“Three Bilboards”

On m’avait recommandé ce film. Ayant confiance dans l’avis de la personne qui me l’avait conseillé je n’ai ni regardé les critiques du film ni sa bande annonce avant d’aller le voir. Et aujourd’hui, à mon tour, je vous invite à vous rendre au cinéma pour le voir. C’est une belle oeuvre cinématographique et j’aurais quasiment  envie de dire que c’est également une belle oeuvre littéraire. L’intrigue, les personnages, la force du message qu’il contient, la manière dont il nous surprend à chaque détour, tout cela est en général contenu dans la littérature. Mais ici nous avons aussi la photographie qui est belle, les images qui sont étonnantes et une musique qui accompagne formidablement le tout. Les acteurs, quant à eux, incarnent parfaitement l’universalité de leur personnage.

L’histoire est simple, et le décor mille fois vu déjà. Nous sommes dans une petite ville américaine dans le Missouri. Un de ces lieux où l’on arrive par la voie rapide, où l’on ne s’arrête pas si l’on n’a rien à y faire. Ses habitants forment des communautés comme on peut les imaginer dans un “fin fond de l’Amérique” : prudes, allant à l’église, taiseux, ordinaires, et bien-sûr racistes, qui n’aiment pas le “noir”, n’aiment pas l’homosexuel, qui n’aiment pas tout ce qui sort du rang, et qui s’en remettent à la police musclée et pas trop maline pour instaurer l’ordre. Or Mildred Hayes, interprétée par Frances McDormand, trouve que l’enquête sur le meurtre et viol de sa fille piétine. Elle repère trois emplacements vides d’affiches publicitaires, qui n’ont pas servi depuis un demi-siècle. Elle paie le prix fort pour afficher trois phrases sur fond rouge sur ces affiches. Elle s’adresse avec provocation et colère au Sherif. Pourquoi ne mène-t-il pas l’enquête comme il faut, au lieu de harceler les hommes de couleur ? Et voilà que la vie de cette petite ville va être chamboulée. Et nous, spectateurs, sommes invités à faire la connaissance des membres de cette petite communauté locale.

Eh oui, du mille fois déjà vu, et déjà lu. Fort de notre culture générale et connaissance de ces types de contexte, nous sommes sûrs d’emblée de savoir ce que le film va nous dire, nous montrer. On sait bien où il veut en venir. Surtout aujourd’hui à l’époque Trump et les problématiques de “suprématie des petits blancs”. Eh bien non ! Nous ne savons pas. Ce que le film, le réalisateur, les acteurs, le scénario, ont à nous dire est autre. Et c’est plus grand, plus fort, certainement plus universel et plus essentiel.

Ce film a une force cathartique. Comme certaines pièces de théâtre, parfois, où l’on sort de la salle transformé par ce que l’on a vu, ce que l’on a vécu. Et l’on sent bien que cette transformation est bénéfique pour notre humanité. Notre humanité propre, et sa réverbération sur l’humanité dans son collectif.

Je vous parlais dans mon article sur Peter Brook de la pièce de théâtre Battlefield qui traitait des thèmes de rédemption et de sens du pardon. Ces mots sont grands. Qui sait encore les mettre en scène aujourd’hui ? Le réalisateur Martin McDonagh sait bien faire cela. Chapeau bas.

Ce film a eu bien des nominations et prix, dont la nomination pour l’Oscar du meilleur film, l’Oscar de la meilleure actrice pour Frances McDormand et l’Oscar du meilleur second rôle pour Sam Rockwell.

Three Bilboards ou les panneaux de la vengeance
Réalisateur Martin McDonagh
Avec : Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Caleb Landy Jones, Peter Dinklage, John Hawkes, Lucas Hedges, Samara Weaving
Sortie France : 17 janvier 2018