Au nom de qui ?

Il faut lire Eric Vuillard. Parce qu’il a un style propre à lui, et une écriture ciselée et précise. Dénués de lyrisme ses textes nous emportent. Récits simili-documentaires, ses écrits n’en sont pas moins poignants. Les thèmes qu’il aborde sont importants. Le regard qu’il porte sur les choses du monde touche à l’essentiel.
Voilà !

Son dernier livre, publié cette année, trace les premiers pas de ce qui allait devenir l’Allemagne nazie. Mais je me demande si le récit ne met pas en lumière les coulisses du monde moderne, en d’autres mots, la chose qui est en train d’emporter l’humanité aujourd’hui vers un avenir incertain.

Les thèmes qui sont chers à l’écrivain et qui étaient à l’avant de la scène dans son livre « Tristesse de la terre » reviennent ici. Le monde du spectacle –  l’image et le Hollywoodien – qui nous vendent une certaine mise en scène de l’Histoire et relèguent aux oubliettes la vraie réalité historique… oui, le phénomène est toujours là, intact ! Ici, il a décidé de nous entretenir sur les « Par Qui? » et accessoirement sur les « Comment? » et les « Pourquoi? » d’une guerre. Il nous présente dans le premier chapitre 24 personnages ayant joué un rôle décisif dans l’Histoire. Il liste les 24 noms. Ces noms ne nous disent rien. Mais si, vous les connaissez tous, insiste-t-il, et cette fois il nous donne leur alias, les noms des sociétés qu’ils représentent. Ah oui, effectivement, vu sous cet angle-là, nous les connaissons tous ! Ce sont donc des entreprises et non pas des êtres humains qui ont signé l’arrêt de mort de quelques cinquante millions d’homme en votant pour une Allemagne nazie et potentiellement une seconde guerre mondiale…

Je m’arrête là pour ma chronique et vous invite simplement à lire Eric Vuillard. Notons qu’il est lauréat du Prix Goncourt 2017. L’Ordre du Jour est son plus récent texte mais 14 Juillet et Tristesse de la terre sont tout aussi beaux. Et pour vous mettre l’eau à la bouche voici l’incipit, le premier paragraphe de L’Ordre du Jour :

Le Soleil est un astre froid. Son coeur, des épines de glace. La lumière, sans pardon. En février, les arbres sont morts, la rivière pétrifiée, comme si la source ne vomissait plus d’eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage. Le temps se fige. Le matin, pas un bruit, pas un chant d’oiseau, rien. Puis, une automobile, une autre, et soudain des pas, des silhouettes qu’on ne peut voir. Le régisseur a frappé trois coups mais le rideau ne s’est pas levé.

L’Ordre du jour
Eric Vuillard
Ed. Actes Sud, 2017
Prix Goncourt 2017

L’illustration présentée montre la compagnie de théâtre et d’art transversal Vieil’Art.

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