« Pendant des années elle a cru qu'elle avait tout imaginé, le Maréchal et le foulard rouge des jeunes pionniers. Pourtant, elle connaissait les détails.
Ces jours ont existé, la géographie confirme l'époque. Toutes les histoires finissent sur une île, disait son père. Alma pressent que, pour elle, l'île est seulement le début. »
Federica Manzon est une journaliste, éditrice et romancière italienne. Retour à Trieste, son premier roman traduit en français et paru en cette rentrée d'hiver a remporté de prestigieux prix littéraires à sa sortie en italien, notamment le Prix Stresa et le Prix Campiello. Il nous plonge dans un univers et un passé historique peu connu : cette région de Trieste, au carrefour des mondes latin-italien, germanique-autrichien et slave-slovène forme le décor et l'âme de ce roman poignant qui continue d'accompagner le lecteur longtemps après qu'il ait terminé le livre.
Le roman s'ouvre sur le retour d'Alma, le personnage principal, dans son village natal. Journaliste à Rome, elle doit s'y rendre suite au décès de son père. Elle s'est donné trois jours pour s'en occuper, c'est-à-dire rencontrer un certain Vili qui lui remettra l'héritage en question. Elle ne peut se résoudre à s'y rendre directement et le lecteur l'accompagne dans les étapes tant géographiques qu'émotionnelles qui la mèneront à destination.
La structure narrative du roman fait succéder des scènes du passé, en remontant à l'enfance d'Alma, avec celles de son parcours aujourd'hui, en chemin vers sa terre natale. Progressivement le lecteur découvre l'histoire de cette femme ou celle de son père, figure proche des sphères politiques tout en étant un être de grande liberté. Et puis l'on connaîtra le fameux Vili, son lien à Alma et à sa famille.
La grande histoire ne cesse ici de se mêler à la petite et quand bien même le récit ne ferait apparaître aucune date ni mention d'un événement historique en précisant le lieu et les maux qui l'ont figé dans le temps, le fil de l'Histoire ne cesse d'être omniprésent. L'âme et le caractère même des personnages se tissent du fait historique, monstre qui écrase tout sur son passage.
Ce livre est sublime. Son souffle, sensible et pénétrant. Les personnages hauts en couleur sont incarnés de main de maître et leur intériorité nous envahit et nous envoûte. Le lecteur vit en son sein les conflits, les dilemmes et médite sans le réaliser les grandes questions touchant à l'identité, à l'harmonie et aux dissonances qui forment un être, plus largement l'être humain.
Retour à Trieste est une très belle découverte de cette rentrée d'hiver et Federica Manzon assurément une autrice à suivre.
RETOUR A TRIESTE
(Alma)
Federica Manzon
Traduit de l'italien par Laura Brignon
éd. Albin Michel, 2026 (v.o. 2024)
Lauréat Prix Stresa 2024
Lauréat Prix Campiello 2024
Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.


