L’ami, de Sigrid Nunez

Son chien ; mon meilleur compagnon !

Ce roman a remporté le prestigieux prix littéraire américain National Book Award à sa sortie. J'ai été très touchée par les mots que l'écrivaine a prononcés lors de la remise du prix. Je l'ai commandé très vite, et l'ai lu, lentement ! Aujourd'hui, durant ces jours de confinement du printemps 2020 je me dis que c'aurait été une lecture bien adaptée pour cette période. Le roman raconte la rencontre, la vie et l'amitié entre une femme de lettres, solitaire, et un chien dont elle hérite suite au décès de son mentor et meilleur ami. Raconté par la voix de cette narratrice, le récit nous promène dans différents moments de vie, et bien des réflexions intérieures. Sans en avoir l'air il aborde des problématiques en vogue, mais avec profondeur.

Le roman s'ouvre sur l'annonce du décès d'un ami. La narratrice apprend que son meilleur ami, son ancien professeur d'université, son mentor, cet homme qu'autrefois elle avait aimé d'un amour de jeune fille, s'est suicidé. Elle est emportée par la douleur de cette perte. Cet ami, qu'elle voyait si régulièrement, de qui elle avait été si proche des décennies durant est parti sans la prévenir, sans qu'elle ait pu soupçonner ses intentions. Et il lui a légué son chien. C'est un dogue allemand, particulièrement grand, encore plus meurtri par la perte de son maître que ne peut l'être aucun humain. Dès lors notre narratrice accepte de le prendre chez elle au risque de se faire exproprier... les animaux domestiques étant interdits dans son immeuble. Et elle, dans sa situation précaire, comment retrouverait-elle un logement, dans cette ville où tout est inabordable ?... Et puis, précisons qu'elle ne s'est jamais particulièrement bien entendue avec les chiens !

Vous l'avez compris, le livre est drôle, et il est triste. Il est peu mouvementé mais il est agité. Il est apaisant mais jamais ennuyeux. Cette femme se remémore l'ami, et en ce faisant revisite sa vie. Puisque nous sommes dans l'univers des lettres nous sommes également au cœur d'une promenade littéraire. Et puis, les temps obligent, le MeToo étant sur le devant de la scène, tout du moins au moment de l'écriture et de la publication du livre, il y est question des amours, des femmes, et de cet homme à femmes. Cet homme qui se nourrissait de ses conquêtes, cette homme dont toutes les étudiantes étaient follement amoureuses. Cet homme qui collectionnait les épouses. Cet homme, qui, pourtant, était l'ami et qui a mis fin à sa vie lorsque ses charmes ont commencé à s'affaisser.

Nous suivons donc les aventures de cette femme, qui vit seule dans un petit appartement et qui se trouve subitement encombrée d'un très gros chien. Petit à petit malgré tout elle se rapproche de lui. Il est si malheureux, si déprimé. Mais elle ne parvient pas à trouver le moyen de lui faire retrouver un peu de gaieté. Jusqu'au jour où elle fait un peu de lecture à voix haute. Le chien aime la lecture. Il s'éveille, il reprend vie. Ces deux-là, finalement, vont bien s'entendre. Et c'est très joli à lire. Je ne vous dirais pas qu'il y a des rebondissements dans ce texte. Mais malgré tout quelque chose se déroule. Comment se sortira-t-elle de l'interdiction du syndicat des propriétaires à avoir un chien. Et comment sa vie pourrait-elle être transformée après cette aventure, grâce à la venue de ce compagnon dans sa vie.

J'ai lu le roman dans sa version originale, en anglais. Aussi je ne saurais vous dire s'il est joliment rendu en français. Mais il me semble que cette écriture, cette atmosphère, épousent bien la langue française. Et puis, tous ceux qui écrivent, qui aiment le chemin de l'écriture, prendront plaisir à se plonger dans le récit de cette femme qui écrit. L'ami était son mentor dans cette tâche. Il est resté son meilleur conseiller. Et elle, n'a jamais cessé d'écrire. Seulement maintenant, au lieu d'envoyer ses textes à l'ami, elle les lit au chien de l'ami ! Quel meilleur moyen de faire le deuil de l'être aimé...

L'AMI
(The Freind)
Sigrid Nunez
Traduit de l'anglais par Mathilde Bach

éditions Stock 2019 (v.o. 2018)
Lauréat du National Book Award 2018

Les illustrations présentées dans l'article sont les oeuvres de :
- Joan Miro, "Message d'un ami",
- Quincy Verdun.

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