Qui a tué Glenn ? de Leonie Swann

Détective mouton !

Ce roman policier très insolite est un délice que je vous recommande comme lecture estivale, ou comme évasion merveilleuse à tout autre moment de l'année. J'imagine que, comme moi, vous n'avez jamais lu un roman policier où l'enquête était menée par un troupeau de moutons qui paissent dans les vertes prairies irlandaises ! Drôle, émouvant, surprenant, Qui a tué Glenn ? peut être lu également comme une fable, intemporelle.

Le roman s'ouvre sur une curieuse scène de meurtre dans la campagne irlandaise. Un berger est allongé de tout son long dans ses près, froid et inerte, une bêche plantée dans le torse. Ce sont ses moutons qui le découvrent le premier, avant que les hommes arrivent sur le lieu du crime. Ils l'aimaient leur Glenn, le berger qui veillait sur eux attentivement et leur lisait même des livres tous les soirs. Ils décident d'investiguer afin de découvrir qui est l'assassin. S'ensuit alors une suite de scènes et d'événements pittoresques. Mais bien-sûr le monde des hommes est très présent : vu par ces brebis et béliers. Les rebondissements se succéderont et la chute sera parfaitement inattendue.

Comme dans une pièce de théâtre la première page du livre présente un par un les personnages principaux (non humains). Miss Maple est la brebis la plus intelligente, Mopple La Baleine celui qui a une mémoire d'éléphant, Othello a un passé mystérieux, Sir Ritchfield est le chef du troupeau, Melmoth est son jumeau légendaire porté disparu... Eh oui, chacune des bêtes a sa personnalité, ses forces et ses faiblesses. Ensemble ils sont invincibles bien entendu. Et nous lecteurs, ne pouvons que nous éprendre de leurs extravagances et de leur comportement moutonnesque !

Vous devez vous en douter, les êtres humains sont tout aussi présents dans le roman. On rencontre, les uns après les autres, les habitants du village. Tous semblent cacher quelque chose. Et le village, dans son ensemble a manifestement un secret bien gardé. Cruels ou absurdes, tendres ou vilains, tous sont Homme, et incompréhensibles au regard de l'agneau. Au final ce polar qui a pour décor la verdure irlandaise pourrait tout aussi bien se dérouler dans un village de n'importe quel autre région ou pays du monde. Le triste sort du berger Glenn n'est sera que plus tragique. Mais je vous disais au début de cette chronique que l'histoire s'apparente à une fable. Initiatique et formateur le roman de Leonie Swann renferme profondeur et sagesse. Il dénonce l'homme sans le dénigrer. Il loue l'agneau sans l'idéaliser. Et au final il réunit les deux grâce à un très beau personnage qui sera parachuté dans le village de façon inespérée.

Je me suis délecté de cette lecture que j'ai dévoré en bien peu de jours. Et je vous avoue avoir été bien surprise de découvrir qu'il s'agissait d'un premier roman. Il est si fluide, si joliment mené, si philosophique que l'on soupçonne une longue expérience d'écriture et de vie chez l'écrivain. Leonie Swann n'est d'ailleurs pas irlandaise. Simplement, ses voyages en Irlande ont dû la fasciner, et le journalisme n'a pas dû lui offrir le moyen d'exprimer la beauté, l'intelligence du regard qu'elle porte sur la vie, animale et humaine... pour notre plus grand bonheur !

QUI A TUE GLENN ?
Leonie Swann

Traduit de l'allemand par Frédéric Weinmann
édition poche 10/18, avril 2020 (v.o. 2005)

Les illustrations présentées dans l'article sont :
- Photographie (Irlande) de Christophe Roulland,
- Peinture de Giovanni Sottocornola.

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