Seth, arrache-moi à mes illusions

Swamplandia!SWAMPLANDIA!
Karen Russel
Éd. Albin Michel, 2012 (v.o. 2011)
Traduit de l’anglais par Valérie Malfoy
National Award 5 under 35, 2009
Finaliste du Pulitzer Prize 2011
Récompense MacArthur “Genius grant” 2013

Je ne sais que dire de ce livre. Est-il perturbant ? Est-il magique et surréaliste ? Est-il ensorcelant ? Il se pourrait aussi qu’il soit affreusement terre à terre sous ses atours de voilages merveilleux et colorés. Karen Russel nous raconte une histoire déchirante sans qu’à aucun moment nous ne nous en rendions compte. Jusque la fin. Jusque vers la fin. Jusqu’au moment où l’irréversible se produit. Cet irréversible qui commence dés le début du livre, dés l’origine de l’histoire contée. C’est une enfant qui raconte l’histoire. Une enfant très jeune adolescente. Une jeune adolescente qui s’est basée sur une réalité qui lui était contée par les parents. Et ce conte dont elle se berce chaque jour la conduira vers des contrées lointaines.

Swamplandia est un parc d’attraction situé sur un îlot qui compte comme principaux résidents des crocodiles. Le parc d’attraction est géré par une petite famille. La mère a la vedette du spectacle qui attire le plus de visiteurs : chaque soir elle plonge dans l’eau marécageuse, nage vaillamment dans le territoire des Seths – comme ils aiment à appeler leurs doux crocodiles assassins – et chaque soir elle en ressort vivante et en un morceau. Ses filles et son fils, subjugués par le talent magique de leur mère et le charisme du « Chef », leur père, s’entrainent pour devenir les dignes héritiers de Swamplandia, leur meilleur des mondes. Or la mère sera emportée par une maladie grave ; le père déboussolé, la famille ruinée, le parc d’attraction déserté et les deux jeunes filles livrées à elles-mêmes, pour un temps, sur cette île. Elles voyageront alors dans des mondes merveilleux, chacune de son côté, accompagnées de personnages sortis, peut-être, de leur imaginaire. Et où tout cela les conduira-t-il ? À la perception peut-être de la simple réalité, de ces vérités alarmantes si longtemps côtoyées, si longtemps restées floues. Karen Russel nous livre une belle version de transformation de l’adolescent en adulte. Et nul doute que le roman est réussi dans son art de nous donner à ingurgiter l’horreur, insidieusement…