Les couleurs et portiques d’Emmanuelle Moureaux

L'Art et la littérature ne font que reprendre peut-être des créations antérieures, des oeuvres pensées et réalisées dans le passé. Mais toute nouvelle création artistique relève malgré tout de l'origine des choses et éveille en nous mille échos, de choses vues, ressenties ou imaginées. En voyage, je me promenais l'autre jour, et longeais une des grandes avenues de Dubaï. Les trottoirs étaient larges. Les immeubles aux architectures travaillées, plus ou moins modernistes ou surréalistes, bordaient les trottoirs de cette avenue en question. Une légère brise soufflait.

Et j'ai été traversée par un ressenti singulier : une chevelure souple et multiple, dotée de couleurs douces, fraîches, dégradées, parfois sombres, parfois vives, dansait au vent. Je suis rentrée en résonance avec ce quelque chose que je n'avais pas encore bien regardé. Et ma sœur m'a expliqué : il s'agit d'une installation d'art, réalisée récemment par une artiste venue d'ailleurs. Ces portiques de couleurs diverses et variées, pleines de légèreté et de douceur nous ont fait penser à The Gates, installation de Christo et Jeanne-Claude réalisée en 2005 à New York, dans Central Park. Y avait-il un lien entre les deux ? L'un avait-il inspiré l'autre ?

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Emmanuelle Moureaux est arrivée au Japon en tant qu'étudiante en architecture. Elle en est repartie émue, à jamais touchée par les couleurs, qui dès lors étaient intrinsèquement liées à ce pays pour elle. Elle est revenue vivre au Japon et surtout elle a intégré la notion et la présence des couleurs dans toutes ses créations depuis. En voici quelques exemples :

Mais malgré tout je m'interroge.

Y a-t-il aussi un lien avec les portiques zen et shintoïstes du Japon.

Ces "portes" relient l'ici-bas et l'au-delà, le monde visible et celui invisible.

On les appelle Torii.

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J'ai parlé au début de cet article de l'oeuvre du couple Christo à laquelle l'installation d'Emmanuelle Moureaux m'avait fait penser. Ce projet de The Gates remonte à 1979, mais c'est seulement en 2005 que ce couple d'artiste a pu effectivement y donner vie en grandeur nature. Dans le cas des Gates il s'agissait, entre bien d'autres choses, de relier les habitants de New York par la voie de ces portiques, et de faire se rencontrer les new-yorkais de tous quartiers. Eh oui, aussi dissemblables soient-ils, ils ont en commun d'offrir un accès à ce grand espace vert central, le Central Park.

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J'y étais en 2005, de passage à New York ; et aujourd'hui je suis ici à Dubaï, de passage toujours...

Le passé et le présent se trouvent reliés. Et je hume le "franchissement de seuil", la transformation qui me transperce quand je marche sous ces franges de tissus de 100 couleurs. Cette histoire aura-t-elle une suite ; en comprendrais-je le sens un jour ? Peu importe. L'essentiel est cet instant qui m'émeut...

Dans toutes ses réalisations Emmanuelle Moureaux emploie les cent couleurs. Toutes ces teintes de couleurs s'épousent pour nous émerveiller, et nous transporter. Quel que soit la ville, le pays où les "100 Colors" voyagent, la couleur est invitée à venir y faire un tour et le cœur des habitants du lieu s'en trouve touché, consciemment ou pas !

Buenos Aires, notamment, l'a vécu, avant Dubaï... n'est-ce pas magique ? Moi qui vis en Corse, je me trouve reliée à cette artiste résidant au Japon mais aussi aux habitants de la capitale Argentine.

Voilà. J'ai aimé. J'ai été touchée. J'ai voyagé et cela grâce à l'art, grâce à l'inspiration qui se renouvelle depuis la nuit des temps.

Et si vous avez la possibilité de côtoyer l'oeuvre d'Emmanuelle Moureaux, un jour, quelque part, n'hésitez pas. Ce jour-là je penserai à vous, par delà le temps et l'espace qui nous sépareraient.

En attendant je vous invite à vous rendre sur le site de cette architecte française résidant au Japon, et probablement comme moi vous ne saurez pas où donner de la tête tant tous les projets et réalisations qui y sont présentés s'avèrent enchanteurs !

Les photos de "100 Colors" (Dubaï) empruntées à l'article du journal The National sont de Pawan Singh.

Les photos de "The Gates" empruntées au site du couple d'artiste Christo sont de Wolfgang Volz.

La première photo en tête de cet article a été prise à Tokyo, installation 100 Couleurs d'Emmanuelle Moureaux au parc Shinjuku.