Que de hauts, et que de bas !

Le Nouveau NomA moins de lire des bestsellers les romans que nous offre la littérature aujourd’hui ne sont plus tant des oeuvres romanesques. Ce sont des essais philosophiques, des témoignages, des traversées de l’actualité et des narrations de chemins personnels d’auteurs. Mais avec Le Nouveau Nom, c’est enfin un roman que nous avons entre les mains, et qui n’en est pas moins une entreprise littéraaire. Au fil des pages de ce deuxième tome de la saga napolitaine d’Elena Ferrante j’ai été transportée, j’ai été en colère, j’ai été triste et joyeuse, impatiente et bouleversée, émue, heurtée, perdue et retrouvée ! J’ai surtout été affolée par le train d’enfer auquel le récit est mené. Tant de rebondissements, tant d’imprévus et de surprises, tant d’inattendus nous attendent à chaque tournant que nous ne savons où donner de la tête. Rien d’étonnant à cela peut-être puisque nos personnages traversent l’adolescence et les premières phases de la vie d’adulte ; cet âge de la vie qui est caractérisé par l’enthousiasme et l’énergie débordante des vouloirs et des désirs. Grands bâtisseurs de chateaux de sables qui ne cessent de s’écrouler, nos jeunes napolitains dans la fleur de l’âge ne sauront prendre garde au vent et à la tempête. Et nous, lecteurs, ne pourrons faire autrement que de les suivre tête baissée. Voilà le programme qui vous attend dans ce roman, mes chers amis ! Lire la suite

Share Button

L’esprit se libère, le corps se forme…

Ici et maintenantDes romans de formation où l’on suit la progression d’un adolescent qui devient adulte, un garçon qui devient homme, nous en avons lu bon nombre. Mais la magie de la littérature est là pour nous surprendre toujours lorsqu’une nouvelle plume crée, innove, invente une nouvelle voie sur le même chemin… Pablo Casacuberta, écrivain uruguayien nous offre ici une merveille. En très peu de pages nous voyons l’univers de notre jeune garçon s’écrouler pour faire place à une nouvelle vision de la vie et à un nouveau mode de vivre.

Tissé d’humour et de finesse le récit se déplie tel dans une pièce de théâtre, avec peu de personnages, Lire la suite

Share Button

1+1= Union

Le Contraire de UnLire est chose merveilleuse, c’est découvrir, faire une rencontre, partager un moment de vie avec… Mais relire est chose plus grande encore. Relire, c’est revivre. Revivre le moment vécu jadis à la première lecture d’un livre, retrouver son regard et son être lors de cette première rencontre. On sait bien pourtant que l’on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau, puisque l’eau de la rivière coule et se transforme à chaque nouveau courant. Alors relire, c’est revivre, autrement. Se retrouver pour se découvrir autre ! Et c’est bien cela que j’ai expérimenté en relisant Le Contraire de Un d’Erri de Luca. Le hasard de la vie me l’a mis entre les mains, une bonne dizaine d’années après ma première lecture, et je me suis laissé faire… pour mon plus grand bonheur. Lire la suite

Share Button

« La neige efface chaque brin d’herbe »

LaSolutionEsquimauAWMoi qui aime tant la littérature japonaise, en général je suis très critique envers les écrivains occidentaux qui s’essaient à ce style bien particulier. Mais Hubert Haddad sait tout faire. Il écrit de la poésie, du théâtre, des essais, des nouvelles, des romans… Et souvent ses écrits savent dire l’Histoire merveilleusement, et même la devancer. C’était le cas dans Palestine, mais également dans Opium Poppy paru en 2011 où il racontait l’histoire de ce petit garçon paysan Afghan, au destin tragique et qui à l’époque nous éclairait sur la source des malheurs de notre monde actuel. Dans Mā il nous plonge dans l’art de la poésie japonaise, la vie d’un moine errant, et l’univers étrange qui exprime le sens de la vacuité.

Tout comme les cercles concentriques partagent un même centre, les destins d’hommes bien différents dans leurs parcours de vie peuvent tourner autour de la même essence. et ce livre trace en cercles concentriques le chemin de Shōichi qui fait miroir à celui du poète Santōka, lui-même faisant écho à celui de Bashō posant ses pas dans ceux de Saigyō, grands haïkistes de tous temps.

La marche à pied mène au paradis ; il n’y a pas d’autre moyen d’y parvenir, mais il faut marcher longtemps. Lire la suite

Share Button

Je te l’ai dit

Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil qui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.
Paul Eluard

Asako Shimizu On her skin

Photographie Asako Shimizu

 

Share Button

L’Histoire a commencé comme ça !

