Invraisemblable déroute

Je me suis laissé emporter et transporter par ce roman en un rien de temps ! Quelques pages tournées et l’on est dans l’impossibilité de s’en détacher. Et puis arrivent les dernières pages et nous voilà subitement expulsés de cet univers de fiction si bien inventé par l’écrivaine. La beauté de ce livre vient d’abord de l’écriture, puis par l’extraordinaire des personnages, et enfin par les mille promenades qu’il nous offre dans l’histoire de l’art mais aussi dans Séville, au coeur de la Tauromachie, ou encore dans le football. Que nous soyons dans les salles d’un musée, ici du Prado, dans les arènes de Séville ou un stade de football, c’est la même musique qui nous empoigne : la découverte, l’enchantement et l’inattendu. Notre curiosité est nourrie, notre envie d’évasion aussi, et tout cela grâce à la plume d’Agnès Mathieu-Daudé que je suivrai de près dorénavant.

Les personnages principaux sont très romanesques. Une Blanche à la vie morne, assistante du directeur d’un musée parisien d’un côté et Attilio, fils d’une famille mafieuse sicilienne de l’autre. Une femme sobre et érudite, un homme criminel et instauré dans la démesure. La vie va croiser leurs chemins et dès lors ce sera une course contre la montre, un temps de magie volé au destin. La chute est rude, naturellement. L’ensemble est parfaitement cohérent et les surprises à la hauteur d’une oeuvre de littérature.

C’est délicieux de lire l’histoire des peintures de Goya racontées par Blanche, cette femme instruite passionnée de football. C’est plus incongru de voir Attilio le mafieux s’éprendre de ce raffinement de la fière Blanche ! Et lire Madrid ou Séville mis en scène dans ce roman haletant ne peut que nous donner envie d’aller y faire un tour. Alors oui, je vous recommande ce livre où légèreté, burlesque et profondeur s’animent d’un même élan, dansant sur la feuille au rythme d’une écriture travaillée et gracieuse.

 

L’OMBRE SUR LA LUNE
Agnès Mathieu-Daudé
Editions Gallimard, 2017

Les illustrations présentées sont les oeuvres de Ayana Otake.