune réunion ne pouvait avoir lieu depuis un mois déjà. Mais alors, toute situation extra-ordinaire offre sa solution extra-ordinaire ! Et nous nous sommes réunis en ce samedi 18 avril 2020, pour la première fois, à distance. La technologie le permet. Et les lecteurs passionnés, les participants de mes clubs de lecture, désirent un espace de vie sociale cependant que nous sommes isolés les uns des autres.
J'aimerais préciser qu'aucune des personnes présentes n'était particulièrement experte dans les domaines de la technologie. La connexion n'est pas bien difficile en visioconférence, et le cas échéant, un simple appel téléphonique permet de se joindre au groupe...

N'ayant pas le bénéfice du contact physique avec les autres, nous avons gagné le bénéfice de l'ouverture géographique. Car, nous comptions parmi nous des résidents de plusieurs villes et communes de la Corse, mais également des habitants du Beaujolais, de Montbéliard, de Lille, de Paris... et des États-Unis !

Et ce n'est pas tout !
Nous avons eu le grand bonheur de compter parmi nous Jean-Michel Neri, l'auteur d'un des deux romans que Kimamori partage chaque jour avec ses lecteurs sous forme audio : La peau de l'Olivier. Lui-même se situe dans une autre ville et commune de la Corse. Aurait-il pu se joindre à nous si nous avions été réunis dans nos lieux habituels ?... Ce n'est pas sûr. Et quelle magie nous aurait manquée alors. Oui, l'écrivain a éclairé nos lanternes, nous a émerveillé et nous a enveloppé de cette sincère générosité qui le caractérise...

Notez d'ores et déjà que cette aventure va perdurer. La date du prochain club de lecture - à distance - vous sera communiquée bientôt.

Citation du jour

Tant bien que mal nous avons maintenu le déroulement habituel de nos clubs de lecture. À ceci près que nous avons attendu que tout le monde soit à bord, avant de démarrer. Parmi les 26 participants, certains ont rejoint la réunion par téléphone, d'autres par visioconférence. Nous étions ensemble... nous pouvions commencer.

Comme souvent j'ai ouvert la discussion sous l'égide d'une citation, vouée à inspirer nos échanges et lui apposer sa sagesse littéraire. Ce fut en ce samedi 18 avril, quelques mots de Carlo Rovelli, extraits de son livre L'ordre du temps.

« Penser le monde comme un ensemble d'événements, de processus, est le mode qui nous permet de mieux le saisir, le comprendre, le décrire. C'est l'unique mode compatible avec la relativité. Le monde n'est pas un ensemble de choses, c'est un ensemble d'événements.

La différence entre les choses et les événements, c'est que les choses perdurent dans le temps. Les événements ont une durée limitée. Le prototype d'une chose est une pierre : nous pouvons nous demander où elle sera demain. Tandis qu'un baiser est un événement. Se demander où se trouvera le baiser n'a pas de sens. Le monde est fait de réseaux de baisers, pas de pierres. »

Ce moment que nous avions à partager ensemble s'inscrivait dans cette explication tant scientifique que métaphysique. Cette réunion était un événement, au sein d'un autre événement, et tel un baiser il se vivrait et resterait ancré en nous, par la grâce de la mémoire... du cœur.

Actualité littéraire

Je ne souhaitais pas m'étendre sur une actualité littéraire, alors j'ai proposé une seule pensée : un hommage à Luis Sepulveda. Il nous avait quitté la veille de notre réunion. Aussi, nous avons écouté sa voix, quelques mots où il nous disait qu'avant d'être un écrivain et de s'évertuer à faire un bon travail littéraire, il fallait commencer par être Homme et s'inscrire dans la dignité et le don de soi civique.

