La jeunesse demande un avenir

Amos Oz JudasAmos Oz est un grand écrivain, sans conteste. Mais c’est aussi un homme sage et juste. Si l’on réunit ces deux éléments on comprend très vite que ses livres œuvrent pour l’humanité… Et c’est bien le cas de ce “Judas” qui vient d’être nominé pour le Man Booker Prize International 2017. Le livre n’est pas très rose, ni noir non plus, mais attachant et intelligent. Il raconte l’Israël des années 50 et questionne l’avenir de cet Etat. Il retrace l’Histoire et nous la rend palpable, accessible.

Un jeune homme brillant, plein d’élan, aussi sensible que gauche, aussi introverti que naïf essuie simultanément une double déception. Isabelle ViennoisSon amie le quitte pour se marier avec un autre, et ses parents rencontrent des difficultés financières qui les empêchent de continuer à soutenir financièrement leur fils. Notre jeune homme quitte donc l’Université où il travaillait sur une thèse élaborée et répond à une annonce quelque peu énigmatique. Il sera employé pour tenir compagnie, quelques heures par jour, à un vieil homme érudit qui ne peut sortir de chez lui. Une femme belle, d’une quarantaine d’années, habite aussi cette maison. Le lecteur saura plus tard quels liens unissent le vieil homme et la dame. Mais notre jeune homme est tenu de garder le secret sur tout ce qu’il côtoiera et apprendra dans cette maisonnée.

Martine Castel Huis ClosLes jours passent, une routine s’installe et notre jeune homme tombe amoureux de cette femme, son aînée d’une vingtaine d’années. Un attachement mutuel, étrange et équivoque s’installe entre les trois personnages et progressivement le lecteur apprend leurs secrets, leur histoire à chacun. Au fil des jours, au fil des déambulations du garçon maladroit et candide dans les rues de Jérusalem une douce mélancolie chargée de beauté enrobera le tout. Les discussions entre le jeune homme et le vieil homme nous plongent dans le dilemme voire l’impasse de la situation juive et palestinienne. Et durant ce temps notre jeune homme apprendra à grandir. Car c’est aussi un roman de formation que nous offre Amos Oz. La formation d’un jeune homme, la formation d’un jeune pays. Et quid de l’avenir ?…

Le livre pose des questions, éclaire, fait des constats empreints de lucidité mais s’abstient d’apporter des réponses. Chacun en tirera ses propres conclusions. En aucun cas les conclusions hâtives n’ayant leur place dans le débat !

Le récit est opaque au départ, doux et lent dans le parcours, et au final je serais tentée de dire que l’ensemble constitue un poème, étrangement émouvant.

JUDAS
Amos Oz
Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen
Editions Gallimard, 2016

Nominé pour le Man Booker Prize International 2017

Les illustrations présentées sont de :
– Isabelle Viennois,
– Martin Castel

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