Les meilleures intentions, de Ana Garcia Blaya

Les meilleures intentions est le premier film de Ana Garcia Blaya, film entièrement autobiographique qui raconte une histoire d'éclatement familial dont le cinéma d'auteur fait depuis quelque temps son fond de commerce.
Mais ce n'est pas qu'un film de plus sur un thème déjà bien creusé, sa force vient de cette sorte de courant faible qu'il dispense tout du long, une forme de douceur dans le récit évitant le piège des moments d'hystéries, des cris, de la vaisselle cassée. Eau calme dans son récit, Les meilleures intentions dissimule sous la surface des courants de sentiments qui s’épanchent en larmes qu’on préfère cacher. Il parle d’amour sans bomber le torse.

Amanda, alter ego de la réalisatrice, est l’aînée des trois enfants de parents séparés, Gustavo et Céci. Cette séparation est effective lorsque nous faisons connaissance avec ces personnages. Les trois enfants vont d’une mère ordonnée, organisée, à un père insouciant, inconséquent. Mais ce partage se fait tout naturellement et l'on comprend que la hache de guerre a été enterrée depuis quelque temps entre les deux parents si différents. Céci reproche bien à plusieurs reprises son immaturité, son absence de fiabilité à Gustavo, celui-ci encaisse en silence comme s'il ne servait plus à rien de discuter.

Nous sommes en Argentine, pays touché par la crise, au début des années 90. Gustavo est disquaire, Céci et son nouveau compagnon ont un commerce. La routine qui s'est installée pour les enfants, partagés entre deux foyers, va être troublée lorsque Céci annonce à Gustavo qu'ils vont quitter l'Argentine pour avoir une vie meilleure.
Cette décision va engendrer une situation cornélienne pour Amanda tiraillée entre deux choix, deux parents qu'elle aime également et qui dessinent, en fin de compte, les contours d’une éducation parfaite pour leurs enfants : la culture vient du père (le rock, la BD, l’esprit libertaire), la rigueur cartésienne et la réflexion pratique de la mère. C’est pourquoi les enfants semblent si équilibrés et se sentent à l’aise dans les deux foyers.

Les Meilleures intentions est un hommage au vrai père, celui de la réalisatrice, disparu en 2015. Comme il a construit une sorte de roman familial au moyen de son caméscope dont les images clôturent chaque scène du film, Gustavo construit l'imaginaire de ses enfants. Charisme certain, dégaine négligée, humour, il fume comme un pompier et pas que des cigarettes. Accumulant les conquêtes, faisant des fêtes avec ses copains dans un appartement en parfait désordre, il mène une vie idéale au sens que Rimbaud donnait au paletot de sa Bohême.

Chaque moment de cette vie à la marge s'accompagne d'une musique pop-rock des années 90, l'appartement de Céci apparaît en comparaison comme un lieu silencieux, monacal, notamment dans cette scène de conflit, la seule du film, où Amanda pianote mélancoliquement avant de quitter la table du petit déjeuner. Mais s'il oublie certains devoirs, s'il est souvent en retard, s'il est à l'écart des autres parents lors de la fête de l'école, Gustavo est présent pour les enfants, ce dont Céci a sans doute pleinement conscience.
Pas de ressentiment entre ces deux adultes, mais une sorte d'attachement qui nous est suggéré par touches subtiles, même si la vie commune n'est plus possible, et une compréhension respective de leurs propres raisons.

Rares sont les films autobiographiques qui donnent cette impression de sincérité. Entremêlant sa propre histoire à celle du film, la réalisatrice fait d'une matière hybride un bloc d'émotion homogène.

LES MEILLEURES INTENTIONS
Réalisateur : Ana Garcia Blaya
Scénario : Ana Garcia Blaya
Producteur : Juan Pablo Miller
Directeur de la photographie : Soledad Rodriguez
Casting : Javier DrolasAmanda MinujínSebastián Arzeno, Jazmin Stuart, Juan Minujin, Ezequiel Fontenia, Carmela Minujin
Date de sortie France : juillet 2020 (v.o. 2019)
Distributeur France : Epicentre Films
Film argentin
Durée : 87mn

Au cinéma Galaxy (20137) à partir du 19 août 2020.

L'auteur de cet article et chef de rubrique Cinéma du journal bimensuel et du site internet Kimamori est Thierry Dorangeon.
Il est programmateur au cinéma Galaxy (région de Porto-Vecchio en Corse 20137, Lecci) et président de l'association Cinémotion.

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