La femme des steppes, le flic et l’œuf de Quanan Wang

C'est un OVNI. Un film métaphysique qui parle de l'homme et d'amour dans une mise en scène d'inspiration beckettienne. Ce n'est pas tant la photographie ou la belle image qui comptent mais ce rapport, dans le cadre, des personnages à l'espace, rapport donné par un sens aigu du placement de la caméra.

Le corps d'une femme est retrouvé dans la steppe mongole. Un jeune policier est désigné pour surveiller le corps pendant que l'enquête sur le crime s'effectuera ailleurs, enquête sans importance puisque nous apercevrons, à un moment, le coupable amené sur le lieu du crime sans aucune explication préalable. Apercevoir est le mot juste. Tous les personnages sont filmés en plans d'ensemble ce qui les rend minuscules au fond de l'image. Il faudra attendre trois quarts d'heure avant de pouvoir identifier un visage. La steppe et le ciel se partageant le cadre, la nature n'est pas qu'un chromo mais la géographie même, l'espace de l'archéologie où se dessine le cycle de la vie.

Laissé seul près du cadavre, le jeune policier voit arriver une bergère qui va prendre soin de lui. Cette bergère lui apprendra l'amour et sa mission, au milieu de nulle part au contact de la mort également, se transformera en passage initiatique, en leçon pratique sur le sens de la vie. Rien de sentencieux dans ce professorat, au contraire l'humour irradie le film, comme dans cette scène où un chameau placide semble grogner de plaisir à la place des personnages en pleine action. Plus remarquable peut-être, encore sous l'angle de la comédie, cet humour comme émanant d'un burlesque au ralenti dans l'écart entre l'infiniment grand (la steppe et les ciels somptueux) et l'homme à la dimension d'insecte.

     

Cependant l'insecte humain, lent et contemplatif, a de la noblesse : il sait que "le véritable amour empêche les dinosaures de disparaître." Il sait encore qu'il laisse des traces, comme ces lampes frontales qui zigzaguent dans le noir, au rythme des coups de reins que se donnent berger et bergère à la fin du film, dans une scène d'amour physique d'une grande poésie.

LA FEMME DES STEPPES, LE FLIC ET L'ŒUF
Réalisateur : Quanan Wang
Scénario : Quanan Wang
Directeur de la photographie : Aymerick Pilarski
Casting : Aorigeletu, Gangtemuer Arild, Dulamjav Enkhtaivan, Norovsambuu
Date de sortie France : août 2020
Durée : 100mn
Pays : Mongolie
Distributeur France : Diaphana

À l'affiche au cinéma Galaxy (20137 Lecci) à partir du 23 septembre 2020.

L'auteur de cet article et chef de rubrique Cinéma du journal bimensuel et du site internet Kimamori est Thierry Dorangeon.
Il est programmateur au cinéma Galaxy (région de Porto-Vecchio en Corse 20137, Lecci) et président de l'association Cinémotion.

Leave a Comment