Sélection de films ACid du festival de Cannes 2019

À mi-chemin entre le visible et l'invisible

La cinémathèque de Porto-Vecchio, Casa di Lume, a eu la généreuse idée d'organiser en partenariat avec le CNC d'Ajaccio une soirée consacrée à la section ACid du festival de Cannes 2019. Et ce fut une soirée mémorable, étincelante et magique ! Vous ne connaissez peut-être pas cette sélection de films projetés à Cannes, tout comme moi jusque ce soir-là ! Et pourtant L'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion présente sa programmation au Festival de Cannes depuis 1993.
La soirée proposée par Casa di Lume se déroulait en trois temps :
- Projection du film documentaire de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, Kongo,
- Rencontre et débat avec Hadrien La Vapeur,
- Projection du film de Stéphane Batut, Vif-Argent.
Le tout était ponctué d'un buffet convivial où les spectateurs, pour la plupart très cinéphiles, ont eu plaisir à se retrouver et partager leurs ressentis.

La première raison pour laquelle cette soirée a été une réussite est probablement l'harmonie manifeste des thèmes traités, aussi bien dans le documentaire Kongo que le film Vif-Argent. Dans le deux cas le spectateur était transporté dans un entre-deux. L'entre deux mondes, celui du visible et de l'invisible, avait pour porte-parole un personnage, réel au Congo et fictif à Paris. Dans les deux cas le destin et la vocation du personnage principal était de réparer. Bien entendu l'on répare sous des formes différentes ; il s'agit de soigner, guérir, secourir pour l'Apôtre Médard de Kongo et d'apprendre à aimer dans le film de Sébastien Batut. La beauté des images, la poésie de la caméra, l'indicible miraculeusement émouvant, remarquables dans les deux films était un autre point commun aux deux projections. Certains parmi nous ont été conquis par le documentaire, d'autres ont été ravis par le film. Mais tous avons été enchantés. Nous étions terriblement heureux d'avoir assisté à cette présentation des films d'ACid.

Ce n'est pas simple de résumer ces deux films en quelques mots. D'ailleurs nous avons bien vu à quel point l'intervention du réalisateur de Kongo nous avait été précieuse pour décoder mille petites choses évoquées dans le documentaire. 
On peut dire que Kongo nous présente le Congo et Brazzaville sous un angle que nous connaissions peu. En suivant le quotidien d'un guérisseur, l'Apôtre Médard, on voit vivre un peuple, et l'on prend conscience de la manière dont les problématiques courantes peuvent être traitées. Désenvoûter, invoquer les divinités de l'eau, transcrire et lire la parole des esprits bienveillants, voilà ce que fait Médard dans son église. Il libère ses patients de sorts et de sortilèges. Mais naturellement, il n'est pas à l'abri, lui-même, de freins et d'obstacles dans sa pratique. 
Quant à Vif-Argent, eh bien il raconte l'histoire d'un jeune homme qui quitte ce monde mais ne se décide pas à rejoindre l'autre monde. En attendant de dénouer et de réparer l'erreur fatale de sa vie consommée, qu'il n'a pas tout à fait terminé de vivre, il se fera passeur, et accompagnera les hommes et les femmes fraîchement décédés dans leur traversée vers l'autre monde. Ce film est d'une certaine manière le récit de l'amour qui lie deux personnes, qu'il s'agisse de jeunes êtres ou de personnes d'âge mûr, qu'il s'agisse de couples ou de relation père-fils... Sait-on aimer, peut-on accepter d'aimer en faisant fi de toutes les apparences ? Le thème est très joliment traité et merveilleusement interprété.

     

     

Vous en conviendrez, l'angle de vue retenu par les réalisateurs de ces films est singulier, hors des pensées et croyances courantes. D'autres films et d'autres documentaires se sont intéressés à ces sujets dans le passé. Mais ici la poésie et la magie se rejoignent et ne font plus qu'un. Voir autrement les choses de la vie est rendue naturelle, aisée et délicieuse pour le spectateur. J'ai aimé baigner dans ces atmosphères. Et la douceur que nous offrent les regards des cinéastes nous enlève tout désir d'être dans une position critique voire incrédule vis-à-vis des ces phénomènes surnaturels.
Eh oui, le miracle du cinéma se produit ! On est ensorcelé par les images, emporté par la musique, transcendé par la lumière, porté par le déroulement et les transitions. Le film se termine et l'on n'a pas tout compris. Mais on a aimé. Et l'on retournerait volontiers dans ces films, dans ces images, en compagnie des personnages...

          

         

Cet article n'a pas pour vocation de faire une chronique de ces films. Je vous invite à aller les voir, et en parler avec d'autres personnes qui les ont vus. Vous aurez des énigmes à résoudre, des questions à creuser, des sujets à explorer. Ces films sont beaux et ils témoignent d'une grande profondeur. Le champ des possibles est vaste dans leur propos. À chacun de se faire son idée. Moi qui enregistre les dialogues d'un film en le visionnant ai particulièrement apprécié tous les indices qui étaient distillés ici et là dans Vif-Argent. Mais je retiendrai deux sensations parmi toutes celles que j'ai vécues durant la projection. Les mouvements de caméra, la manière dont les personnages étaient filmés et leur voix rendues nous donnait l'impression qu'ils étaient là, près de nous, qu'il suffisait de tendre la main pour les toucher, qu'il suffisait de tourner la tête pour les entendre parler à un centimètre de notre oreille. Quelle émotion étrange, de se sentir avec eux, sans raison visible. Et puis j'ai été ébahie par le jeu des acteurs, notamment de la comédienne Judith Chelma, que nous connaissons par ailleurs pour sa présence sur les planches, au théâtre.
La compréhension des multiples données ethnologiques, économiques, sociologiques, politiques etc de Kongo nous a été facilitée par la rencontre avec Hadrien La Vapeur. Cette seule rencontre nous aurait suffi d'ailleurs pour être heureux de notre soirée. Cet homme est une eau limpide et calme. Aucune agitation ni distorsion ne se dégage de lui. Et ses propos sont clairs, justes, pertinents. Il prend son temps pour entendre une question ; et il répond en peu de mots... mais alors il nous marque tout comme si lui-même venait d'Afrique ou d'Amazonie.

N'hésitez pas à vous rendre sur la page officielle de L'Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, et celle de Casa di Lume Porto-Vecchio pour avoir plus d'informations et de détails sur Kongo et sur Vif-Argent. Le premier sortira en salle le 11 mars 2020, le deuxième est sorti en salle depuis le 28 août 2019.

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