Rappelons que l'écrivain chilien Luis Sepulveda a eu une vie riche et active. Il a tant été militant lors du coup d'état de Pinochet, et fait de la prison, que navigué dans le monde, dont par exemple de longs séjours au sein de tribus Shuars en Amazonie...
J'avais prévu de partager quelques mots de son livre Le vieux qui lisait des romans d'amour. Mais je n'en ai pas eu le temps, alors voici cette citation, en clin d’œil aux mots de Carlo Rovelli !

« Après avoir mangé des crabes délicieux, le vieux nettoya méticuleusement son dentier et le rangea dans son mouchoir. Après quoi il débarrassa la table, jeta les restes par la fenêtre, ouvrit une bouteille de Frontera et choisit un roman.
La pluie qui l'entourait de toutes parts lui ménageait une intimité sans pareille.
Le roman commençait bien.
"Paul lui donna un baiser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisait semblant de regarder ailleurs et que la gondole, garnie de coussins moelleux, glissait paisiblement sur les canaux vénitiens."
Il lut la phrase à voix haute et plusieurs fois.
- Qu'est-ce que ça peut bien être des gondoles ?
Ça glissait sur des canaux. Il devait s'agir de barques ou de pirogues. Quant à Paul, il était clair que ce n'était pas un individu recommandable, puisqu'il donnait un "baiser ardent" à la jeune fille en présence d'un ami, complice de surcroît.
Le début lui plaisait. (...)
Restait le baiser - quoi déjà - "ardent". Comment est-ce qu'on pouvait faire ça ? »

Romans Audio quotidien

Nous avons parlé alors des deux romans (audio) que nous lisons actuellement, ensemble, envoyés par le Journal Audio quotidien de Kimamori :

Yassi a commencé par remercier Jean-Michel Neri de sa présence, et a rappelé que l'écrivain avait autorisé Yassi à lire et partager en audio son roman : en écoute libre et gratuite. Parce que le confinement... parce que la générosité naturelle de l'auteur.

Nombre de questions ont été posées à l'écrivain. Et nous avons dès lors partagé nos ressentis à la lecture des premiers chapitres de La peau de l'Olivier. Jean-Michel Neri, de son côté, a patiemment répondu sur tous les points abordés par les uns et les autres.

Était-ce le hasard qui s'en était mêlé, ce fameux petit génie qui fait si bien les choses... toujours est-il que toutes les personnes présentes étaient sensibles à la nature, et certaines particulièrement proches des arbres, voire très précisément de l'olivier.

Il serait impossible ici de restituer tous les propos de l'écrivain. Mais si nous avons été si charmés, si absolument conquis par ses mots et sa pensée, c'est probablement parce qu'en employant le vocabulaire propre au végétal, en nous éclairant sur telle ou telle question qu'il maîtrise parce qu'il est élagueur de métier, un deuxième degré de sens, plus profond encore, se dégageait de ses dires. L’élévation, la rencontre avec une force végétale, l'échelle du temps rapportée à un arbre multi-millénaire décrits par lui... nous élevaient à notre tour, nous transportaient ailleurs dans un espace temps indicible et essentiel.

L'assemblée était harmonieuse. Tous avaient à cœur de prêter plus d'étoffe à la vie, tant végétale qu'élémentaire et humaine.

Et puis bien-sûr, nous avons parlé du Comte de Monte-Cristo qui tient en haleine plus d'un parmi nous. Allez-vous le lire jusqu'au bout, m'a-t-on demandé ?! 
Le texte est long, le confinement le sera moins. Alors la réponse dépend des attentes des lecteurs. À vous de me dire... Mais quoi qu'il en soit, j'espère faire intervenir un spécialiste de Dumas et du Comte de Monte-Cristo à une prochaine réunion club de lecture à distance. Nous nous concentrerons alors davantage sur ce grand classique, si juste, si riche, si parfait.

Nous avons également parlé d'autres documents audio partagés dans le Journal de Kimamori, dont le conte L'artiste est une drôle de bête.

Lecture à voix haute

Et puis une question tout à fait inattendue nous est arrivée de Lille. Yassi, peux-tu nous en dire un peu plus sur les coulisses de ton travail de lecture audio...