Pourquoi j'ai mangé mon pèreCe n’est pas simplement l’Histoire qui a commencé comme cela, mais plus précisément l’Humanité ! Car pour comprendre ce que nous vivons aujourd’hui il est nécessaire de remonter dans le temps. Ce livre a été écrit en 1960 mais surtout il dépeint les « premiers hommes » de la préhistoire. Dans un récit hilarant Roy Lewis nous présente nos pères, nos ancêtres qui ont découvert le feu et qui l’ont propagé. Edouard, hominien de génie découvre le feu ; ses fils s’en emparent et nous laissent en héritage le monde malin que nous expérimentons en 2016 !! Lire la suite

Share Button

Le labyrinthe de la vie

At night we walk in circlesIl est toujours difficile de conseiller un livre qui n’a pas pour vocation de rendre le lecteur joyeux et vibrant de légèreté. Mais puisque la vie elle-même n’a pas pour caractéristique d’être toujours rose, et parce que ce livre est excellent et son auteur incontestablement talentueux, je ne peux faire autrement que vous en parler.

Daniel Alarcón, écrivain péruvien vivant aux États-Unis est très largement connu en Amérique du Nord. Il écrit dans les journaux et magazines littéraires réputés, il a remporté bon nombre de prix et récompenses pour son oeuvre. Peu connu en France, un de ses précédents livres est pourtant publié chez Albin Michel. Celui-ci le sera donc aussi peut-être ; pour ma part je le lui souhaite. Car oui, il gagne à être lu.

Je ne tournerai pas autour du pot, c’est l’histoire d’une tragédie annoncée que nous offre « At night we walk in circles ». Le lecteur s’engage dans le récit lentement. Au bout d’une cinquantaine de pages ce même lecteur pense être au bout du conte. Nous avons compris l’histoire, tout est dit, que peut-il se passer d’autre ? Comment se fait-il qu’il reste encore plus de trois cent pages à lire ?!

Joan MiroMais de ce même pas lent et peu convaincu nous, lecteurs, poursuivrons. Et sans jamais avoir l’impression d’avoir mordu à l’hameçon nous continuerons notre cheminement pour être surpris à chaque tournant, de ce nouveau carrefour qui se présente, de ce nouveau coude dans le virage derrière lequel nous ne pouvons deviner les caprices de la route à venir. Et ce sera ainsi jusque la dernière page. Il se sera passé tant de choses dans l’histoire relatée, si imprévues, si terribles, et pourtant… Lire la suite

Share Button

L’Envie fait des prodiges

L'amie prodigieuse Elena FerranteDans nos temps modernes, que certains ont nommé post-modernes avant de décider que la post-modernité était elle-même dépassée, tout un chacun veut écrire et surtout tout un chacun veut être vu, connu, visible dans les médias et les réseaux sociaux. Mais il est encore des écrivains, parfaitement merveilleux, qui préfèrent garder l’anonymat. C’est le cas d’Elena Ferrante, dont on ne connaît ni l’âge, ni le sexe, ni le parcours de vie. Mais elle (ou il ?) se livre à nous pourtant, et si élégamment, si délicieusement de par sa plume de conteur d’histoire, de lecteur de psychologie humaine, de décrypteur des énigmes sociaux s’il en est. Je vous parlerai ici du premier volume de sa « série Napolitaine » qui met en scène l’enfance et l’adolescence des personnages d’une petite bourgade en périphérie de Naples.

Des deux petites filles, personnages principaux du livre, nous ne saurons laquelle est l’héroïne. Nous ne saurons laquelle est « Bianca », et laquelle « Katarina »… Je fais référence, là, aux deux soeurs de La Mégère Apprivoisée de Shakespeare. Bianca veut dire blancheur, la beauté et la pureté même, mais vers la fin de la pièce nous réalisons que Katarina veut également dire blancheur, et que malgré les apparences, ce serait plutôt elle la représentante de la pureté ! Lire la suite

Share Button

« Pour honorer le souvenir… »

La mort du roi TsongorAh quel livre magnifique, et urgent à lire, aujourd’hui, alors qu’il est paru depuis plus de dix ans déjà… La question « Qu’est-ce que la guerre ? » a été au coeur de nombreux débats ces derniers mois. Jamais je n’ai reçu de réponse plus juste, plus belle, plus entière ou plus profonde que dans ce livre – hormis, peut-être, dans « Battlefield », la pièce de théâtre mise en scène par Peter Brooks et dont je vous parlerai bientôt dans ces pages. Et pourtant, il est question d’amour au départ dans ce récit. Le livre s’ouvre sur une journée de noces et sur l’intention d’une ville, d’un pays et de deux empires de célébrer et pérenniser la paix dans la joie et le bonheur. Laurent Gaudé, grand amateur de tragédies grecques, aime mettre à nu ce qui se trame dans le coeur des hommes. Naturellement il sait faire basculer tout un monde en un claquement de doigts : il confronte ses personnages à leur ego et leurs désirs… Lire la suite

