Notre Club de Lecture du 18 février 2017

Chers amis lecteurs de Porto-Vecchio,

Ce fut un immense plaisir de se réunir ensemble autour d’un café et dans la douce ambiance feutrée de la bibliothèque de Porto-Vecchio pour parler livres samedi dernier. Comme convenu nous avons rédigé ces quelques mots dans l’idée de faire revivre en nos esprits ce beau moment partagé et pour vous offrir les articles que nous avons rédigés sur les livres présentés.

Nous avons ouvert la matinée en nous inspirant de la pensée de Jumpa Lahiri,  écrivaine américaine d’origine indienne qui a obtenu les prix littéraires anglophones les plus pour ses romans et recueils de nouvelles. Il y a quelque temps elle était partie s’installer en Italie parce qu’elle souhaitait épouser la langue du pays. Et durant ce temps elle a écrit un livre en italien!
Elle est rentrée aux Etats-Unis ce mois-ci et un journaliste l’a interviewée sur son retour, sur les différences qu’elle constatait entre la vie en Italie et celle aux Etats-Unis.
“Ici aux Etats-Unis lorsque vous croisez quelqu’un il vous parle de ce qu’il fait. En quelque sorte les gens se déballent leurs CVs en se rencontrant. Alors qu’en Italie quand vous échangez avec quelqu’un vous dites d’autres choses…”
Christian Lloveras“Je préfère apprendre quelque chose qui va m’accompagner. Comment dire? Parlez-moi de quelque chose que je ne connais pas. Parlez-moi d’un musicien dont je n’ai jamais entendu parler. Parlez-moi d’un poète que je devrais lire. Dites-moi quelque chose du monde, d’une situation que quelqu’un pourrait me décrire dans le détail… Je trouve cela plus stimulant, ou précieux, et certainement plus intéressant”.

Eh bien c’est cela que nous avions le désir de faire : parler de ces choses qui nourrissent l’âme, qui nous font grandir et qui peuvent créer un lien entre nous.

C’est Blanche qui a pris la parole en premier pour nous plonger dans l’univers de Maylis de Kerangal et de son roman Réparer Les Vivants ; pour nous ravir ensuite avec l’amour de La Corse raconté par Gustave Flaubert.

J’ai pu vous présenter ensuite mes livres du mois, savourés depuis le dernier Club de Lecture. En janvier je m’étais penchée sur la rentrée littéraire française. Cette fois-ci j’ai fait un tour d’horizon de la rentrée littéraire anglophone en vous parlant de La Végétarienne de l’écrivain sud-coréen Han Kang qui a remporté le prix Man Booker Prize International 2016 et de The Underground Railroad de Colson Whitehead qui a remporté le National Book Award 2016 (prochainement traduit en français). Mais j’ai aussi présenté mes coups de coeur du mois : La Porte de Magda Szabo, L’amant japonais d’Isabel Allende et Calcaire, le roman noir de Caroline de Mudler.

Pour mon plus grand bonheur ces livres ont fait écho à d’autres récits que vous aviez lus. Mireille nous a parlé de Racines d’Alex Haley et de l’écrivain Maurice Denuzière qui, avant Cols

Collandre2

on Whitehead, s’étaient penchés sur l’univers cotonnier du sud des Etats-Unis et sur l’esclavage vécu en ce temps-là. La question énigmatique de la date de création du chemin de fer nous a intriguée et nous n’avons pas réussi à savoir si le roman The Underground Railroad se déroulait avant ou après !

