Un coeur de pierre

Parfois il peut arriver qu’un premier roman soit d’une qualité littéraire, d’une beauté dans son style et d’une fluidité dignes des grands, très grands écrivains. Mais imaginez que le récit d’un tel premier roman revête aussi des atours borgésiens ! Eh bien, voici un exemple du prodige que je viens de décrire. C’est une étrange rencontre que nous offre de vivre Miguel Bonnefoy dans ce livre, Le voyage d’Octavio. Le récit est bref (cent vingt trois pages), l’histoire limpide et irréelle. Le tout est d’une grande poésie.

Octavio est un homme simple, analphabète mais citadin. Sa sensibilité est à la hauteur de sa simplicité, et ses vertus lui sont utiles dans le métier qu’il exerce : cambrioleur, ou plutôt membre d’une secte de voleurs à la grande délicatesse !  Il croise une femme fortunée et érudite qui entreprend de lui apprendre à lire. Et il se laisse bercer par le bonheur qu’il éprouve au contact de cette femme. Mais un jour, inévitablement, sa transparence et son travestissement devront se faire face. Le masque tombera et notre homme s’en ira. Commence alors un long voyage dans le pays, et cette fois Octavio laisse la ville loin derrière lui. A ses côtés le lecteur parcourt cette terre Vénézuélienne si peu connue. Et lentement le récit s’engagera dans des aventures sortant de l’ordinaire.

Miguel Bonnefoy2La plume de l’écrivain étire le temps et nous fait perdre toute trace de nos pas qui cheminaient avec Octavio. Il nous fait visiter l’imaginaire du pays, et sa quête peut-être…

Comme pour les écrits de Borges je suis sortie de ce livre en me disant qu’il me faudrait le relire, pour tenter de le comprendre ! Mais avec un sourire aux lèvres qui me laissait entendre que j’avais savouré ma lecture…

Je vous invite à écouter Miguel Bonnefoy présenter son tout dernier livre “Jungle” (paru en janvier 2-16) dans l’émission radiophonique “Littérature sans frontières” ici. Sa parole est une merveilleuse illustration de sa plume, enchanteresse et spirituelle, délicate et poétique, vivante et vibrante d’émotion.

Et en attendant voici un bref extrait du Voyage d’Octavio :

La traversée du torrent laissa dans le bois de son coeur une marque inexplicable. Il ne voulut plus quitter la cabane. il voulut au contraire servir ce maître invisible, fait d’écume et de remous, sentir la voix de cette solitude trouver écho dans la sienne. A partir de ce jour, de ville en ville, la rumeur se répandit qu’un géant faisait passer d’une rive à une autre, pour quelques victuailles, les voyageurs sur son dos.

Vous pourrez lire aussi son roman Sucre noir (2017).

LE VOYAGE D’OCTAVIO
Miguel Bonnefoy

Éditions Rivage, 2015

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