Olive, Enfin d’Elizabeth Strout

Olive Kitteridge, bien-sûr !

Ce livre est paru, dans sa version française, pendant la rentrée littéraire 2021. Je l'ai lu avec un immense plaisir, et si, submergés par les centaines de parutions de la rentrée, vous étiez passé à côté .. eh bien prenez le temps de vous y arrêter ! Car oui, cette Olive dont nous parle l'écrivaine américaine Elizabeth Strout, vous la connaissez bien : elle n'est autre qu'Olive Kitteridge, personnage principal du roman éponyme paru en 2008, et qui avait été lauréat du prestigieux Prix Pulitzer. Vous l'avez peut-être rencontrée sous l'apparence de l'actrice Frances McDormand dans la série adaptée du livre. Mais si, comme moi, vous entendiez son nom pour la toute première fois en lisant ces lignes, je suis certaine que vous trouverez ce nouveau roman délectable et intelligent, brodé tout en finesse.

Olive, Enfin est une suite. Mais de celles qui peuvent se lire indépendamment de ce qui précède. Olive est maintenant septentenaire. Elle est veuve. Le roman couvre une quinzaine d'années de sa vie après le décès de son époux. Une nouvelle vie s'ouvre à elle où elle rencontrera l'amour, et les joies ou agacements de la vie de grand-mère. Au fil des pages nous apprenons à la connaître et à l'admirer. Personnage peu commode, elle est d'une entièreté qui n'a d'égal que sa franchise et sa perspicacité. Elle a été professeure de mathématiques et connaît donc bien les habitants de sa ville. Surtout, elle est très humaine, entourante et bienveillante envers ceux qui nécessitent un soutien, mais sans jamais le paraître. Le bien que l'on fait n'a nul besoin d'être visible et cette sacré Olive en est un parfait exemple .. elle qui ne mâche pas ses mots, qui ne laisse jamais passer les incohérences et absurdes lâchetés des uns et des autres.

Le livre trouve sa cadence entre des moments de solitude des personnages principaux - par exemple Olive ou Jack, son futur compagnon - et des moments d'échanges et de rencontres. Le tout se fond dans le quotidien. On peut être au supermarché, à un dîner ou un thé de l'après-midi. Les dialogues se fondent dans les descriptions, et certains retours en arrière, souvenirs qui permettront au lecteur nouveau venu dans la vie d'Olive de mieux appréhender sa vie. L'ensemble est fluide, d'une incomparable douceur et d'une légèreté. Et pourtant. Ici nous sommes dans la vie .. dans la vraie vie aurais-je envie de souligner. Vieillesse, maladie, assignation #MeToo ou le parcours professionnel d'une maîtresse SM s'y trouvent. Telle est la beauté de ce roman : la simplicité qui sait en dire long et nous faire pousser des soupirs tantôt de surprise, tantôt de béatitude.

Et puis il y a une autre dimension à ce livre, et au travail de l'écrivaine. Nous sommes plongés dans une petite ville américaine. Olive vit à Crosby, dans l'État du Maine. Et le propos n'est pas de peindre la spécificité de ce lieu, ni de cet État. C'est sa banalité et son universalité qui intéressent l'auteure. C'est un peu l'histoire de l'infime minuscule et de l'extrême global .. l'écart entre la physique quantique et celle observée par les astrophysiciens. L'un peut-il nous éclairer sur l'autre ? Nous intéresser aux destins des ces petites gens de cette ville commune nous apportera-t-il une compréhension de l'humanité ; et inversement, les petites actions d'entraide inscrites dans ce lieu insignifiant auront-elles une résonance à notre oreille ?! La littérature en fait son œuvre, de tout temps, et Elizabeth Strout en est une digne héritière. Son art est là.

Je vous parlais au début de cet article du plaisir de lecture. Moi qui suis une grande lectrice, qui ne sais vivre sans lire, reviens souvent vers cette question en ce moment. J'aime ouvrir les premières pages d'un livre et être absorbée. Moi qui lis minimum quatre ou cinq livres en même depuis des décennies .. j'aime qu'un roman ne me permette pas de le lâcher avant de l'avoir lu d'un trait. Et cette magie-là peut émaner de tous types de textes, et genres littéraires. Elle est inexplicable. Et présente dans Olive, Enfin.

OLIVE, ENFIN
Elizabeth Strout
Traduit de l'anglais (américain) par Pierre Brévignon

éd. Fayard 2021 (v.o. 2019)

Les illustrations présentées dans l'article sont :
- image issue du film (adaptation d'Olive Kitteridge),
- photographie de Crosby dans le Maine.

Cet article a été conçu et rédigé par Yassi Nasseri, fondatrice de Kimamori.

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