Olena a pris alors la parole pour nous éveiller sur la question philosophique de la maîtrise parfaite de deux langues au travers de son expérience personnelle et de celle de l’écrivain Andreï Makine. Elle en a profité pour nous présenter Le Testament Français de l’écrivain russe et Les Cahiers de Malte Laurids Brigge de Rainer Maria Rilke.Paul Klee Comme ce fut doux de l’écouter nous lire des extraits de ces deux écrits. J’aurais eu plaisir à retranscrire ici les pensées profondes qu’Olena nous a livrées. Mais je ne reprendrai que deux phrases qui m’ont fortement marquée. Il faut une certaine lenteur pour parvenir à vivre entre deux langues, nous a-t-elle dit, car il ne s’agit pas simplement de basculer d’une langue à une autre mais de faire le passage entre deux modes de pensée, de fonctionnement et de structuration des idées fondamentalement différentes. Et puis elle nous a parlé de cette jolie pensée d’Andrei Makine “il n’existe pas de synonyme à 100% d’un mot en français tant un mot sera toujours teinté de nuances particulières qui viendront le différencier de son synonyme le plus proche”. Merci à Olena de nous avoir parlé également de Mircea Eliade, auteur de moult essais de sciences humaines et de quelques romans, puis de l’écrivain Maurice Druon qui dans ses jeunes années lui avait fait aimer la littérature en langue française.

Les paroles d’Olena ont évoqué dans mon esprit deux livres dont je vous ai parlé : Budapest de Chico Buarque (d’où j’ai extrait l’idée qu’une deuxième langue apprise se comparait à une mère adoptive), et Quand j’aurai 20 ans d’Alain Mabanckou lorsque nous nous interrogions sur le meilleur moyen de donner le désir de lire aux jeunes générations (une mère illettrée peut donner naissance à un fils écrivain du seul fait d’avoir fait semblant de prendre plaisir à lire au quotidien).

Florence nous a ensuite présenté ses lectures, parfois chatoyantes et parfois dérangeantes : La Perle et La Coquille de Nadia Hashimi, Chanson douce de Leila Slimani et Check-point de Jean-Christophe Ruffin. Mille mercis à Florence pour avoir rédigé des articles sur ces livres et avoir permis ainsi aux lecteurs de ce blog de s’en émerveiller.

Book Art Mike StilkeyBien entendu le dernier Prix Goncourt présenté par Florence avait été lu par d’autres personnes dans l’assemblée et nous avons pu avoir des échanges sur le livre. Chanson douce, comme tout livre par essence, inspire autant de lectures différentes que de lecteurs qui l’auront découvert. Marie-Jeanne nous a fait part de sa propre lecture de ce livre. Elle nous a parlé alors du premier livre de cette écrivaine, Dans Le Jardin de L’Ogre, écrit particulier tant par le thème traité que par la crudité parfois de ses dires. Nous sommes quelques uns dans l’assemblée à avoir envie désormais de découvrir ce récit courageux et peut-être quelque peu perturbant.

Chères amies qui étiez présentes à ce Club de Lecture, merci d’avoir été là, merci d’avoir permis à ce moment d’être lumineux et riche. Nous espérons vous revoir le mois prochain, le samedi 18 mars 2017. Et au nom de nous toutes, un très grand merci à Carmela et à Marie-Jeanne pour nous accueillir et offrir l’atmosphère chaleureux et apaisant de la bibliothèque en guise de “maison” des mots, des idées et de partage de lectures…

Pour parcourir les articles qui parlent des livres présentés par Yassi et par Florence vous pouvez cliquer sur le titre du livre, aussi bien dans le coeur de ce compte-rendu que dans la liste suivante :
–  La Végétarienne de Han Kang,
– The Underground Railroad de Colson Whitehead,
– La Porte de Magda Szabo,
– L’amant japonais d’Isabel Allende,
– Calcaire de Caroline de Mudler,
– Budapest de Chico Buarque,
– Quand j’aurai 20 ans d’Alain Mabanckou,
– La Perle et La Coquille de Nadia Hashimi,
– Chanson douce de Leila Slimani,
– Check-point de Jean-Christophe Ruffin.

Les illustrations présentées dans cet article sont les oeuvres de (par ordre d’apparition) :
– Christian Lloveras,
– Françoise Collandre,
– Paul Klee,
– Mike Stilkey (Book Art).

 

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