Share Button

Un coeur de pierre

le voyage d octavio.inddParfois il peut arriver qu’un premier roman soit d’une qualité littéraire, d’une beauté dans son style et d’une fluidité dignes des grands, très grands écrivains. Mais imaginez que le récit d’un tel premier roman revête aussi des atours borgésiens ! Eh bien, voici un exemple du prodige que je viens de décrire. C’est une étrange rencontre que nous offre de vivre Miguel Bonnefoy dans ce livre, Le voyage d’Octavio. Le récit est bref (cent vingt trois pages), l’histoire limpide et irréelle. Le tout est d’une grande poésie. Lire la suite

Share Button

« Nul besoin d’acheter la montagne »

Victor Morgado

Qui se repose au sein des nuées blanches
N’a nul besoin d’acheter la montagne.
Le val est-il pentu, prends un bâton,
La montée rude, agrippe les lianes. Lire la suite

Share Button

Les pages d’une vie

Une vie entièrePeut-on raconter une vie entière en cent cinquante petites, toutes petites pages ? Une vie qui de surcroît serait d’une simplicité effarante, tachetée de grands événements pourtant mais qui passeraient presque inaperçus si l’on se laissait bercer par la mélodie silencieuse qui enrobe chaque mot du récit qui les conte… Voilà l’exploit de ce livre. Il dit, avec beauté, les petits riens qui sont l’essence de la joie et du bonheur. Il dit, avec crudité, les labeurs et efforts qui permettent de subsister et qui marquent la vie, sans parvenir à l’anéantir… Lire la suite

Share Button

Le fil de la vie…

Les IntéressantsJ’ai passé l’année 2015 à désirer un livre comme celui-ci, et c’est dans les derniers jours de l’année que j’ai trouvé ce que je cherchais ! Ma formule vous amusera et vous n’y croirez que modérément peut-être, et pourtant c’est sans hésitation aucune que je vous conseille ce livre. Car en ces temps fatigants nous avons besoin de distraction. Et ce livre m’a distrait parce que j’y ai lu la vie, la simplicité de l’être humain bourré de défauts touchants. J’y ai lu l’amitié, l’amour, la parenté, les échecs, les jalousies, les responsabilités. J’y ai lu surtout des sentiments, et des relations humaines dignes de ce nom. J’y ai lu, enfin, tout cela qui se tisse dans le temps, qui se noue, se renforce et tend à se parfaire avec le temps, si tant est que l’homme sache faire preuve de constance et de loyauté.

Eh oui, vous voyez comme ce livre est révolutionnaire ! On peut y lire la profondeur et la joie mêlées, l’intelligence et la drôlerie bête entrelacées, la sagesse et la légèreté brodées d’un même fil. Lire la suite

Share Button

Prendre le temps de vivre !

Comme se lovent les montagnes
ainsi serpentent les ruisseaux,
Les eaux, les monts c’est bien joli,
si l’on est libre de flâner !

Mais quand le voyageur pressé
talonne un soleil en déclin,
Corbeau, ce n’est point ton affaire
de le bousculer davantage !

Les Couleurs de Nath

Poème de Yang Wanli
Image provenant de l’Atelier de peinture Les Couleurs de Nath

Share Button

Aux Elfes de sauver le monde…

La vie des elfesCe livre s’appelle « La Vie des Elfes ». C’est un livre en réalité écrit par une Elfe, et écrit pour des Elfes. Il s’adresse aux elfes cachés que nous avons tous en nous et qui savent lire une idée, une pensée, un message dans la musique qui se dégage d’une phrase, dans les lignes écrites entre les lignes. Nous connaissons tous cet écrivain, Muriel Barbery, pour avoir lu son « L’élégance du Hérisson » qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et qui a été traduit dans plus de trente quatre langues. Mais « La vie des elfes » a été très mal traité par les critiques et la presse. Les critiques littéraires l’ont dénigré, l’ont descendu serais-je tentée de dire. Et pourtant, quel beau livre… Je n’ai pas été étonnée d’entendre Muriel Barbery dire que c’est son séjour au Japon qui a teinté ce livre en profondeur. Car quelle finesse, quelle discrétion, et surtout quelle poésie traversent cet écrit. L’écriture est belle, une symphonie magistrale, travaillée et candide à la fois. Et le message véhiculé par ce livre n’est visible et lisible que par ceux qui aiment avant tout la poésie de la vie, la magie de chaque instant vécu, au-delà des réalités visibles et tangibles, par delà les valeurs de notre société actuelle…

Nathalie Sarraute disait : Lire la suite

Share Button