Rencontre de l’artiste Anna Grazi et de la galerie Collect’ Arts à Corte

Tant d'émotions se côtoient paisiblement !

Lorsque je fais une belle rencontre, je vous en parle. Lorsque je m'émerveille pour un lieu, je vous en fais part. Eh bien, il y a quelques mois je me trouvais à Corte, ville historique au cœur de la Corse. J'y passai une soirée, et la matinée du lendemain avant de me rendre en Balagne pour une petite semaine. Et cette matinée en question fut un des plus beaux moments que je vécus cette année. J'ai rencontré une ville, sa citadelle, son musée. Je rencontrai aussi, et surtout, une artiste merveilleuse et passai quelques heures dans la galerie où certaines de ses œuvres sont exposées.
Je vais tenter de vous restituer ce moment, ce parcours, cette expérience, aussi fidèlement que possible. Mais je vous invite surtout à faire cette double rencontre par vous-même : lorsqu'un jour vous serez de passage en Corse, ou, si vous êtes résidents en Corse, lorsque vous aurez envie de vous offrir une escapade sympathique. Et puisque à l'heure où je vous parle nous sommes confinés, sachez que vous pouvez également faire la rencontre virtuelle de cette galerie et des artistes qu'elle expose. À l'approche des fêtes, en cette année particulière, sachez que la galerie prend des commandes à distance et sait vous faire parvenir les œuvres que vous souhaiterez offrir à Noël, à votre entourage ou à vous-même !

Nous étions logés à l'hôtel Duc de Padoue. Nos hôtes de la matinée nous attendaient à côté de la statue d'Arrighi de Casanova, face à l'entrée de l'hôtel, pour nous conduire à la galerie. Quel ne fut pas notre bonheur de réaliser qu'une visite guidée de la ville, impromptue, nous était offerte par la grâce de leur présence. Voyez-vous, par exemple, cette statue en question a été réalisée par Bartholdi, créateur de la statue de la liberté ! Arrighi de Casanova est né à Corte en 1778, fait Duc de Padoue en 1808. Il ira s'installer en Italie après Waterloo et deviendra sénateur de la Corse sous Napoléon III.
Nous avons emprunté ensuite une ruelle pavée, construite par paliers de marches étendues. Nous montions vers la citadelle de Corte. Me croirez-vous si je vous dis que le château de la citadelle est édifié en 1419 sous les ordres de Vincentello d'Istria (comte de Corse et vice-roi au nom du Roi d'Aragon), qui se battait depuis des années contre la République de Gênes. La citadelle et son château sont représentés sur la peinture ci-contre, œuvre d'Anna Grazi, aux côtés de qui nous cheminions ce jour-là.

Nous nous sommes ensuite engagés dans une jolie rue en pente montante, vers la gauche. Nous avons continué de faire chemin jusque la Galerie Collect' Arts qui se trouve 3, rue de l'Ancien Collège. Je ne peux vous restituer ici tout le détail de l'histoire de chaque bâtiment longé. Mais voici que nous arrivions à la galerie, située au pied de la citadelle et en face du palazzu naziunale. Le Palazzu se trouve Place d'Armes, et est classé monument historique. C'était, au XVIIIème siècle, le siège des institutions de la Corse indépendante, à l'élection de Pasquale Paoli (1755-1769). Notez que Corte était la capitale de la Corse. À ce titre, Paoli y implanta une imprimerie nationale, un hôtel des monnaies et une université. On passait d'ailleurs certains examens au Palazzu. Par la suite, on y a exposé des œuvres, notamment certaines du musée Fesch. Il s'agit d'un des rares vestiges de l'architecture civile génoise à Corte. On y trouve aujourd'hui le FabLab de l'Université de Corte.
Nous étions arrivés à la Galerie Collect' Arts, dans cette ruelle qui descend vers l'église de l'Annonciation, Place Gaffory, édifiée en 1450 !

                            

Nous apprenons alors que la galerie prend place dans les anciennes écuries de Pasquale Paoli. Et dotés d'un sourire radieux - invisible sous nos masques sanitaires - nous pénétrons dans un espace de rêve, les yeux immédiatement étincelants. La galeriste, Isabelle Perrimond, nous a souhaité la bienvenue, puis s'est effacée discrètement, pour nous laisser la liberté de vivre le lieu, à notre guise, et aborder les artistes présentés selon notre goût.
Alors je vais vous dire mon vécu...
Il m'a semblé que les murs de pierre historiques nous prenaient dans leurs bras ; que les œuvres exposées nous appelaient, chacun de sa magie singulière. En un bref coup d'œil nous avions compris que ce lieu, si petit que fût sa superficie, demandait qu'on lui consacre du temps. Moi qui aime la lenteur, qui me délecte des objets et des créations à l'âme vibrante, me demandais déjà si je n'allais pas rester là une journée entière. Car chaque pièce méritait que l'on s'attarde devant, qu'on lui permette de se révéler à nous. C'est un peu comme si chacun avait le don de nous offrir un regard neuf, une capacité nouvelle de percevoir formes, couleurs, lumières et émotions insoupçonnées jusqu'alors.

