L’Envolée, de Eva Riley

Scénariste et réalisatrice écossaise, Eva Riley a 34 ans et vit à Brighton. Diplômée de la National Film and Television School en 2015, son court-métrage de fin d’étude PATRIOT est sélectionné en compétition au Festival de Cannes.

L'Envolée commence par une vue de l’intérieur d’un gymnase. Leigh, 14 ans, jeune gymnaste talentueuse, pendue par les pieds à la barre fixe, regarde ses coéquipières à l’envers et vaguement dans le flou. En même temps que cette manière de voir lui rend ces personnages sans doute plus supportables, nous déduirons son malaise ou mal-être à les voir à l’endroit.
De plus, comme la gymnastique artistique permet de beaux rapprochements allégoriques sur la légèreté et l'harmonie, on mesure également le mal-être de Leigh à l'aune de son échec sur le tapis.

Pour son premier long métrage, Eva Riley montre d'emblée la maîtrise d'une mise en scène qui nous contraint de faire corps avec Leigh, d'entendre et de ressentir avec elle.
La réalité vue à l'endroit est dure pour Leigh : mère décédée, père aimant mais erratique et "paumé", elle souffre du regard des autres. Parce qu'elle est plus petite et moins élégante dans son justaucorps, parce qu'elle est relativement pauvre, elle se sent déclassée sportivement et socialement. Mais si le film aborde la question sociale, c'est en l'effleurant. Dans l'Envolée pas de misérabilisme à la Ken Loach, pas de ciels gris, de violence capitaliste, de "no future". Les faubourgs de Brighton où se passe l'action sont, au contraire, baignés d'une belle lumière, parfois rasante, qui donne aux personnages une certaine aura photogénique.

Seule Gemma son entraîneuse, sorte de mère de substitution consciente de ses capacités, accorde de la confiance à Leigh et soigne, d'ailleurs comme une mère, une légère blessure qu'elle s'est faite accidentellement. Mais cette mère par défaut ne suffit pas. Il manque à Leigh le vrai regard maternel comme on le devine au détour d'une phrase. N'est-ce pas par fidélité qu'elle a poursuivi la gymnastique, comme l'aurait voulu cette mère qui regardait sa fille avec tant de fierté ?
C'est Joe, son demi-frère, qui paradoxalement va offrir à Leigh cette qualité de regard et permettre de reconstituer en quelque sorte, avec Gemma, la figure maternelle.

Mais le scénario ménage d'abord une embardée sentimentale avec l'apparition de Joe dans la vie de Leigh. C'est par ailleurs une des grandes forces de l'Envolée de nous proposer une rencontre avec deux acteurs non-professionnels parfaitement ajustés à leur personnage.

Joe, un peu plus âgé que Leigh, petit délinquant par désœuvrement et non par vocation, va provoquer en elle la naissance d'un sentiment amoureux que le scénario et la mise en scène traduisent subtilement, non sans ambiguïté, par des plans rapprochés sur une main, des regards de Leigh, des moments partagés, une course dans un champ, des confidences, des balades à moto et des virées nocturnes avec d'autres petits délinquants.

Autant de moments qui déclinent la gamme d'une variation amoureuse vécue par Leigh, passant de l'attirance amoureuse et l'amour tourment au sentiment amoureux débarrassé de toute sensualité.

Ce n'est qu'au terme de ce parcours intime, sur le tapis du gymnase, sous les regards confiants de Gemma et ceux remplis de fierté de Joe que Leigh pourra enfin s'envoler.

L’ENVOLÉE
Réalisateur : Eva Riley
Scénario : Eva Riley
Producteur : Jacob Thomas
Directeur de la photographie : Steven Cameron Ferguson
Chef monteur : Abofazl Talooni
Casting : Frankie BoxAlfie DeeganSharlene Whyte, William Ash, Billy Mogford, Nicola Wright, Emily Gibson, Leia Desseaux
Date de sortie France : juillet 2020 (v.o. 2019)
Distributeur France : Arizona Films
Film britannique
Durée : 83mn

Au cinéma Galaxy (20137) à partir du 12 août 2020.

L'auteur de cet article et chef de rubrique Cinéma du journal bimensuel et du site internet Kimamori est Thierry Dorangeon.
Il est programmateur au cinéma Galaxy (région de Porto-Vecchio en Corse 20137, Lecci) et président de l'association Cinémotion.

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