Nous avions la chance d'avoir parmi nous la lectrice professionnelle et néanmoins passionnée Sylvie Duchêne parmi nous. Elle avait offert aux lecteurs de Kimamori, plus tôt dans le mois, un poème de Rimbaud lu par elle.

Un texte lu aujourd'hui ne sera pas le même, lu demain, nous expliquait-elle. Et elle a partagé avec nous sa passion, les émotions vécues avec la lecture à haute voix.

Plusieurs participantes du club de lecture sont, ou avaient été, enseignantes. Alors elles ont partagé aussi avec nous leurs expériences de lecture à voix haute.

Nous maintiendrons cette rubrique dans les clubs de lecture - à distance - à venir. Et Yassi souhaiterait vivement pouvoir compter sur la présence de ceux et celles qui auront bien voulu partager des textes en lecture audio dans le Journal quotidien de Kimamori.

D'ailleurs le couple d'artistes Brigitte et Jean-Louis Nezan, qui habite dans la région des pierres dorées, était présent parmi nous.
Elle est peintre, il est poète.
Nous allons avoir la chance, très bientôt, de connaître leurs créations magnifiques...

Partage de nos lectures

Nous avions prévu de parler de quatre livres supplémentaires. Les participants du club de lecture avaient préparé leur présentation ; chacun s'étant proposé pour nous faire une recommandation.

Or, nous avions pris du retard en début de séance, ayant à cœur d'attendre l'arrivée des uns et des autres pour cette première à distance. Nous avons choisi de terminer notre session avec un petit quart d'heure de retard, et de nous limiter à une seule recommandation.

Florence nous a présenté L'art de perdre d'Alice Zeniter. Avec concision comme elle sait faire, elle nous a transmis l'essentiel. Elle nous recommandait cette lecture.
Eh oui, le Prix Goncourt des Lycéens est un de ces rares prix toujours fiables. Et d'ailleurs, Doume, Yvette et Anna l'avaient lu... et adoré. Toutes nous conseillaient de le lire. Nous n'en serions pas déçus nous assuraient-elles.
Et puis - comme depuis le début de notre rencontre - nous sommes revenus à Jean-Michel Neri, à ses mots, à son vocabulaire du végétal. Alors les unes et les autres ont parlé du livre d'Alice Zeniter en parlant de racines et de transmission, deux essentiels qui donnent à la vie un long cours et une jolie continuité fondamentale.

Références, listes et liens :

Livres évoqués

Voici les références des livres qui ont été évoqués dans le flot des discussions :

  • L'ordre du temps de Carlo Rovelli (vous aurez bientôt une chronique Kimamori sur ce livre),
  • L'art de perdre d'Alice Zeniter

Jean-Michel Neri, a évoqué à plusieurs reprises La pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa.

Doume, en parlant de son expérience de lecture à voix haute a cité le roman Monsieur Ibrahim et le fleurs du Coran d'Eric Emmanuel Schmitt.

Liens émissions radiophoniques

Vous pourrez écouter les émissions radiophoniques suivants en référence à nos échanges :

- Hommage à Luis Sepulveda, dont nous avons écouté les premières minutes en cliquant ici.
- Entretien avec Carlo Rovelli, auteur de L'ordre du temps en cliquant ici.

Références illustrations présentées

La peinture apparaissant dans l'encart club de lecture, en en-tête de cette page, est l'oeuvre d'Isabelle Plante.

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

Comments

  1. Merci, Yassi, pour ce compte rendu.
    J’aime particulièrement le rapprochement entre les racines de l’olivier et les racines humaines si présentes dans “l’art de perdre” que j’ai lu rėcemment.

    Dans la peau de l’olivier est une superbe découverte, grâce à toi…rencontrée chez ma cousine Maïe à Alzu di Galina en septembre dernier . J’ai partagé la semaine dernière cette dėcouverte avec un ami quėbécois…merci au confinement !

    Sylvie. Paris 13

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