Lumikko, de Pasi Ilmari Jääskeläinen

La source d'inspiration !

De temps à autre j'ai besoin de lire quelque chose de léger, de drôle, de différent. Un thriller fantastique, doté de finesse et tissé autour d'une Société Littéraire énigmatique est à peu près ce qui peut se trouver de mieux pour libérer mon âme et égayer mon esprit, dans ces cas-là ! Les éditions de l'Ogre ont eu la bonne idée de nous offrir en 2016 une version française de Lumikko, roman de l'écrivain finlandais Pasi Ilmari Jääskeläinen. Il est aussi édité désormais en poche par 10/18. Je vous le recommande si vous avez besoin de vous détendre, et ne craignez pas d'avoir de légers frissons qui vous parcourent le dos cependant que vous dévorez le livre, tant amusés qu'intrigués.

Ella Milanen a vingt-six ans. Elle est enseignante et occupe un poste temporaire de remplaçant dans l'établissement scolaire de sa ville natale, Jänikselselkä. Le roman s'ouvre sur notre jeune enseignante en train de corriger des copies. Il s'agit de dissertations sur des classiques de la littérature. Elle trébuche sur une incongruité monumentale soutenue par un élève au sujet de Crime et Châtiment. Or son élève n'a rien inventé, l'erreur est inscrite dans les pages du livre emprunté à la bibliothèque. Le père d'Ella, de son côté, brasse aussi de l'incongruité au quotidien et frise la démence. Elle-même vient d'essuyer une rupture de ses fiançailles.
Le décor est ainsi posé mais l'intrigue tourne autour de bien autre chose encore. La ville compte parmi ses résidents l'une des écrivaines les plus renommées du pays. Tous les enfants ont lu les œuvres de Laura Lumikko, et leurs parents aussi. La grande écrivaine a créé une société littéraire. Celle-ci compte neuf membres. Tout nouvel écrit, qu'il s'agisse de dissertations, d'essais, ou de nouvelles de qualité lui sont communiqués afin qu'elle puisse recruter le dixième et dernier membre. Le roman se met en branle lorsque notre Ella est pressentie pour ce poste, et qu'à sa soirée d'intégration dans le groupe littéraire Laura Lumikko disparaît étrangement.

Jusque là tout est à peu près dans le domaine de l'ordinaire. Mais l'extraordinaire surgit très vite, et de tous les recoins : la bibliothécaire de la ville brûle les livres, ces mêmes livres se transforment dans leur contenu sans aucune intervention humaine, et les événements étranges qui se déroulent dans la ville et autour de la Société Littéraire ne datent pas d'hier... Milla découvre progressivement les secrets de la société littéraire dont elle fait désormais partie. En jouant à un jeu quelque peu obscure dont les membres de ce groupe sont coutumiers elle va tenter de reconstituer le puzzle. Elle se familiarise en même temps avec les écrivains du groupe, s'entretient avec eux, lit leurs œuvres, et tout ce temps mène son enquête.

Le côté fantastique se retrouve dans bien des aspects de ce livre, qui se dévore littéralement. Les personnages sont loufoques, drôles, extravagants, tout en étant attachants et lumineux. Les situations nous surprennent lorsqu'on bascule réellement dans les phénomènes inexplicables mais le reste du temps nous sommes bien en train de côtoyer des hommes et des femmes qui n'ont d'effrayant que leur attrait pour la fiction. Ils sont auteurs de fiction et tout est source d'inspiration pour eux. Ils sont constamment en quête de détails et de secrets sur les individus qu'ils croisent, pour donner de l'étoffe à leurs personnages fictionnels, pour broder le fil de leurs intrigues. Et rien dans leur vie n'égale leur fatal besoin d'écrire. Alors, qu'un livre se ré-écrive tout seul, qu'une écrivaine disparaisse en descendant les marches de l'escalier chez elle, que tous les chiens du quartier se donnent rendez-vous devant une même maison, au jardin vraisemblablement hanté... tout cela n'est rien, en rapport avec l'extravagance d'esprit de nos délicieux écrivains de la Société Littéraire de Jänikselskä !

Je ne vous en dirai pas plus, au risque de vous gâcher la lecture. Mais voyez-vous, la fin de l'histoire est émouvante. J'ai profondément aimé l'invention de l'écrivain Pasi Ilmari Jääskeläinen, ce petit lapin qu'il nous sort du chapeau tout à la fin du récit, grâce auquel il nous montre comme les choses sont simples. Il semble nous dire que c'est nous, petits humains rationnels et intelligents, qui sommes de vrais autistes de la vie. Vous ne serez pas étonnés si je vous dis que je vais très vite me plonger dans son nouveau roman qui vient de paraître dans une traduction anglaise !

LUMIKKO
Pasi Ilmari Jääskelnäinen

Traduit du finlandais par Martin Carayol
éd. de l'Ogre 2016 (v.o. 2006)
Sortie poche chez 10/18

Les illustrations présentées sont les oeuvres de :
- Pekka Halonen,
- Akseli Gallen-Kallela.

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