Et si les chats disparaissaient du monde, de Genki Kawamura

Une dernière fois...

Ce roman très court s'est vendu à près d'un million et demi d'exemplaires au Japon, puis, traduit en anglais, il a fait la une de tous les journaux et chroniques. Le voilà qui arrive en poche en France. L'auteur est producteur de cinéma, par ailleurs, et on connaît bien des films d'animation qu'il a produit, dont "Your Name" et "Les Enfants Loup". J'ai eu envie de le lire par curiosité. Il m'a rappelé, à quelque détail près "Oscar et la dame rose" d'Eric Emmanuel Schmitt, que j'avais lu il y a plus de dix ans.

Un jeune homme, employé de la poste, quitte le travail parce qu'il a une migraine. Il a trente ans. Il apprend qu'il a un cancer, en phase finale et que ses jours sur terre sont comptés, il ne lui resterait peut-être même que quelques heures à vivre. Et voilà que se présente chez lui un drôle de personnage qui dit être le diable en personne. Il lui propose de gagner des journées supplémentaires à vivre. En échange il lui faudra devenir complice du diable et faire disparaître à chaque fois quelque chose d'important de la face de la terre. Notre jeune garçon gagne ses premières vingt quatre heures en faisant disparaître le téléphone portable (smartphone). Il peut malgré tout l'utiliser une dernière fois avant que...
Le roman se construit donc par journée supplémentaire, et sous l'effet de "la dernière fois" qu'il profite de quelque chose avant de le voir s'annihiler. Procédé simple et efficace, cette suite de journées rapprocheront le jeune garçon de ce qui lui importe, de ce qui lui importait le plus. Et il vit en accéléré une vie durant.

Le roman est touchant aussi bien que philosophique. Dans les chroniques anglophones il est présenté comme hilarant, mais je ne sais pas si le récit est réellement drôle. Je dirais plutôt que c'est une comédie dramatique. Et il m'a paru proche du texte d'Eric Emmanuel Schmitt, même si nous n'avons pas ici un enfant de douze ans qui aurait huit jours à vivre, mais un adulte qui parcourt mentalement ce qui est essentiel dans sa vie. Ici ce n'est pas Dieu qui accompagne notre futur trépassé, mais le diable. À chaque époque son style propre !

Le roman n'est pas dénué d'humour malgré tout et les images visuelles qu'il évoque nous amuseront. On ne s'étonnera pas non plus d'avoir une présence nette du cinéma dans les références qui s'y distillent. Vous connaissez certainement la fameuse question posée aux écrivains et lecteurs passionnés : si vous deviez emporter un seul livre avec vous sur une île déserte, lequel choisiriez-vous ? La question se présente ici, sous une autre forme. Si l'on avait la possibilité de voir un seul film, un tout dernier film durant sa vie, lequel choisirait-on ? Les cinéphiles parmi vous pourront s'interroger, aux côtés de notre jeune personnage principal.

Il me reste encore à élucider une dernière question à propos de ce livre. Avant de paraître en format poche en novembre 2018, le roman avait été publié en français en novembre 2017, sous un autre titre, "Deux milliards de battements de cœur". Pour sa sortie poche le titre français reprend le titre original, cette fois textuellement traduit. Dans l'imagerie actuelle le chat est devenu incontournable, nous le savons bien. Et le chat joue un rôle important dans le livre. Les fervents adorateurs de chats, dont j'avoue faire partie, ne s'en plaindront pas !

SI LES CHATS DISPARAISSAIENT DU MONDE
(If Cats Disappeared From the World)
Genki Kawamura
Traduit en français par Diane Durocher

éd. Fleuve noir 2017 (v.o. 2012)

Les images présentées sont de :
- Koichi Okada,
- Kato Teruhide (détail).

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