Ma part de sauvage

Ce livre a énormément fait parler de lui en Angleterre et aux États-Unis à sa sortie. En France on n’a pas su l’accueillir à sa juste valeur, et pourtant, c’est une perle de littérature et une expérience de lecture remarquable. Serait-ce parce que la chasse au vol et l’art de la fauconnerie sont moins pratiqués historiquement dans l’hexagone ? Je ne saurais le dire, mais vous recommander ce livre, cela relève bien de mes compétences !!!

Le titre du livre traduit en français est maladroit. Je reconnais que le titre original (H is for Hawk) était difficile à rendre. Car oui, H est bien la première lettre du mot « Hawk » (faucon) mais c’est aussi la première lettre du prénom de l’auteur et narrateur Helen Mcdonald. Experte depuis toujours en fauconnerie elle nous raconte dans ce livre son aventure de fauconnier avec Mabel, le faucon qu’elle accueille bébé, à qui elle va apprendre à voler, à chasser, à être ce qu’elle est : un oiseau de proie. Mais ce livre est davantage qu’un traité de l’art de la fauconnerie. Le genre littéraire anglo-saxon « Memoir » est souvent mal compris chez nous. Il s’agit d’un livre autobiographique qui n’a pas pour vocation de raconter la vie de l’auteur mais d’offrir une œuvre littéraire basée sur une expérience particulière, dans le but de nous éclairer sur un phénomène précis, un vécu humain universel.

Helen Mcdonald perd son père dans un accident de voiture. Ravagée par la douleur elle décide de se retirer de sa vie et de faire son deuil dans l’isolement. Elle quitte son travail, sa vie sociale et se dédie pleinement et entièrement à la tâche de laisser vivre sa part sauvage en côtoyant un seul être au quotidien : un faucon qu’elle fait venir de l’étranger, bébé, et auquel elle va se consacrer.

Le récit est passionnant et surprenant. L’auteur tisse en parallèle de son vécu l’expérience d’un fauconnier anglais du XXième siècle qui avait fait un piètre travail avec son faucon mais qui lui aussi avait un « soi » à retrouver. Si l’on aime la nature, la faune et la flore, on sera servi dans ce livre parce qu’Helen Mcdonald depuis toute petite a été plongée dans la vie terrienne. A 5 ans elle était déjà une observatrice d’oiseaux hors pair, à peine adolescente elle pratiquait déjà la chasse au vol. Et voilà qu’elle passe ses journées dans les forêts, collines et plaines, avec son faucon au poing. Et nous, lecteurs, sur ses talons !

J’ai aimé ce livre parce que pour une fois on ne m’a pas parlé de la nature et des animaux comme cela est en vogue de nos jours. C’est une chose authentique qui est transmise ici. La compréhension de la nature, le respect de l’environnement n’est pas une rhétorique théorique qui nous serait assénée par ce tout un chacun qui n’y connaît rien, c’est une histoire qui nous est contée dans sa réalité regardée à la loupe. Mais c’est aussi un récit contemporain. La narratrice vit dans l’Angleterre d’aujourd’hui. Elle vit malgré tout l’actualité politique et sociale que tous nous vivons. Et de temps à autre elle fait une remarque. Ses remarques m’ont transportée, et ont eu une portée juste et accablante dans le tréfonds de mon âme. Je l’en remercie… Et pour couronner le tout le livre traverse les temps puisqu’il donne vie à une pratique, à un art qui remonte loin dans l’histoire et que parfois elle met en lumière, incidemment, dans son récit.

Je me suis délectée de cette lecture qui par la voie détournée de la vie sauvage et animale nous ramène à une humanité simple et douce, essentielle.

M pour Mabel
(H is for Hawk)
Helen Mcdonald
Fleuve éditions, 2016 (v.o. 2015)
traduit par Marie-Anne de Béru

Les illustrations de l’article présentent les sculptures de Geoffrey Dashwood

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