Circé, de Madeline Miller

Divine vie, simples et mortels

Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de critiques et revues élogieuses que j'ai lus sur ce livre au moment de sa sortie en anglais. Le mystère restait entier pour moi : comment peut-on remporter à l'unanimité l'adhésion des lecteurs en racontant simplement l'histoire d'une divinité mineure du panthéon mythologique grecque ? C'est aujourd'hui, au moment de la sortie en poche de la traduction française que j'ai enfin lu Circé de Madeline Miller. Je ne peux vous dire qu'un seul mot : lisez-le, toutes et tous, absolument ; et recommandez-le, autour de vous ! Que l'on aime la mythologie ou non, que l'on s'intéresse aux pouvoirs de la pharmacopée ou non,  on sera gagné par ce récit hors du commun. Tous les traits humains et les travers de la destinée y sont explorés quand bien même on serait plongé dans le royaume des Titans et des Olympiens !

En quelques centaines de pages Madeline Miller trace le destin, la vie, les aventures de Circé, fille du Titan et dieu du soleil Helios et de l'Océanide Perséis. Je ne suis pas très férue en mythologie grecque mais comme tout un chacun je connais certaines histoires lues par-ci par-là. De Circé on connaît l'épisode de la venue d'Ulysse et d'un équipage amoindri sur son île. Mais encore faut-il se demander si dans notre esprit on ne confond pas Circé et Calypso ! Ce roman a l'art de nous raconter l'histoire de Circé mais également de nous donner une image globale des autres dieux et des quelques humains qui ont interagi de près ou de loin avec la sorcière et magicienne, reine de la pharmacopée, fine connaisseuse des simples, aguerrie dans l'art de la transformation. Chaque pièce du puzzle tombe en place parfaitement, et tout est construit autour d'une seule figure, notre Circé. Mais l'écrivaine dépasse le cadre de la mythologie. Elle crée un personnage complexe, nuancé, se transformant sans cesse, grandissant à chaque malheur et mésaventure. Elle apprend à lire le cœur des autres, percevoir leurs malices et vérités cachées. De sa seule volonté et détermination elle parviendra à déjouer bien des desseins, de dieux et déesses autrement plus en vogue, plus cruels et plus puissants.

Qui donc est Circé ? Une moindre divinité qui n'a ni dons ni charmes. Son entourage la trouve laide, inutile, et la fait taire car sa voix est trop disgracieuse. Elle apprend à se faire toute petite, elle accepte d'être si mal aimée. Et pourtant, elle a le courage d'enfreindre le plus grand interdit imaginable, celui d'approcher Prométhée et lui parler, lui poser quelque question. Car, secrètement, Circé est fascinée par les mortels. Bien des mésaventures suivront jusqu'au moment où elle sera exilée sur une île, seule, et pour l'éternité. L'éternité est longue ; chez elle elle sera riche. Elle découvrira et développera ses dons et ses talents. Elle apprendra à connaître les simples, à concocter des poisons et des remèdes, à les envelopper de ses formules et à transformer toutes choses selon son désir. Eh oui, l'équipage d'Ulysse sera transformé en porcs et porcins. Mais le plus délicieux n'est pas là en vérité !

Je vous le disais au début de cet article, nous croiserons bien des personnages connus. Le Minotaure, Ariane, Dedaelus, Médée, Hermès, Athéna n'en sont que quelques uns. Le roman est bien documenté et les informations sont toutes justes. Simplement sous la plume de Madeline Miller ces figures se fixeront à jamais dans notre esprit. Car l'écriture est sublime. Les images étincelantes prennent vie sous nos yeux, les lieux, les paysages, les inventions architecturales, les objets, les animaux, les plantes, la mer, la montagne, les monstres et les armes sont rendus par cette main de maître avec précision et magie. Mais le plus remarquable est encore l'exploration de l'âme humaine, transposée pareillement chez les hommes et les immortels. Pourquoi lisons-nous si ce n'est pour mieux saisir l'âme et le cœur de l'homme, de la femme, de l'enfant, de la mère, du père, de l'ami, du frère, de la sœur, de l'amant, du rival... Tout est présent dans ce récit. Et l'ensemble, et chaque partie, est un délice.

Que pourrais-je vous dire de plus ?!

Notons que le premier roman de Madeline Miller, Le chant d’Achille, est également disponible en français, traduit et publié par les éditions Rue Fromentin, et édité en poche chez Pocket. Son premier roman lui avait valu une large reconnaissance de son talent. Elle avait été primée, et notamment lauréate du Orange Prize en 2012. Elle avait expliqué alors comme la mythologie l'avait fascinée depuis sa plus tendre enfance, et elle avait parlé des dix années d'écriture qui lui avaient été nécessaires pour l'écriture de son premier roman.
Il me faut préciser, peut-être, que j'ai lu Circé dans sa version originale, en anglais, mais je serais tentée de penser que la petite maison d'édition Rue Fromentin nous a livré une excellente traduction, parue aujourd'hui en poche, chez Pocket.

CIRCÉ
(Circe)
Madeline Miller
Traduit de l'anglais par Christine Auché

éditions Rue Fromentin 2018 (v.o. 2018)
sortie poche, Pocket 2020

Les images présentées dans l'article sont les œuvres de :
- Wright Barker,
- Edward Burn Jones.

Comments

  1. Pour découvrir le vrai sens de Circé, lisez l’incontournable : “Le Fil de Pénélope” d’Emmanuel d’Hooghvorst (aux Èditions Beya).

Leave a Comment