                     

Je vais commencer par vous dire quelques mots de l'œuvre d'Anna Grazi, à laquelle j'avais été sensibilisée à l'occasion de l'exposition collective présentée à la citadelle de Calvi. J'avais été charmée par la richesse de son travail, interloquée par son style inégalable. Une émotion particulière m'avait gagnée en rencontrant ses deux grande toiles présentées au MUDACC (Musée des Arts de la Citadelle de Calvi) .
Elles se nomment La demoiselle près du ruisseau, et Culomba, fille du Tsar. Elles ont chacune une histoire. Toutes les peintures de l'artiste portent d'ailleurs un nom, qui est en soi une poésie à savourer longuement. Bien entendu, il est plus que dommage de les découvrir ainsi, en image réduite.

                          

Mais justement, j'ai appris une grande chose en déambulant dans la Galerie Collect' Arts de Corte. J'ai appris à observer attentivement un petit format. J'ai eu un coup de cœur pour une des toiles d'Anna Grazi, dont on ne pouvait saisir le titre, mystérieux et céleste, qu'en se rapprochant de l'image peinte. Alors seulement on pouvait voir un détail, essentiel, qui permettait au tout de se former sous nos yeux, et par là même dans notre esprit.
Comme tous les artistes qui ont commencé à peindre dès leur jeune âge, Anna Grazi compte des périodes aisément dissociables dans son parcours. J'ai vu quelques exemples de ses toutes premières peintures. Plus sombres, plus figuratives, elles racontent une certaine histoire. Mais un jour elle a voyagé en Afrique. Par la suite la couleur s'est invitée dans son œuvre. Etape par étape, d'autres inspirations ont marqué leur présence dans ses peintures. Et tout ce temps elle a continué à faire le bonheur d'amoureux de la Corse par ses peintures qui représentent les villages ou les monuments que nous aimons tant, et dont on aimerait emporter un peu de leur vibration dans notre chez nous..

J'avais été conduite dans cette galerie pour voir de près le travail d'Anna Grazi. Mais j'ai fait la rencontre de bien d'autres merveilles. Chaque œuvre d'art témoigne d'une sensibilité particulière, raconte une histoire propre. Et j'ai été subjuguée par l'amitié formée entre elles, si différentes pourtant les unes des autres. Ne serait-ce l'œuvre d'Isabelle, notre galeriste à l'âme chaleureuse, exquise d'humour, de vivacité et de curiosité qui rend possible la connivence au sein de la diversité ?! À n'en pas douter. Car, le brin de causette avec Isabelle, en lui-même, vaut le détour. Surtout, n'hésitez-pas à aller discuter un peu avec elle le jour où vous irez découvrir ce lieu.

Vous trouverez à la fin de cet article les liens vous permettant de consulter le site web et la page facebook de la galerie, où vous trouverez plus de détail sur les artistes exposés. Peintures, sculptures, coutellerie, bijoux création se côtoient et s'embellissent mutuellement. J'ai aimé le voyage qu'offre la galerie. Bien des inspirations attendent les visiteurs épris d'art, ou simplement sensibles à la beauté, à l'humour, à la profondeur qu'une création peut insuffler. Mais citons tout de même quelques noms : Jean-Claude Albertini, André Colonna, Jean-Charles Fabiani, Anna Grazi, Jean-Luc Rossi, Béatrice Tozzi, Corinne Vue. Sans compter les couteaux de Bellini, Padovani, Ska, Gualandi, Agostini, Save, Bragoni ou les bijoux: H. Cancela, C. Vue, Stratos. Notons aussi le travail du graffeur et dessinateur Hugo Meï, alias W2CJ, dont on retrouve la marque sur les manches de couteaux Padovani.

Voici un aperçu de quelques œuvres.

                                              

J'aurais voulu vous parler encore longuement de cette matinée passée en belle compagnie, entourée de couleurs, de lumière et de créations uniques. Mais il me semble que chacun trouvera ses inspirations et son bonheur par lui-même en se rendant à Corte, ou sur le site de la Galerie Collect' Arts. Notez que la page facebook de la galerie est riche, régulièrement alimentée et particulièrement instructive. En cliquant sur les liens bleutés vous serez transportés virtuellement dans l'antre de la galerie :
- Site internet de Collect' Arts,
- Page facebook de Collect'Arts.

J'aimerais également remercier Amalia Luciani grâce à qui cette visite a été possible. Historienne de formation, elle nous a ensuite fait connaître le musée et la citadelle de Corte. Toutes les informations historiques apparaissant au début de cet article ont été fournies par elle.

* Les images présentées dans l'article sont les photographies de la Galerie Collect' Arts, d'Amalia Luciani et de François Chalvet. Elles leur appartiennent et ne peuvent être utilisées sans leur autorisation (Kimamori les remercie à ce titre).

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

Comments

  1. Quel formidable récit qui me donne l’impression d’avoir visité cette galerie. Connaissant Corte pour y avoir séjourné plusieurs fois, j’ai l’impression que finalement je ne connais pas cette magnifique cité et me donne l’envie d’y retourner grâce aux commentaires de Yassi et d’y découvrir cette galerie. Merci pour ce partage

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